Anacamptis morio

Famille : Orchidaceae

 

 

Texte © Prof. Giancarlo Castello

 

 

Traduction en français par Serge Forestier

 

 

JPEG - 167.8 ko
Euro-méditerranéenne, Anacamptis morio est très répandue en Italie, Sardaigne exlus © G. Mazza

Espèce des environnements les plus divers, tels que les prairies arides, les alpages, les garrigues et les clairières boisées, bref à l’extrême tolérance écologique, surtout si elle est en pleine luminosité, mais sur n’importe quel type de terrain, on peut généralement la rencontrer de 100 à 1400 m et elle peut atteindre les 1900.

Anacamptis morio (L) R.M. Bateman, Pridgeon & M.W. Chase, 1997, peut être trouvée dans toutes les régions d’Italie, à l’exception de la Sardaigne. Considérée comme euro-méditerranéenne, à partir du sud de la Norvège, elle s’étend à l’est jusqu’à l’Iran et est absente dans les zones méridionales, remplacée par l’espèce Anacamptis picta (Delforge, 1994), très semblable, mais plus délicate, à l’aspect relativement élancé, aux fleurs moins voyantes, plus espacées entre elles, et à l’éperon mince.

Affectée récemment au genre Anacamptis, sur la base d’études chromosomiques, en 1753 elle a été nommée par Linné, qui l’a imputée au genre Orchis, après avoir examiné quelques spécimens du Bade-Wurtemberg, en se basant pour l’espèce sur l’ancien nom latin morio, qui remonte à la Renaissance, dont la signification originelle reste douteuse.

Beaucoup soutiennent qu’il dérive du mot bouffon, clown, étant donné le caractère tapageur de son aspect. D’autres pensent qu’il provient de "morion", nom d’un casque européen en usage aux XVIe XVIIe siècles, ou bien de "morion", en latin “pierre précieuse”.

On peut supposer que "morio", en latin “bouffon”, découle de son comportement chromatique, parfois trompeur et inattendu. Habituellement, l’espèce peut être de couleur violet foncé, ou bien de tout type de rouge, jusqu’à être d’un beau rose pâle ou encore albinos.

À cet égard, il semble que l’albinisme dérive d’une intervention excessive des mycorhizes, les champignons symbiotiques de nombreuses orchidées, qui retireraient, dans les échanges, beaucoup de substances énergétiques de la graine.

La définition du genre dérive du mot "άνακάμπτειν" (anakamptein = repli), relatif aux tépales recourbés de façon si caractéristique.

Elle est communément connue en tant qu’Orchidea morio, Orchidea minore, Giglio caprino, Pan di cuculo, Orchidea pagliaccio, Salep (italien) ; Orchis bouffon (français) ; Green-winged Orchid (anglais) ; Kleines Knabenkraut (allemand) ; Amor de dama (castillan) ; Nevadna Kukavica (croate).

Anacamptis morio fait partie des espèces géophytes bulbeuses, adaptées aux climats les plus chauds au niveau du sol à deux rhizomes tubérisés, ovaliformes. Haute de 10 à 35 cm c’est une plante herbacée robuste, mais basse, à la tige verte, cylindrique, nuancée de violet dans la partie supérieure.

JPEG - 132.3 ko
Les fleurs dépourvues de nectar trompent leurs pollinisateurs en imitant l’aspect d’espèces nectarifères © Giuseppe Mazza

Les feuilles basales, de forme aléatoire et vert-bleuté, sont regroupées en rosette, les caulinaires en revanche gainent la tige.

Les fleurs, jusqu’à 25, présentes sous la forme d’une inflorescence oblongue, à l’épi de densité variable, peuvent avoir les couleurs les plus variées. Même les bractées caractéristiques peuvent présenter des couleurs différentes.

Le casque, formé par les sépales groupés, aux couleurs cohérentes avec celles de la fleur, est orné de stries verdâtres évidentes. La partie médiane du labelle, un peu trilobée, avec des taches rouge intense, est légèrement plus saillante des deux côtés et apparait légèrement recroquevillées sur elle-même. Les sépales sont oblongs, à peine ovales, les pétales plus étroits. L’éperon, à peu près long comme l’ovaire, de forme cylindrique, peut être droit ou légèrement incurvé. Le gynostème est de conformation courte, avec les loges des anthères de couleur pourpre et les pollinies verdâtres.

La période de floraison s’étale de mars à mai.

Parmi les orchidées les plus répandues en Italie, elle est nommée de différentes manières, selon la région, et fait partie d’un groupe d’espèces utilisées pour obtenir à partir des tubercules une sorte de farine appelé Salep, énergique et très nutritive, riche en protéines, en sucres et en mucilage. Puisque la récolte des orchidées est strictement interdite, cette donnée doit uniquement rester une information curieuse et intéressante.

De même que les espèces appartenant aux genres Ophrys et Orchis, cette espèce est également totalement dépourvue de nectar et doit se débrouiller seule pour la pollinisation.

Parmi les différentes stratégies on remarquera l’imitation “géniale” d’une plante à nectar. On peut affirmer que les faciès caractéristiques de nombreuses orchidées paléarctiques ne sont rien d’autre qu’une imitation de plantes herbacées, principalement des Lamiacées, dont la structure apparaît très attractive pour les insectes.

Parmi ses plus importants pollinisateurs on peut certainement citer les lépidoptères Pieridae : Pieris brassicae, P. napi et P. rapae et les Sphingidae : Macroglossum stellatarum et Hemaris fuciformis. Parmi les diptères Syrphidae : Episyrphus balteatus et Rhingia campestris. Parmi les hyménoptères Andrenidae la hautement efficace Andrena flavipes ou bien, parmi les Apidae, Bombus pratorum, B. terrestris et B. hortorum, y compris Apis mellifera.

Synonymes : Orchis morio L.

 

→ Pour apprécier la biodiversité au sein de la famille des ORCHIDACEAE et trouver d’autres espèces, cliquez ici.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

_A-342-1_Anacamptis_morio
_A-342-2_Anacamptis_morio
_A-342-3_Anacamptis_morio
Photomazza : 70.000 colour pictures of animals and plants