Adiantum capillus-veneris

Famille : Pteridaceae

 

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Texte © Eugenio Zanotti

 

 

Traduction en français par Bianca Genson

 

 

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Adiantum capillus-veneris est la seule fougère européenne appartenant à ce genre. Elle se développe sur les roches humides, dans les grottes, les vieux murs et abords de sources, insouciante des gouttes d’eau © Mazza

La division taxonomique des ptéridophytes ( Pteridophyta ) comprend les plantes vasculaires cryptogames connues comme les fougères, les prêles, les lycopodes et les sélaginelles, toutes étant des plantes d’origine très ancienne, sans fleurs et qui se reproduisent à l’aide de spores.

Plus de 20 genres appartiennent à la grande famille des Pteridaceae parmi lesquels, le genre Adiantum, constitué d’environ 200 espèces de fougères principalement indigènes aux régions chaudes, surtout du continent américain, tandis que d’autres proviennent de régions tempérées.

La seule espèce de ce genre présente à l’état spontané en Europe est la fougère Capillaire cheveux de Vénus ou Capillaire de Montpellier ( Adiantum capillus-veneris - L. 1753 ), une fougère très élégante et délicate distribuée dans la totalité de la ceinture tropicale de l’Eurasie, l’Afrique et en Amérique (pantropicale).

La zone de distribution européenne de cette espèce est liée aux climats méditerranéens et est présente également le long des côtes atlantiques caressées par le Gulf Stream. De plus, on retrouve également en Europe Adiantum hispidum (originaire des zones tropicales et subtropicales de l’Australie, naturalisé dans les Açores) et Adiantum raddianum (originaire de l’est de l’Amérique du Sud), cultivé comme plante d’ornement et occasionnellement à l’état sauvage.

Le nom du genre tient son origine du terme grec « adíanton », constitué de « a », signifiant « sans » et « diáino », signifiant « je lave », le tout donnant par conséquent « je ne deviens pas humide » en référence aux feuilles qui, lorsqu’elles sont plongées dans l’eau, en ressortent sèches (hydrofuges). Son nom d’espèce vient de « capillus » qui signifie cheveu et du génitif « Venus », parce que, selon la mythologie romaine, Vénus sortait de la mer en ayant les cheveux secs.

Plante herbacée vivace au rhizome court, mince et rampant, noirâtre, car recouvert par une enveloppe squameuse épaisse et foncée, à partir duquel se développent des frondes glabres, douces, de forme ovale-oblongue, pendantes, plus ou moins persistantes, de 10-30 jusqu’à 50 (<60) cm habituellement 2-3 fois pinnatiséquées sur des pédoncules capillaires noirs ou rougeâtres brun-foncé, habituellement flexueux, pétiole et rachis également noirs et brillants. Pinnules d’un beau vert brillant, glabres, ovoïdes-cunéiformes, avec de fines nervations dichotomiques, flagellés ou rhomboidaux (0,5) 1-2 (3) cm, fragiles, avec les extrémités pliées formant un pseudo-indusium cartilagineux pour protéger les petits sores rectangulaires ou réniformes, perpendiculaires à la marge du lobe.

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Les feuilles déperlantes ne deviennent pas humides, tels les cheveux de Vénus lorsqu’elle sortit de la mer © Giuseppe Mazza

La sporulation a lieu pratiquement toute l’année mais est principalement concentrée de juin à août ; spores (38) 40-44 (48) microns, finement granulaires sur la surface. Habitat : espèce ombrophile, hygrophile et thermophile qui croît sur les roches sujettes au stillicide, les roches humides principalement calcaires, les marnes et grès, dans les puits, les grottes, les sources, sur les vieux murs, les bords de sources, des fossés et leurs ponts, de la plaine jusqu’à 1500 mètres d’altitude.

A ce sujet, le Professeur italien Pierina Boranga a écrit dans un des petits volumes de la magnifique série « La nature et l’enfant » (1951) :

« Elle préfère une position qui lui laisse apprécier un petit rayon de soleil, mais vit souvent également dans cette lumière verdâtre douce des murs ombragés et des grottes humides. Il lui importe peu si ses rameaux et ses minuscules et jolies feuilles en forme d’éventail, soutenues par de brillants et noirs minces pétioles, minces comme des poils, devront continuellement se déplacer sous les gouttelettes. Les petites tiges, bien que minces, sont résistantes et élastiques ; et les folioles ont la propriété de ne pas devenir humides. Au contraire, le mouvement continu ajoute de la grâce à ces élégants petits rameaux doux, qui anoblissent les pierres, accordant aux emplacements où elle croît une note de beauté arcadienne ».

Depuis des temps anciens, cette fougère n’est pas passée inaperçue. Au contraire, vu sa préférence pour les emplacements médiocrement lumineux, elle a été consacrée à Pluton. Théocrite a rapporté que, aux côtés d’autres plantes, elle pousse près d’une source où un des Argonautes a pris de l’eau pour son navire.

Les frondes de la fougère cheveux de Vénus, qui sont récoltées en été, contiennent divers principes actifs : tannins, adiantone et autres phénols dérivés du kaempférol, flavonoïdes, saponosides triterpéniques, proanthocyanidines, esters sulfuriques d’acide hydroxycinnamique, le principe amer capillarine, gommes, mucilages, sucres, acide gallique, acide alicique et traces d’une huile essentielle qui confère aux préparations (principalement infusion, sirop et teinture) des propriétés anti-inflammatoires, aromatiques, galactagogues, astringentes, de fluidification de la bile, décongestionnantes, diaphorétiques, émollientes, expectorantes, digestives, etc.

La Capillaire cheveux de Vénus est recommandée dans divers maux des voies respiratoires comme fluidifiant et apaisant, dans les enrouements (le grand ténor Caruso, comme d’autres grands chanteurs d’opéra, se gargarisaient avec des infusions de fougère cheveux de Vénus avant de monter sur scène), dans les digestions difficiles, comme purificateur du sang, anti hémorragique, et est utile pour réduire l’envie de consommer de l’alcool et de fumer.

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La sporulation se produit presque toute l’année, principalement entre juin et août © Giuseppe Mazza

En usage externe, sa décoction a une action stimulante sur les follicules pileux et est donc utile pour combattre les pellicules et la perte de cheveux. Encore une confirmation de la Théorie des signatures ? La croyance selon laquelle le bon Dieu avait placé un indice dans l’apparence et les caractéristiques des plantes pour indiquer aux hommes leur utilisation. Ainsi, le saule blanc ( Salix alba ), qui pousse les pieds dans l’eau, guérit les refroidissements, les fruits du noyer (Juglans regia), de par le motif sur ses feuilles, les poumons. Dans le passé, la fougère cheveux de Vénus est entrée également dans des préparations complexes destinées au traitement de la paralysie, des tremblements, de la mélancolie, comme dans la très vieille Opopyra des saints Cosmas et Damian, et de Mesue.

Grâce à l’élégante beauté de cette fougère, aussi bien que celle d’autres congénères exotiques bien connus ( Adiantum caudatum, A. rubellum, A. pedatum, A. venustum, etc.) elle est largement cultivée particulièrement en tant que plante d’intérieur ; c’est, cependant, une espèce sensible et exigeante qui requiert un éclairage diffus et qui n’aime pas les rayons directs du soleil et les courants d’air froid ; la meilleure température pour sa culture est de 14-18°C. Le substrat doit être constitué d’un sol neutre de forêt ou légèrement calcaire, enrichi avec de la tourbe, bien drainé et pas trop riche en éléments nutritifs ; les arrosages doivent être fréquents mais non abondants durant les mois chauds et doivent être réduits en hiver. Elle se reproduit habituellement par subdivision des touffes en mars-avril.

Préparations :

Infusion

Une cuillère à café de frondes fraîches dans un récipient d’eau chaude, filtrer et ajouter du miel, 2-3 tasses par jour pour la bronchite, les toux sèches. En ajoutant du thé noir et du lait vous pouvez obtenir une tisane savoureuse et saine connue sous le nom de « Bavarois ».

Sirop

640 grammes de sucre sont ajoutés à une infusion déjà filtrée, préparée avec 340 grammes d’eau et 20 grammes de frondes fraîches. Pour les enfants souffrant de bronchite et toux sèche. Deux cuillères trois fois par jour.

Synonymes : Adiantum coriandrifolium Lam. (1779) ; Adantum fontanum Salisb. (1796) ; Adiantum capillus Sw. (1801) ; Adiantum formosum R. Br. (1810) ; Adiantum africanum R. Br. (1818) ; Adiantum schaffneri E. Fourn. (1880) ; Adiantum pseudocapillus Fée (1850-1852) ; Adiantum paradiseae Baker (1889) ; Adiantum capillus-veneris var. fissum Christ (1900) ; Adiantum modestum Underw. (1901) ; Adiantum michelii Christ (1910) ; Adiantum remyanum Esp. Bustos (1936) ; Adiantum capillus-veneris var. laciniatum Christ ex Tardieu & C. Chr. (1940) ; Adiantum capillus-veneris fo. rimicola (Sloss.) (1950) ; Adiantum capillus-veneris var. modestum (Underw.) Fernald (1950) ; Adiantum capillus-veneris var. protrusum Fernald (1950) ; Adiantum capillus-veneris fo. dissectum (M. Martens & Galeotti) Ching (1957) ; Adiantum capillus-veneris fo. fissum (Christ) Ching (1957).

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

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