Ducula spilorrhoa

Famille : Columbidae

 

GIF - 6.1 ko

 

Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

JPEG - 176.9 ko
Ducula spilorrhoa ou Carpophage argenté, a l’épicentre de son aire de répartition à cheval sur ce rétrécissement de terre entre le continent australien et la Nouvelle-Guinée et l’archipel indonésien. Le sud du Queensland est la limite méridionale de l’espèce © Gianfranco Colombo

Le Carpophage argenté ( Ducula spilorrhoa - Gray, 1858 ) appartient à l’ordre Columbiformes et à la famille Columbidae et fait partie du groupe Ducula, un genre qui a connu lors de ces dernières décennies une profonde reclassification taxonomique.

Un travail qui n’est pas encore terminé, dont les conclusions ne sont pas toujours partagées et qui a vu une reclassification initiale de Ducula bicolor de sous-espèce à espèce à part entière, dans laquelle ont ensuite été identifiées d’autres sous-espèces que certains voudraient voir classifiées comme espèces. En résumé, une situation assez fluide et qui subira sûrement, à l’avenir, d’autres modifications.

Tous ces pigeons sont considérés comme appartenant au groupe des pigeons impériaux ou Carpophages (mangeurs de fruits), un groupe qui occupe un large territoire insulaire composé d’un très grand nombre d’îles et d’îlots sur lesquels se sont souvent développées des espèces et des sous-espèces très ressemblantes. Le nom commun impérial qui lui est donné en italien ainsi qu’en anglais lui vient de son port altier et élégant qui lui a fait mériter cette appréciation et qui le distingue des autres pigeons appartenant à la même famille, pourtant eux-mêmes l’expression naturelle de l’élégance et du raffinement.

L’étymologie du nom scientifique a été déterminante dans le choix de la dénomination commune de cet oiseau. Le genre Ducula a une origine latine et dérive de « dux-ducis » = chef, qui a donné duce, kaiser, duca, duke, duc, ducula qui lui-même a mené au nom vulgaire d’impérial qui lui est donné aussi bien en italien que dans le monde anglo-saxon.

Le terme identifiant l’espèce spilorrhoa d’origine grecque, est une combinaison des termes « spilos » = tache et « orrhos » = siège, en référence précise à la caractéristique qui le distingue de l’espèce à laquelle il était précédemment assigné.

Cet oiseau est connu sous des noms variés dans l’endroit où il vit, de Pigeon de la noix de muscade à Pigeon impérial australien, de Pigeon du détroit de Torrès à Pigeon blanc des noix de muscade et rien qu’avec ces différentes appellations on peut déjà imaginer ses caractéristiques et son aire de répartition.

En Australie, il y a encore quelques décennies de cela, cet oiseau était l’objet d’une chasse acharnée, pour la saveur de sa chair, mais encore plus parce que considéré comme coupable des dommages causés aux cultures toujours plus en expansion sur le territoire du Queensland. Comme ce fut le cas pour la Tourte voyageuse ou Pigeon migrateur ( Ectopistes migratorius ), des groupes immenses couvraient le ciel de Cairns dans la péninsule d’York, lors des regroupements vespéraux dans les dortoirs communs. On les voyait arriver haut de toutes les directions et se jeter sur ces bosquets pour y passer la nuit mais les chasseurs étaient embusqués pour en faire de vrais carnages. On sait la triste fin qu’a connue cette colombe américaine à cause de la chasse intensive à laquelle elle fut soumise, jusqu’à mener, il y a un siècle, le 1er septembre 1914, à son extinction définitive.

Au contraire, notre pigeon a pu se reprendre, après d’intenses luttes de la part des organismes de protection qui ont mené à l’interdiction drastique de ces destructions massives et maintenant sa population est revenue à un nombre suffisant pour lui garantir un avenir prospère. Une simple promenade sur l’esplanade de Cairns, cet enchanteur et long jardin donnant sur l’océan, suffit pour voir apparaître en grand nombre et comme par magie sur les arbres aux alentours, ce magnifique et élégant pigeon.

Quelques noms donnés à cet oiseau en Europe : en anglais Torresian Imperial pigeon, en allemand Kaiserfruchttaube, en italien Piccione dello stretto di Torres, en espagnol Ducula australiana et un sympathique Papuasodegurobato en japonais.

JPEG - 246.7 ko
Ils avalent des fruits entiers, même de grosse taille grâce à une large ouverture de bec et à une gorge très ample, ainsi que des cailloux choisis avec soin pour broyer la nourriture © Gianfranco Colombo

Zoogéographie

Déjà, d’après certains noms vulgaires on peut aisément deviner l’aire occupée par cette colombe. L’épicentre de l’aire de répartition du Carpophage argenté est exactement à cheval sur ce rétrécissement de terre qui sépare le continent australien de la Nouvelle-Guinée et de l’archipel indonésien. Il occupe une infinité de petites îles et de minuscules archipels, tels l’archipel des Trobriand, les îles Woodlark, l’archipel des Louisiades, les îles Aru et les côtes nord-est de l’Australie ainsi qu’une partie du nord-ouest du Territoire du Nord. La côte sud du Queensland est l’extrême limite méridionale de cette espèce. Parmi la quarantaine d’espèces classifiées jusqu’à aujourd’hui dans le genre Ducula, le Carpophage argenté fait partie de celles ayant l’aire la plus limitée et se trouve donc être parmi les plus sujets à d’éventuelles répercussions négatives en cas de modification ou d’intervention, même naturelles, de son environnement. La population actuelle a désormais atteint quelques dizaines de milliers d’individus mais le niveau d’attention ne doit pas être revu à la baisse. Cet oiseau est sédentaire même si on a noté des mouvements locaux dus principalement à la recherche de nourriture qui l’amène souvent à survoler de courtes portions de mer pour rejoindre une des innombrables îles qui ponctuent ces étendues océaniques.

JPEG - 90 ko
Le Carpophage argenté a une large rayure noire, bien visible dans la partie inférieure du corps qui couvre entièrement le dessous de la queue. Le vol plané lors de la parade nuptiale marque le territoire © Colombo

Écologie-Habitat

Le Carpophage argenté vit principalement dans les forêts côtières, bois d’eucalyptus ( Eucalyptus sp.), buissons de Melaleuca ( Melaleuca sp.) et de mangroves ( Rhizophora sp.) spécialement sur des îles et toujours à proximité de la côte mais désormais il fréquente volontiers et toujours plus souvent les centres habités à la recherche de ces espèces d’arbres donnant des fruits, qui sont plantées dans les jardins où cultivées dans les vergers.

Les jardins publics du Nord de l’Australie sont désormais habités par ces oiseaux et on les y voit souvent, y compris des individus nicheurs en couples isolés, qui dérogent ainsi à ces habitudes de grande sociabilité qu’ils montrent normalement durant la période de nidification. Bien qu’assez timides, ils se laissent désormais facilement approcher en particulier quand ils sont occupés en groupe à avaler goulûment des graines et des fruits mûrs. Ces pigeons ingurgitent habituellement des fruits entiers, même gros, puisqu’ils ont une ouverture de bec plutôt grande et une gorge d’une grande contenance, ce qui fait qu’après la digestion les graines sont expulsées presque entières facilitant ainsi la propagation de nombreuses essences. Ils ont l’habitude d’avaler des graviers pour faciliter le broyage des fruits et le décollement des graines qu’ils contiennent. Les graines sont régurgitées mais souvent aussi expulsées directement avec les fèces.

Morpho-physiologie

Tous les Carpophages ont les mêmes mesures et trois d’entre eux ont également des livrées très ressemblantes ce qui les rend impossibles à distinguer s’ils ne sont pas suffisamment proches pour que l’on puisse remarquer les petites particularités qui les différencient. Heureusement, deux d’entre eux ont des aires distinctes et ne se trouve jamais en contact. Une situation qui est assez particulière et intéressante. Le Carpophage blanc ( Ducula bicolor ) est celui qui ressemble le plus au Carpophage argenté et ils ont, à l’extrême sud de l’aire de répartition, une portion de territoire qui se chevauche. Le Carpophage luctuose ( Ducula luctuosa ) cohabite avec Ducula bicolor mais uniquement sur l’île de Sulawesi et n’a donc aucun contact avec spilorrhoa. Pour finir, le Carpophage jaunâtre ( Ducula flavescens ) parfois considéré comme une sous-espèce du Carpophage argenté, ne vit que sur l’archipel Bismarck et n’a aucun contact avec les deux autres.

JPEG - 117.9 ko
Un nid avec un petit. Ducula spilorrhoa se reproduit généralement en grandes colonies dans des lieux inaccessibles © Gianfranco Colombo

Le Carpophage argenté a le corps parfaitement blanc avec les rémiges et la queue noir corbeau, le bec jaune et une large rayure noire, bien visible de près, sur la partie inférieure du corps qui couvre totalement le dessous de la queue. Cette dernière caractéristique et la couleur du bec sont les seuls détails particuliers qui le distinguent du Carpophage blanc dont il était précédemment considéré comme une sous-espèce. Il mesure environ 44 cm de long pour un poids allant jusqu’à 550 g et une envergure de 45 cm. Il a un vol rapide et puissant avec des battements d’ailes profonds et entiers qui lui autorisent une grande vitesse de croisière, pouvant facilement dépasser les 80 km/h.

Éthologie-Biologie reproductive

Le comportement de cet oiseau durant la parade nuptiale est typique, avec le mâle qui survole son propre territoire afin d’en marquer la possession, de son vol ondoyant si particulier caractérisé par des cabrements suivis de vols planés ailes déployées puis, ce roucoulement profond et morne lorsqu’il sollicite la femelle pour un accouplement et enfin le lissage des plumes afin de consolider les rapports de couple.

Ce pigeon niche généralement en colonies importantes pouvant comporter quelques milliers de couples, occupant des aires littorales denses, inextricables et souvent inaccessibles par la terre. Le site de nidification peut aussi se trouver loin des sites d’alimentation, à tel point que ses déplacements en grand nombre, matinaux et vespéraux, ont souvent représenté le seul moyen d’en mesurer la présence et l’importance dans des lieux inhabités et reculés.

Il construit sur des branches basses des plates-formes de petits rameaux doublées à l’intérieur de racines et de petites feuilles. Cependant, le nid paraît extrêmement fragile et transparent, à tel point que l’on réussit parfois à voir d’en dessous son contenu. Comme tous les colombidés le Carpophage argenté pond deux œufs mais très souvent il se limite à un seul qu’il couve pendant environ 28 jours. Le petit est assisté par ses deux parents pendant quatre semaines supplémentaires et il n’atteint la majorité sexuelle qu’après sa première année.

Synonyme

Carpophaga spilorrhoa - G. R. Gray, 1858.

 

→ Pour apprécier la biodiversité au sein des COLUMBIFORMES cliquez ici.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

/ducula_spilorrhoa_-_foto_colombo
Photomazza : 70.000 colour pictures of animals and plants