Dendrocygna javanica

Famille : Anatidae

 

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Texte © Dr Davide Guadagnini

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Le Dendrocygne de Java est le plus petit des membres du groupe des dendrocygnes © G. Mazza

Le Dendrocygne de Java ou encore Dendrocygne siffleur ( Dendrocygna javanica - Horsfield 1821), le plus petit représentant des canards faisant partie du groupe nommé « dendrocygnes », appartient à l’ordre des Ansériformes (Anseriformes), et à la famille des Anatidés (Anatidae).

Le nom de genre Dendrocygna vient du grec « dendron » = arbre et du latin « cygnus » = cygne. Il signifie donc « cygne des arbres » en référence aux habitudes arboricoles de la majeure partie des espèces appartenant à ce genre et en référence à l’aspect particulier de ces canards, qui d’une certaine façon rappellent de petits cygnes.

Le nom de l’espèce javanica fait référence à son lieu d’origine : l’Asie du sud-est particulièrement l’île de java et les aires limitrophes.

Zoogéographie

Connue également sous le nom de canard siffleur, cette espèce est abondamment répandue dans les jungles tropicales et les marais de plaines du sous-continent indien et d’une grande partie de la zone subtropicale de l’Asie (Asie du Sud-Est) avec une aire de répartition étendue en Inde, au Népal, au Sri Lanka, en Malaisie, en Indonésie, au Myanmar et en Chine.

L’espèce est principalement sédentaire et se déplace essentiellement en fonction de la disponibilité de l’eau ; la population septentrionale chinoise est, elle, migratrice abandonnant les aires de reproduction en hiver. Les années peu pluvieuses ou particulièrement sèches de grands déplacements peuvent avoir lieu. L’espèce est nombreuse dans les plaines centrales-méridionales de la Thaïlande et au Sri-Lanka. Jusqu’à la fin du XIXème siècle cette espèce était présente, même de façon éparse, au Japon ; probablement à cause de la chasse excessive elle est disparue d’Okinawa et des îles Ryukyu.

Écologie-Habitat

Le dendrocygne de Java fréquente une grande variété d’habitats humides et particulièrement ceux riches en végétation comme les étangs et les bassins fluviaux recouverts par des feuilles de lotus ( Nelumbo nucifera ) ou bien les rizières inondées. Les milieux humides entourés de quelques arbres sur lesquels se percher représentent un habitat idéal pour ce dendrocygne. Il fréquente beaucoup moins, même s’il ne les évite pas toujours, les fleuves larges, les milieux aquatiques ouverts dépourvus de végétation, les estuaires, les lagunes côtières saumâtres et la mer.

Morpho-physiologie

Comme déjà signalé pour les autres canards appartenant à ce groupe ( Dendrocygna spp. ), la différence entre les sexes n’est pas évidente, même si parfois les formes un peu lourdes et arrondies (du ventre) des femelles prête à pondre (ou en période de ponte) peuvent permettre de distinguer les sexes à un œil averti. Les dendrocygnes ont une forme particulière : cou et pattes assez longs, larges pieds palmés dotés d’ongles robustes et acérés. Ils ont une posture dressée avec le tronc tenu verticalement par rapport aux autres canards, leur démarche très « élevée du sol » est élégante et gracieuse.

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36-40 cm de long, avec une envergure de 70-74 cm, il pèse à peine 450-600 g © Giuseppe Mazza

Le dendrocygne de Java a les ailes courtes, larges, plutôt arrondies avec ces rémiges primaires et secondaires de même longueur qui caractérisent toutes les espèces de dendrocygnes. Chez certaines espèces les ailettes intérieures des rémiges primaires externes sont très découpées et dentelées, vibrant en vol et générant un sifflement ou un bourdon- nement mécanique distinctif.

En vol, ces canards tiennent leur tête et leur cou un peu abaissés, tendus bien en avant, la posture est un peu bossue ; les pattes, longues (plus que la queue), simulent une queue allongée et pointue. Ils ont un vol avec des battements d’ailes plutôt lents et profonds. Le vol est un peu papillonnant et très gracieux. Beaucoup d’espèces de dendrocygnes sont capables de voler dans l’obscurité.

Le dendrocygne de Java est l’espèce la plus petite du genre et pèse environ la moitié du poids du plus gros de ses représentants (450-600 grammes au maximum). Il mesure environ 36-40 cm et son envergure est de 70-74 cm environ. C’est un dendrocygne à l’aspect délicat et élégant. Sa couleur le fait dans l’ensemble ressembler à son "cousin" le Dendrocygne fauve (Dendrocygna bicolor), mais outre le fait qu’il est plus petit, les plumes de son croupion sont couleur châtaigne-roussâtre plutôt que blanc crème. Dans son ensemble, la couleur de la livrée est brun-roussâtre ; les plumes de couverture du dos sont brun-foncé bordées de brun-roussâtre. Les petites et moyennes sus-alaires sont également roussâtres. Les rémiges, les rectrices et les sous-alaires sont brun-foncé-noirâtre uniforme.

Les côtés de la face et du cou sont nuancés de jaunâtre-cuir. La calotte est marron un peu plus foncé et cette coloration peut s’étendre, s’estompant jusqu’à disparaître, le long du cou vers le dos. Les flancs ont des nuances roussâtres semblables à celles des tectrices sous-caudales sur une base en dégradé de brun-pâle surtout distalement. Les yeux du dendrocygne de Java ont un iris brun et leur aspect doux est accentué par un fin anneau péri-oculaire jaune clair. Les pattes et le bec sont gris-bleuâtre ardoise foncé. Les deux sexes sont semblables.

Éthologie-Biologie reproductive

C’est une espèce très élégante au comportement docile et confiant. Ce dendrocygne vocalise beaucoup, ce qui en fait un animal très bruyant particulièrement quand il vole ; son vol est décrit comme faible ou lent. Quand ils sont effrayés ces canards s’envolent généralement sans beaucoup s’éloigner et dès le danger passé reviennent se poser au même endroit.

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Essentiellement carnivore, sa chair a un goût désagréable et il est peu chassé © Giuseppe Mazza

Ce dendrocygne peut nicher très loin de l’eau même si les arbres et la végétation qui poussent à proximité des milieux aquatiques stagnants, et qui permettent de dissimuler les nids, sont les plus recherchés. Bien qu’ayant des habitudes crépusculaires, il peut s’alimenter de jour comme de nuit selon le degré de tranquillité du lieu où il s’alimente.

Comme les autres espèces de dendrocygnes, cette espèce, pour se reposer, se perche sur des branches ou des arbres partiellement immergés ou qui poussent à proximité de l’eau ou utilise de petits îlots ; la présence de ces éléments à proximité des zones d’alimentation est un facteur déterminant la distribution et la présence de l’espèce. Les dendrocygnes de Java, en dehors de la période de reproduction, peuvent vivre en groupe de 20-30 oiseaux ou bien se regrouper, surtout en Inde, en grand groupes qui peuvent compter des centaines d’individus. Les dendrocygnes de Java émettent des sifflements bas continus qui maintiennent les individus en contact.

Souvent, là ou les aires se chevauchent, il se re- groupent avec d’autres espèces d’anatidés com- me les Anserelles de Coromandel ( Nettapus coromandelianus ), les Dendrocygnes à lu- nules ( Dendrocygna arcuata ) et les Den- drocynes fauves ( Dendrocygna bicolor ).

Comme les autres dendrocygnes il a une alimentation omnivore. Il s’alimente au milieu de l’épaisse végétation aquatique, mais son régime comprend une plus grande proportion d’aliments d’origine animale (par rapport aux autres espèces de dendrocygnes). Il chasse abondamment des petits mollusques, surtout des limaces, des insectes, des grenouilles et d’autres petits animaux. Ces canards peuvent localement se nourrir dans les rizières mangeant aussi les jeunes germes de riz ; cette habitude fait que souvent ils ne sont pas bien accueillis par les agriculteurs. Peut-être à cause de l’importante quantité d’aliments d’origine animale ingérée par ce canard et donc du goût plutôt désagréable de sa viande, cette espèce n’est que rarement chassée.

Ces canards nagent en tenant leur corps bas sur l’eau faisant apparaître leur cou encore plus long. La période de reproduction est plutôt longue et déterminée par les précipitations ; le pic de ponte coïncide avec la période estivale humide. Le dendrocygne de Java n’est pas particulièrement exigeant en ce qui concerne les sites de nidification, pouvant construire son nid à terre au milieu de la végétation palustre (roseaux, joncs, carex), dans des buissons bas, à la fourche de branches, dans des cavités d’arbres ; parfois même ils utilisent les nids abandonnés de corbeaux, hérons, cormorans, cigognes ou rapaces. La couvée est constituée de 7-14 œufs blanc-ivoire-crème qui sont couvés par les deux parents.

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Ces canards fréquentent une grande variété de milieux humides et plus particulièrement ceux riches en végétation, comme les étangs, les marais et les bassins fluviaux. En ce qui concerne la construction du nid, ils ne sont pas difficiles : les nids peuvent être construits à terre, entre les roseaux ou les buissons, dans les arbres, sur des fourches de branches, et souvent ils utilisent les nids abandonnés de corbeaux, hérons, cormorans, cigognes ou rapaces. L’incubation dure environ 23-26 jours © Mazza

Les nids contenant le plus d’œufs peuvent être le fruit de parasitisme inter-espèce. L’incubation dure environ 23-26 jours. Les canetons ont une coloration régulière tachetée brun-noir et blanchâtre avec des zones blanches au niveau de la tête, des sourcils, des ailes et du dos. Les dendrocygnes de Java sont des parents très prévenants et peuvent piétiner la végétation à proximité de l’eau pour permettre à leurs petits de se reposer en groupes rassemblés près de l’eau. Les jeunes de l’année ont une coloration mate comparée à celle des adultes. Même si l’espèce est dans l’ensemble abondante dans une grande partie de son aire de répartition, certaines populations insulaires semblent être vulnérables.

Des groupes comprenant des centaines de milliers d’individus ont été décrits pendant la période à cheval sur le XIXème et le XXème siècle, quand les canards étaient vendus par milliers sur les marchés de Calcutta, Singapour et Saigon. Les grands groupes actuellement présents sur le continent indien ne semblent pas pouvoir atteindre les grandes concentrations décrites au XXème. La population globale est estimée à 100 000 individus ou plus. Bien que ces canards soient ravissants et attrayants à élever, ils ne sont que peu répandus parmi les éleveurs amateurs. L’espèce est menacée par la destruction des milieux lui convenant, le braconnage et par l’urbanisation sauvage. Les populations particulièrement à risque sont celles de Singapour. Par chance, en compensation, l’espèce s’adapte bien aux milieux artificiels idoines créés par l’homme comme les lacs artificiels des parcs. Cette espèce a une espérance de vie de 10 ans et plus.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

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