Achillea millefolium

Famille : Compositae

 

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Texte © Eugenio Zanotti

 

 

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Traduction en français par Marie Malo

 

 

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Achillea millefolium est une espèce commune dans les champs européens jusqu’à environ 2200 m d’altitude © Mazza

Le genre Achillea comprend environ 90 espèces ; plus de 50 d’entre elles sont présentes de manière spontanée en Europe.

L’achillée millefeuille ( Achillea millefolium - L. 1753 ) c’est une espèce avec une distribution Circumboréale, c’est à dire venant des parties froides et tempérées-froides de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Elle s’est naturalisée en Australie et Nouvelle Zélande.

Le nom ‘achillea’ vient d’une vieille légende, aussi racontée par Pline, selon laquelle Achille avait l’habitude de soigner les blessures de ses compagnons avec les feuilles de cette plante, et avait appris ses bienfaits thérapeutiques auprès du centaure Chiron. « Invenisses et Achilles discipulus Chironis qua vulneribus mederetur quae ob id Achilleos vocatur… ». On dit que grâce à cette plante furent guéries les blessures subies au combat contre Télèphe, roi de Mysie (Anatolie, premier siècle avant Jésus-Christ).

Le nom de l’espèce ‘millefolium’ vient des nombreuses feuilles de cette plante, mais surtout des subdivisions des limbes en de nombreux et fins segments laciniés.

Achillea millefolium appartient à un groupe d’espèces d’aspect très similaire, et était considérée pendant longtemps comme une entité polymorphique, puis elle fut classifiée en deux sous-espèces avec onze variétés ; plus récemment, après des investigations cytogénétiques, plusieurs espèces mieux définies ( ainsi que leurs hybrides) ont été identifiées sur des caractéristiques morphologiques et d’habitats ( Achillea distans, Achillea striata, Achillea aplenifolia, Achillea collina, Achillea roseo-alba, Achillea pannonica, Achillea setacea ).

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On l’appelait « herbe au soldat » pour ses propriétés désinfectantes et cicatrisantes sur les blessures © Mazza

L’achillée est une plante herbacée vivace stolonifère émettant des pousses, plus ou moins finement poilue, avec une odeur aromatique, une tige érigée ou ascendante de 30-60 (90) cm de hauteur, souvent simple, parfois avec des branches ou des corymbes dans la partie supérieure.

Les feuilles sont lancéolées, étroites, alternes, oblong-lancéolées, bipennées avec des segments linéaires laciniés, aigus et mucronés ; celles de la base sont caulinaires tandis que celles le long de la tige sont subsessiles et sessiles. Le rachis foliaire entier fait 0.5 à 1 mm de large.

Les capitules (2.5-3 x 4-5 mm) sont groupés en un corymbe, et ont des ligules orbiculaires ou ovales, tridentées, blanches ou roses plus ou moins foncées. La floraison est concentrée de mai à septembre. Les fruits font 1.8-2 mm de long, sont aplatis, légèrement ailés et sans aigrette. Cette plante pousse dans des prairies sèches, des prés stables, des champs pierreux, particulièrement dans les zones montagnardes et subalpines (0-2200 m). Les nombreuses et magnifiques variétés obtenues à partir du genre de cette plante, en particulier de Achillea millefolium, Achillea filipendulina, Achillea nobilis, Achillea ptarmica, Achillea sibirica, Achillea tomentosa, sont très utilisées dans les jardins pour les massifs et les bordures. Dans le passé, les achillées étaient bien vues dans les prés car elles étaient considérées comme des plantes utiles pour garder le bétail en bonne santé, et on disait aussi qu’avec leur odeur elles éloignaient les mouches et autres insectes gênants. La culture des espèces mentionnées plus haut est assez simple parce qu’elles sont des plantes rustiques ne requièrent pas de conditions climatiques particulières ; elles préfèrent les emplacements ensoleillés et les sols légers, pauvres et secs, ou les sols fertiles et frais. Elles se multiplient par division de touffes car les graines germent très lentement et les jeunes plantules peuvent donc être étouffés par les mauvaises herbes. Elles doivent être plantées peu profondément à 30-35 cm de distance, en alternant avec d’autres espèces chromatiquement appropriées de manière à créer des contrastes.

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Les capitules, généralement blancs, sont groupés en corymbe et fleurissent de mai à septembre © G. Mazza

Les achillées sont très visitées par les papillons et autres insectes utiles. Récemment, un nouveau cultivar magnifique a été créé, nommé ‘Fuerland’ avec des fleurs allant du rouge (stade jeune) au orange (stade mature) et finalement jaune crème avant de faner. Mis à part Achillea ptarmica qui pousse bien dans des sols humides, les autres espèces d‘achillée utilisées comme ornementales nécessitent peu d’irrigation, une fois les premiers arrosages effectués pour favoriser l’enracinement des touffes. Dans des conditions non optimales ( sols lourds, mal drainés, endroits ombragés), elles sont parfois touchées par la rouille ( Puccinia millefolii ) et craignent les attaques de pucerons et d’acariens.

Les sommités fleuries, cueillies en juin et séchées préférablement à l’ombre dans des endroits bien aérés, contiennent le glucoside achilléine ou achilline, l’acide achilléique, une substance amère, une huile essentielle avec des composés terpéniques (cinéole, pinène, bornéol, caryophyllène,et chamazulène), du camphre, des esters des acides acétique, isovalérique et formique, de la phytostérine, des traces d’eugénol, des tanins et des mucilages, de sels de potassium, des phosphates, de coumarines, des tannins etc.… Dans les fleurs il y a aussi de l’acide propanoïque et dans les racines des composés volatiles sulfurés. L’achillée est employée spécifiquement pour améliorer la circulation sanguine, pour accélérer le métabolisme et comme emménagogue, eupeptique, anti-gastralgique et spasmolytique-sédatif. Elle est donnée en poudre ou en infusion. Elle améliore les conditions générales de la circulation, a une influence positive sur les fonctions digestives et hépatiques, accélère le métabolisme, ralentit les hémorragies utérines, hémorroïdales, nasales et pulmonaires, stimule l’appétit et est recommandée pour les traitements dépuratifs sanguins printaniers.

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Ils peuvent aussi prendre des teintes rosées. Ils attirent les papillons et éloignent les insectes gênants © Mazza

Elle est aussi indiquée comme aro- matique amère, légèrement anti-inflam- matoire, antipyrétique et hypotenseur.

Plusieurs botanistes et herboristes en parlent depuis le Moyen-âge dans leurs travaux et « l’herbe aux coupures », « l’herbe au soldat », « l’herbe au charpentier » est encore aujourd’hui considérée providentielle sur les blessures car elle désinfecte, cicatrise et stimule la régénération des tissus. Un autre usage intéressant qui a donné récemment de bons résultats en cosmétique est celui de préparations topiques pour éclaircir graduellement ces tâches que l’on appelle « tâches de vieillesse » causées par une altérations du métabolisme des mélanocytes.

Le mécanisme d’action et les principes actifs qui déterminent cet effet ne sont pas encore clairs ; cela pourrait être des glucosides cyanogénétiques présents dans la plante, ou plus probablement, des flavonoïdes ayant des capacités anti-oxydantes considérables ; dans ce cas le flavonoïde céderait au cytoplasme du mélanocyte la quantité requise de H + nécessaires pour empêcher l’oxydation de la thyroxine. Avec d’autres congénères, elle entre dans la composition de recettes traditionnelles pour la préparation de liqueurs amères ou digestive, et ses jeunes feuilles sont cueillies dans de nombreux endroits pour être cuites dans des soupes et omelettes avec d’autres herbes comestibles, donnant un arôme agréable. Par le passé, dans les pays de l’Europe du Nord, cette plante remplaçait l’aromatique houblon dans la fabrication de la bière, et en Allemagne au XVI siècle, ses graines étaient mises dans les cuves pour assurer la conservation du vin. Préparations :

Infusions carminatives indiquées dans les cas de digestion difficiles et pour calmer les dérangements abdominaux

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Pas étonnant qu’elle soit devenue une plante de jardin avec de tels cultivars, même jaunes © Giuseppe Mazza

Une petite cuillère de fleurs séchées dans une tasse d’eau bouillante : laisser infuser pendant 15 minutes et boire une heure après les repas, sucré avec une cuillérée de miel.

Vin digestif

Une poignée de fleurs séchées dans un litre de vin blanc sec : laisser macérer une semaine. Pour améliorer le goût, nous pouvons ajouter à l’Achillée une pincée des graines de fenouil ou d’anis. Le tout doit être filtré et on peut boire un petit verre après les repas, sucré avec du miel ou du sucre.

Infusion cosmétique

Une poignée de fleurs séchées dans un demi litre d’eau bouillante : laisser infuser pendant 30 minutes, et après avoir filtré et pressé les résidus, appliquer sur le visage pendant 20 minutes avec du coton hydrophile. La même infusion est utile comme lotion à appliquer sur des cheveux avec séborrhée et pellicules.

Synonymes : Achillea millefolium L. var. alpestris Wimmer & Grab (1827), Achillea millefolium L. var. lanuginosa Gaudin (1829), Achillea millefolium L. var. lanata Koch (1838), Achillea millefolium L. var. collina (Becker ex Reichamb. Fil. (1854), Achillea millefolium L. var. macrocephala (1861), Achillea millefolium L. subsp. alpestris (Wimmer & Grab.) Gremli (1878), Achillea millefolium L. subsp. lanata Arcangeli (1882), Achillea millefolium L. subsp. sudetica (Opiz) Oborny (1885), Achillea millefolium L. subsp. compacta (Lam.) Boonier & Layens (1894), Achillea millefolium L. proles monticola (Martrin-Donos) Rouy (1903), Achillea millefolium L. var. lamotteanum Rouy (1903), Achillea millefolium L. proles setacea sensu Rouy (1903), Achillea millefolium L. subsp. caroli Sennen (1929), Achillea millefolium L. subsp. strictifolia Sennen (1929), Achillea millefolium L. subsp. ceretana Sennen (1929), Achillea millefolium L. subsp. foliosa Sennen (1929), Achillea millefolium L. subsp. tanacetifolia (Janchen) P. Fourn. (1939), Achillea millefolium L. var. pedemontana Briq. & Cavillier in Burnat (1917), Achillea millefolium L. var. pellatii Bonnier (1922).

 

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