Aesculus hippocastanum

Famille : Sapindaceae

 

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Texte © Eugenio Zanotti

 

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Traduction en français par Marie Malo

   

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Isolé et non taillé, Aesculus hippocastanum peut atteindre 30 m de hauteur avec un tronc de 3 m de large © G. Mazza

Aesculus est le terme latin pour un type de chêne sacré à Jupiter cité par les Romains ,et est donc attribué à cette espèce par Linné même si, comme il le savait bien, celle-ci fait partie d’une famille bien distincte de celle des Fagaceae. Pour certains auteurs Aesculus trouve son origine du Latin « escare » = manger, dû au fait que les fruits sont consommés par des animaux (surtout ovins et caprins). Le nom de l’espèce, hippocástanum, est dérivé de deux mots grecs "hippos" = cheval et "kástanon" = châtaignes (marronniers ou châtaigniers) en faisant allusion au fait que les Turcs ont utilisé les graines riches en amidon pour nourrir les chevaux souffrant de la maladie de pousse, et pour les stimuler.

Le genre Aesculus comprend, selon divers auteurs, 20-25 espèces dans les régions tempérées de l’hémisphère nord, en particulier présentes en Amérique du Nord.

La région d’origine du marronnier se situe dans la région illyrienne (Balkans et Caucase) en Europe du Sud-est. Cette plante a été introduite en 1557 en Europe centrale et en Italie par le célèbre botaniste siennois Mattioli avec des graines de Constantinople.

Malgré son nom commun de "Marronnier d’Inde", il forme des forêts mixtes avec le frêne, l’aulne et l’érable dans son habitat naturel (la Grèce, la Bulgarie, du Caucase).

Une reconstitution historique méticuleuse des recherches sur la distribution préhistorique de cette espèce énigmatique a été publiée en 1936 par le professeur Antonio Baldacci, édité par l’Académie des Sciences de l’Institut de Bologne : «  Aesculus hippocastanum L. - sur une épave dendroïde euro-asiatique de la flore des Balkans et en particulier illyrienne-hellénique ».

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De gros bourgeons, feuilles et inflorescences émergent rapidement au printemps © G. Mazza

Des fossiles de marronnier d’Inde ont été trouvés dans certaines régions de la vallée du Pô, ce qui témoigne de la présence de l’espèce à une époque précédant les dernières glaciations quaternaires (du Pliocène et du Pléistocène), lorsque le climat européen était beaucoup plus chaud qu’aujourd’hui.

Cette espèce a survécu dans les régions du sud de la péninsule des Balkans et dans une petite zone sur la rive orientale de la mer Noire, zones connues de refuge durant les glaciations, comme beaucoup d’autres plantes reliques de la période glaciaire.

Le Marronnier d’Inde ( Aesculus hippocastanum L. 1753 ) est un grand arbre à feuilles caduques, élégant, haut en moyenne de 10-20 (30) m, avec une cime largement ovale ou pyramidale, soutenue par de grosses branches, souvent tordues et disposées en candélabres, portées par un tronc plutôt court.

L’écorce est lisse et grise quand elle est jeune, avec l’âge elle devient gris foncé ou brun-noirâtre et se décolle en plaques irrégulières.

Les jeunes branches ont une écorce brun clair ou grise, légèrement pubescente avec 2-6 lenticelles longitudinales rouges et de longs bourgeons atteignant 3-5 cm, rouge brun, résineux en climat sec et visqueux en climat humide.

Les feuilles sont grandes, avec un pétiole pouvant atteindre 20 cm, rainuré et élargi à la base (quand elles se détachent elles laissent sur les branches une cicatrice visible en forme de fer à cheval) ; elles sont opposées, palmées avec un duvet rougeâtre quand elles sont jeunes, divisées en 5-7 grandes folioles (jusqu’à 12x25 cm) qui sont oblancéolées avec un sommet pointu et des bords irrégulièrement dentelés, rayonnant à partir d’un seul point à l’extrémité du pétiole ; elles sont vert foncé sur le dessus, et plus claires sur le dessous.

Le calice est en 5 parties ; les fleurs hermaphrodites et zygomorphes fleurissent en avril-mai et sont réunies en panicules terminales dressées, pyramidales, voyantes (15-30 cm) ; les nombreuses fleurs sont parfumées et d’une grande beauté.

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Les fleurs sont des panicules voyantes avec des fleurs parfumées, parfois doubles © Giuseppe Mazza

Le calice est campanulé-tubulaire avec cinq lobes ; les fleurs à 5 pétales blancs irrégulièrement spatulés, mesurant 0,9 x 1,5 cm, sont lobés et ondulés, pubescents, avec une tache centrale jaune et/ou rouge, et sept étamines saillantes, longues et courbées vers le haut avec des anthères oranges ; le style montre un stigmate pointu.

A la fin de la floraison commence le développement des fruits (capsules) qui mûrissent en 4 à 5 mois et atteignant un diamètre de 3-6 cm ; ils sont ovoïdes, verts ou jaune-vert, avec quelques épines moins fines et moins piquantes que celles de la cupule des véritables châtaigniers ; chacun des fruits est déhiscent en trois parties (rarement deux) ; ils contiennent un à trois (4) graines appelées « marrons », luisantes, d’un brun rougeâtre une fois mûres, avec un grand hile (cicatrice que porte la graine au point d’attachement à la plante) blanc ou grisâtre ; les graines sont ovales déprimées quand elles sont seules ou semi-ovales avec un ou deux côtés aplatis si elles sont par deux ou par trois dans le fruit.

C’est un arbre très largement cultivé dans toute l’Europe et dans la plupart des régions tempérées du monde pour l’ombrage qu’il procure et comme arbre d’ornement dans les allées, isolé ou en groupe dans les parcs, des plaines jusqu’à 1300m d’altitude. Il est rarement subspontané.

Le professeur Sandro Pignatti écrit dans sa Flore de l’Italie : ".... il ne montre aucune tendance à se naturaliser, en dépit de la grande production de graines qui germent régulièrement, mais les jeunes plantes meurent généralement en quelques années." Dans certaines régions d’Europe centrale et orientale il semblerait toutefois que sa naturalisation ait été observée.

Il aime les sols acides, profonds et frais mais peut supporter des situations moins fertiles. Il possède un système racinaire peu profond et n’est pas très résistant à la salinité et aux vents forts ; quand il pousse de manière isolée dans des terrains adaptés, et qu’il n’est pas taillé, son tronc peut atteindre 2.5-3 m de diamètre et il peut vivre jusqu’ à plus de 200 ans.

Au cours des dernières décennies il y a eu une forte baisse de l’utilisation de cette espèce dans les villes et les pays ; celle-ci a été plantée surtout dans les premières décennies du 19ème siècle pour sa beauté et parce qu’on croyait (à tort) que les semences étaient capables d’éliminer les épidémies de choléra, fréquentes à cette époque.

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Pour aider les abeilles elles montrent une tâche jaune si pleines de nectar et une rouge si c’est fini © G. Mazza

C’était sans doute en raison de la forte proportion de tanins qui agissent sur la dysenterie causée par le vibrion, en la ralentissant.

L’arbre semble parfois sec comme à l’automne en plein été, d’une part, à cause de l’âge des arbres et des dommages irréversibles causés par la pourriture due principalement à l’élagage drastique, à cause de la pollution des ville et des sécheresses estivales, et d’autre part, à cause des attaques de l’anthracnose ( Guignardia aesculi ) un champignon qui provoque le dépérissement des feuilles, et l’introduction récente de la Cameraria ohridella, une petite mineuse de la famille Gracillariidées, originaire des Balkans qui se nourrit du tissu des feuilles sous la cuticule.

Le bois du marronnier, blanc jaunâtre, est peu prisé parce qu’il est tendre et fibreux, et en plus peu durable. Coupé quand il est frais il a l’odeur de pommes de terre ridées ; comme il est très absorbant comme les peupliers, il est utilisé dans la fabrication de barquettes à fruits, pour faire du contreplaqué et en pyrogravure.

Sont cultivés plus rarement certaines variétés horticoles telles que le ’Menningenei’ qui peut-être très grand et souvent avec des feuilles aux nervures gravées, la ’Aspleniifolia’, avec des feuilles laciniées, la ’Aureo-variegata’ avec des feuilles tachetées de jaune d’or, le « Superbe » avec des fleurs doubles et le ’Laevis’ avec des capsules sans épines, en plus d’espèces congénères au développement moins important, tels que Aesculus pavia (= Pavia rubra Poir.), Aesculus parviflora Walt., Aesculus indica Colebr., Aesculus octandra Marsh., et Aesculus carnea Haine, (= Aesculus rubiconda ), un croisement entre Aesculus hippocastanum et Aesculus pavia .

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En général, les capsules de graines sont épineuses, mais la forme « laevis » est sans épines © Giuseppe Mazza

Pour l’usage en phytothérapie, les bourgeons sont récoltés en février-mars, les feuilles en juin-juillet, l’écorce des branches de 3-5 ans au printemps et les graines en septembre-octobre.

Les constituants de la graine sont l’amidon (17-18%), l’acide linoléique, l’acide palmitique et stéarique (5%), des sucres, des matières protéiques, des flavonoïdes et des glycosides complexes saponine tri terpéniques (3-10%) : esquine, argirescine, pro- escigénine, escigénine, kryptoescine, etc…, des purines (adénine, l’adénosine, guanine, etc…), des tanins, des vitamines du groupe B, provitamine D ; la vitamine K et l’enzyme esculinase.

L’enveloppe de la graine, les bourgeons et l’écorce des jeunes branches contiennent des glycosides de la coumarine (esculine, fraxinine, quercitrine et scopoline), l’esculétine, l’allantoïne, les résines et les pectines. En particulier, l’esculétine est utilisée dans la préparation de crèmes solaires pour sa capacité à filtrer les rayons ultraviolets.

Des propriétés angiotoniques , flebotoniques, vasoprotectrices, et capillarotropes, anti-inflammatoires, antipyrétiques, astringentes et décongestionnantes, ont été démontrées. L’activité pharmacologique est principalement liée à la présence de l ‘aescine (ou escine) qui a des propriétés anti-œdème. L’action principale de l’escine est déterminée par le fait qu’elle diminue certaines enzymes dans le sang, qui sont plus élevés dans les cas de maladies vasculaires, ce qui réduit la perméabilité pathologique des petits vaisseaux sanguins, contrecarrant ainsi la rétention d’eau en excès dans les tissus.

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Les graines germent, mais les plants sont pour la plupart de courte durée © G. Mazza

Les préparations de marronnier d’Inde sont utilisées principalement pour la fragilité capillaire, pour la couperose, dans tous les états œdémateux et également pour application locale dans le traitement des varices, phlébite, hémorroïdes, des ecchymoses et des hématomes.

Elles calment la douleur, agissent sur les parois des varices, facilitent la constriction et, par conséquent, la disparition de congestion vasculaire ; la saponine ferait également abaisser l’indice de viscosité du sang veineux améliorant ainsi sa circulation.

L’utilisation familiale doit être limitée aux applications externes. En médecine vétérinaire, les graines sont données aux chevaux et aux cervidés pour soigner l’emphysème et certains formes d’arthrite.

Pour un usage domestique, on suggère de faire bouillir les graines, auparavant débarrassées de leur peau et écrasées, pour obtenir une pâte épaisse et visqueuse qui servira de colle, résistante au temps et imputrescible.

Un autre usage des graines, justifié par la présence de saponines qui rend la graine toxique pour l’homme si ingérée crue, est d’écraser la pulpe des fruits épluchés, d’ajouter de la soude et d’utiliser ce mélange pour laver les vêtements foncés obtenant aussi ainsi un léger amidonnage.

Les fruits frais, percés et enfilés sur une ficelle pour faire des colliers, ont été suspendus dans les placards pour garder les mites des vêtements et d’autres insectes de denrées alimentaires.

Préparations :

Lotion pour la peau rougie, avec acné ou couperose

80 g de graines broyées et écrasées dans un litre d’eau : faire bouillir un quart d’heure et filtré à chaud. Utiliser localement en appliquant chaud avec de l’ouate.

Pâte pour la cellulite

120 g de pulpe de graines écrasées et hachées dans un demi-litre d’eau. Laisser mijoter jusqu’à ce que tout soit réduit en purée. Appliquer tiède sur lez zones de cellulite sans frotter et couvrir avec un linge et laisser poser pendant un quart d’heure. Rincer à l’eau tiède. L’application doit être répétée tous les jours pendant au moins une semaine.

Synonymes : Aescuslus castanea Gilib. (1782) ; Hippocastanum vulgare Gaertn. (1791) ; Hippocastanum aesculus Cavan (1827) ; Aesculus hippocastanea Raf. (1830) ; Aesculus ohiotensis Lindl. (1838) ; Aesculus hippocastanum L. var. variegata Loudon (1838) ; Aesculus hippocastanum L. var. argenteovariegata Loudon (1842) ; Aesculus hippocastanum L. var. aureovariegata Loudon (1842) ; Aesculus hippocastanum L. var. incisa Booth ex Loudon (1842) ; Aesculus hippocastanum L. var. beaumanii C.K. Schneid. (1937) ; Aesculus hippocastanum L. f. beaumanii (C.K. Schneid.) Dole (1937) ; Aesculus hippocastanum L. var. flore-pleno Loudon (1938) ; Aesculus hippocastanum L. var. pendula Puvill (1921) ; Aesculus hippocastanum L. f. pendula (Puvill.) Rehder.

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Il ya 20-25 espèces de Aesculus et de nombreuses formes horticoles. L’hybride de Aesculus hippocastanum et Aesculus pavia avec ses spectaculaires fleurs rouges est connu comme Aesculus x carnea. © Giuseppe Mazza

 

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