Branta ruficollis

Famille : Anatidae

 

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Texte © Dr. Davide Guadagnini

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Une petite oie blanche, noire et rouge brique : c’est sans doute la bernache à cou roux © Giuseppe Mazza

La bernache à cou roux ( Branta ruficollis - Pallas 1769 ) ) est une trés belle oie possédant une livrée caractéristique de par la combinaison de trois couleurs bien tranchées (blanc, noir et rouge). Elle appartient à l’ordre des Ansériformes (Anseriformes), à la famille des Anatidés (Anatidae), au genre Branta et à l’espèce Branta ruficollis.

Le nom de genre Branta vient probablement du norrois "brandgàs" qui signifie "oie brûlée" en référence aux couleurs prédominantes des oies appartenant à ce genre.

La bernache à cou roux, en effet, a une livrée si particulière que, pendant un temps on avait pensé la classer dans un genre à part, mais des études plus approfondies ont révélé qu’il s’agit bien d’une oie appartenant au genre Branta.

Le nom de l’espèce ruficollis dérive du latin "rufus" = rougeâtre + "collum" = cou et se réfère à la coloration rouge brique particulière de son cou.

Zoogéographie

C’est une espèce monotypique à distribution arctique (Sibérie occidentale), migrant vers le sud-ouest et hivernant dans les Balkans, à l’ouest de la mer Caspienne et au nord du Golfe Persique. L’expansion des quartiers d’hivernage vers l’ouest (surtout en Roumanie) a amplifié les observations européennes, devenues annuelles aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. Même si pour certaines de ces observations on est sûr de l’origine sauvage des oiseaux (confirmée par la capture d’oiseaux bagués), pour d’autres, il n’est pas à exclure qu’il s’agisse d’individus échappés de captivité, cette espèce étant beaucoup appréciée et élevée à des fins ornementales. Sa présence est irrégulière et occasionnelle dans une grande partie de l’Europe septentrionale et centrale et encore plus rare dans la partie méridionale et dans le bassin méditerranéen (Espagne, Italie, pays de l’ex-Yougoslavie, Israel, Chypre, Turquie, Egypte). En Suisse elle est considérée comme espèce accidentelle d’origine sauvage incertaine. Les passages signalés en Italie sont tous advenus en période hivernale.

Cette espèce a, ces dernières années, enregistré une hausse de présence dans divers pays européens. Ce phénomène a concerné, au même moment, d’autres espèces d’oies occidentales comme la bernache du Canada ( Branta canadensis ) et la bernache nonnette ( Branta leucopsis ). Sur la base de ces récentes observations on retient que la bernache à cou roux, dans ces pays européens, peut être considérée comme étant plus qu’une espèce accidentelle, une espèce migratrice et hivernante rare et relativement régulière. Jusqu’à il y a quelques dizaines d’années l’espèce était considérée comme rare alors qu’elle ne l’était pas. Le fait qu’il existe une population estimée à environ 40 000 individus hivernants ne signifie évidemment pas que l’espèce ne doit pas être protégée et défendue comme elle l’est, surtout parce qu’elle vit dans une aire assez restreinte et qu’il lui faut un environnement sûr aussi bien pour la nidification que pour l’hivernage. Malheureusement, les interactions humaines et les changements climatiques créent de nombreux problèmes à cette espèce.

Ecologie-Habitat

Lors de la période de reproduction elle vit sur les rives rocheuses ou sableuses des rivières et des fleuves. Comme quartiers d’hivernage elle préfère les prairies herbeuses, les steppes, les bancs de sable au bord de la mer. Elle nidifie dans la toundra euro-asiatique dans une aire relativement restreinte du 80° au 140° méridien au nord du cercle polaire arctique.

Morphophysiologie

C’est la plus petite des oies. Elle est de forme typiquement ansérine (trapue avec un cou relativement allongé et des pattes placées au milieu du corps) : longueur totale 53-56 cm, envergure 116-135 cm, aile du jars 344-362 mm, aile de la femelle 342-358 mm, un poids de 1 050-1 700 g environ avec la femelle plus légère que le mâle.

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Elle a une distribution arctique, migre vers le sud l’hiver et se nourrit de bourgeons et de graines © Giuseppe Mazza

Elle porte une livrée caractéristique blanche et noire contrastant avec une zone distinctive rouge-brique bordée de blanc sur la zone auriculaire et sur le derrière du cou et le haut de la poitrine. Les deux sexes sont semblables en toutes saisons.

Plus en détail, la livrée présente des parties supérieures (y compris les ailes et la queue) noires avec des reflets verdâtres sur le dos, le croupion et les plumes de couverture. Les plumes de couverture alaires, grandes et moyennes, ont les extrémités blanches qui forment deux barettes en travers des ailes. La bernache à cou roux présente une grande tache blanche arrondie entre l’œil (qui a un iris marron foncé) et le bec. La face est noire, la partie où se trouve les oreilles ainsi que les côtés de la tête sont marron-rougeâtres vifs limités par une ligne blanche qui descend le long des côtés du cou (gros et massif). Le menton et la gorge sont noirs.

Le noir de la gorge se mélange, à travers la face, au noir du sommet de la tête formant une ligne verticale, toujours noire, qui traverse l’œil. Elle a un peu de blanc sur le menton. Le reste du cou et de la poitrine sont marron-rouge séparés du noir des parties inférieures par une ligne blanche finement bordée de noir sur la poitrine. Les côtés du ventre et les flancs sont majoritairement blancs avec quelques plumes ayant le sommet noir. Le bas de la poitrine et le ventre sont noirs. Le bas-ventre, l’abdomen et les tectrices sus-caudales (plumes de couverture de la queue) sont blanches, les cuisses sont blanches, les axillaires sont sépia foncé, les scapulaires sont noires. La troisième rémige primaire est plus longue que les autres, la seconde est coupée sur la pointe intérieure, la troisième sur les deux et la quatrième sur l’extérieur. Les tectrices sous-caudales rejoignent le sommet de celle-ci. La queue est pratiquement carrée et constituée de 12 rectrices. Le bec est petit (22-27mm) plus court que la tête, plus haut que large à la base et noir.

Il y a 16 denticules non visibles quand le bec est fermé et un onglet rond. Les pattes (tarses longs de 50 à 60 mm) sont gris/noir-plomb foncé. L’espèce bien qu’étant joliment multicolore est plutôt sombre en vol et par conséquent peu identifiable.

Les jeunes ont des teintes plus ternes et brunâtres avec une tache auriculaires moins étendue ou manquante avec une coloration brunâtre-cannelle-grisâtre. Ils ont les barres sur les flancs et sur les ailes plus nombreuses mais moins distinctes et moins régulières, le sommet de la queue est le plus souvent blanc. Les parties noires-brunâtres sont tachées de blanc sur la poitrine et les ailes, les parties rouges sont plus pâles.

Ethologie-Biologie de la reproduction

C’est une oie au caractère marqué et aux mouvements rapides.

Elle bouge la tête rapidement et se comporte comme une oie sauvage ( Anser anser ). Elle vole en formation irrégulière. Elle se rend en mer, sur des bancs sableux pour y passer la nuit. C’est une oie timide mais sociable ayant un comportement grégaire avec d’autres espèces semblables, en particulier la bernache cravant ( Branta bernicla ) et l’oie rieuse ( Anser albifrons ).

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Pas de l’oie mais fine mouche ! Elle niche sur le territoire du faucon pèlerin pour le bénéfice de chacun © G. Mazza

Même lorsqu’elle paît, la bernache à cou roux paraît être mimétique et elle se confond, de loin, avec les autres espèces d’oie qu’elle fréquente. Dans les groupes mixtes, on la reconnait plus à sa taille réduite qu’à sa coloration qui de loin semble sombre. Elle se nourrit d’herbe, privilégiant les bourgeons, et de graines. Elle émet des vocalises hautes et musicales, bien qu’un peu rudes. Le rappel de contact est disyllabique "chi-chua, chich-uich, ti-ci”. Elle nidifie en couple (espèce monogame) ou en petites colonies. Les nids sont placés sur des bancs sableux et rocheux, le long de fleuves et de rivières souvent à proximité de bas buissons et sur les rares hauteurs disponibles du terrain.

Elles utilisent parfois une ruse pour se protèger et protèger leurs oeufs : elles nichent près du nid d’un faucon. Souvent, il s’agit d’un faucon pélerin (Falco peregrinus ). En nichant près du nid du faucon, l’oie cachera son propre nid au milieu du territoire défendu par le rapace. Dans la toundra sibérienne, les faucons sont souvent obligés de nicher au sol. Dans ces cas là, les faucons ne considèrent pas comme des proies potentielles les animaux inoffensifs présents à l’intérieur de leur aire de nidification et donc, en défendant leur propre territoire, ils protègent et défendent indirectement ceux qui y vivent.

Les bernaches à cou roux qui adoptent cette stratégie cherchent ainsi à contrecarrer l’action prédatrice de leur principal ennemi : le renard polaire ( Alopex lagopus ). En échange de la protection fournie aux oies et à leur couvée, le faucon aura l’avantage de profiter des bruyantes vocalises émisent par l’oie en cas d’approche d’un prédateur. Ainsi, le faucon sera prêt à la riposte afin de défendre sa propre couvée mais également celle de l’oie !

Le nid est placé dans une petite dépression du terrain et tapissé d’herbes et de duvet. L’oie y dépose, principalement dans la seconde moitié de juin, généralement 4-5 (9) œufs de couleur blanc-crème ou blanc-verdâtre. L’œuf à des dimensions moyennes de 71 par 48 mm (60-72 x 43-49 mm) et le poids de la coquille est de 6 g . Les œufs sont couvés par la femelle seule pendant 25 jours environ ; au mâle revient le devoir de surveiller et défendre le nid.

Le poussin à la naissance a les parties supérieures brun-verdâtre foncé. La portion latérale de la base du bec, le sommet de la tête et l’anneau autour des yeux sont noirâtres. Le dessous de la gorge et les parties inférieures sont jaunâtres. Le bec, les pattes et les pieds sont noirs. L’iris est marron foncé. Les petits de la bernache à cou roux, comme ceux des autres espèces d’oies nordiques, grandissent très vite afin d’acquérir rapidement la capacité de voler et la robustesse nécessaire pour affronter la migration hivernale. Cette espèce est sensible aux perturbations anthropiques, à la pollution des océans et à l’occupation des sols aux abords de ses rares pâtures hivernales.

Sinonimi

Anser ruficolli - Pallas, 1769 ; Bernicola ruficollis .

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

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