Eudocimus albus

Famille : Threskiornithidae

 

GIF - 6.1 ko

 

Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Anaïs Chailloleau

 

 

JPEG - 193.5 ko
Eudocimus albus est appelé Ibis blanc par opposition à l’Ibis rouge (Eudocimus ruber) également présent en Amérique, mais son bec, ses joues et ses pattes marquent un contraste de par leur couleur vermillon © Giuseppe Mazza

L’Ibis Blanc ( Eudocimus albus - Linnaeus, 1758 ) appartient à l’ordre des Pelecaniformes et à la famille des Threskiornithidae. C’est l’une des deux seules espèces affectées au genre Eudocimus, les ibis typiques d’Amérique.

Ce sont deux oiseaux très communs, et en même temps, très différents l’un de l’autre et reconnaissables au premier coup d’œil par qui les observe. Nul besoin d’une grande connaissance scientifique pour les distinguer : Eudocimus albus est blanc comme neige, tandis que l’ Eudocimus ruber est complètement rouge.

En outre, leur territoire se superpose uniquement en une zone réduite, de sorte qu’il est rare de les apercevoir ensemble. Toutefois, de récentes études confirmées par les observations dans la nature parlent d’hybridation entre les deux espèces, venant confirmer de vieilles idées comme quoi les deux oiseaux appartiendraient à une seule et même espèce.

Rien de bien nouveau, vu la révolution taxonomique en cours ces derniers temps. Dans la sphère ornithologique, deux surnoms ont été inventés pour identifier les adeptes des divers courants taxonomiques : les "lumpers", c’est-à-dire ceux qui veulent regrouper sans distinction dans un même groupe des sujets hétérogènes, ou dit plus crûment, ceux qui "mettent tout dans le même sac" ; et les "splitters", qui à l’inverse, veulent marquer de façon encore plus nette les distinctions entre les espèces. Le nom des deux courants est respectivement "lumpering" et "splittering".

Jadis, les Amérindiens aimaient vivre à proximité de ces oiseaux regroupés en nombreuses colonies pour s’en alimenter, car ils considéraient leur viande comme étant aussi savoureuse que les écrevisses dont ces volatiles se nourrissent. D’autres, en revanche, trouvaient cette chair dégoûtante car imprégnée du goût du poisson. Mais aujourd’hui encore, dans certains coins de leur habitat, les ibis blancs font l’objet de captures.

Dans la tradition locale, l’ibis blanc illustre le courage et la force, car il est le dernier oiseau à se mettre à l’abri avant l’arrivée des ouragans et des tempêtes tropicales. Voici une autre petite anecdote concernant l’ibis blanc : un événement a permis de graver à long terme le nom vulgaire de cet oiseau dans l’histoire du sport américain. En 1927, l’Université de Miami voulut, à la fin de la première année des compétitions, appeler la mascotte de ses rencontres athlétiques "The Ibis", devenue plus tard "Sebastian the Ibis", une marionnette qui aujourd’hui encore accompagne toutes les activités sportives auxquelles participe l’équipe de cette institution.

JPEG - 295.1 ko
Il vit dans les zones marécageuses, les lagunes côtières, les forêts de mangroves et les terrains inondés, où le niveau de l’eau est relativement bas, de l’Amérique caribéenne, au nord jusqu’à la Californie et au sud jusqu’au Venezuela et la Colombie, qui marquent la frontière avec le territoire de l’ibis rouge © Mazza

Étymologiquement parlant, le genre Eudocimus vient du grec "eudokimos", fusion des deux termes "eu" = beau, bon et "dokimos" = estimé, excellent qui signifie au final glorieux, important. Pour ce qui est du nom de l’espèce albus il vient du latin et veut tout simplement dire blanc.

Encore aujourd’hui, dans leur aire de répartition, les deux ibis portent des noms vulgaires simples et évocateurs : le flamant pour le rouge et le bec croche pour le blanc ainsi que d’autres surnoms que l’on pourrait traduire par "courlis espagnol", "courlis blanc", "mange écrevisses", etc.

Ses autres noms communs sont : White Ibis en anglais, Schneesichler en allemand, Corocoro Blanco en espagnol, Ibis bianco americano en italien et Íbis-branco en portugais.

Zoogéographie

Oiseau typique d’Amérique, l’ibis blanc vit dans la zone tropicale qui entoure la mer des Caraïbes, des côtes sud des États-Unis à la Caroline du Nord sur la façade atlantique, et de la baie de Californie à l’Équateur sur la façade pacifique.

Il peuple toutes les îles caribéennes, le Venezuela et la Colombie, mais n’est présent ni dans les Guyanes ni au Brésil, où il est remplacé par l’Ibis Rouge ( Eudocimus ruber ).

C’est au Venezuela et en Colombie que se trouve le point de contact de leurs territoires, avec superposition de leurs aires de distribution.

Les Llanos vénézuéliens et les Everglades de Floride constituent deux bastions importants pour leurs populations.

Il s’agit d’une espèce sédentaire, exception faite des populations les plus au nord qui migrent pendant une courte durée vers le sud, à la saison sèche ou quand la température affiche une tendance à la baisse. En tant qu’oiseau typiquement côtier, au cours de la période suivant la phase de reproduction, il effectue des raids vers l’hinterland et les îles caribéennes, colonisant provisoirement des zones qu’il abandonne ensuite pour retourner sur ses terres natales.

Écologie - Habitat

L’ibis blanc vit dans des zones marécageuses, des forêts de mangroves, des lagunes côtières peu profondes, mais également des terrains inondés et boueux où le niveau de l’eau est relativement bas. Il choisit généralement des habitats à proximité de la côte ou des zones marécageuses très étendues, mais l’important, c’est que le niveau de l’eau soit à une profondeur calibrée pour permettre deux conditions essentielles.

JPEG - 111 ko
Il explore les eaux dont le niveau ne dépasse pas la longueur de son cou, à la recherche de proies comestibles © Giuseppe Mazza

Une profondeur inférieure à la longueur de son cou est nécessaire pour le type de pêche auquel il se consacre, mais elle doit être suffisante pour permettre la survie des crustacés dont il se nourrit. Une eau trop profonde, ou à l’inverse, des marais trop asséchés, ne sont pas l’idéal pour cet oiseau. D’habitude, les marécages sont broussailleux et parsemés d’arbres, et donc adaptés à la nidification quand vient le moment, mais aussi lorsqu’il s’agit de trouver un abri sûr pour la nuit ou de se reposer en pleine journée. .

Morphophysiologie

L’ibis blanc est doté d’un bec puissant, légèrement recourbé au bout, long de plus de 20 cm et beaucoup plus prononcé chez le mâle que chez la femelle. Ce bec, à l’extrémité noirâtre, présente une belle couleur rouge vermillon et donne, avec les pattes roses, l’unique touche de couleur à la livrée de cet oiseau, qui est presque tout blanc. Seule la pointe des quatre premières rémiges est de couleur noir corbeau, de sorte qu’une fois les ailes fermées, l’oiseau semble totalement immaculé.

Au niveau des joues, les adultes présentent deux zones dépourvues de plume, de la même couleur que le bec, et qui font ressortir ses extraordinaires yeux jaune pâle. Pendant la période de nidification, toutes les parties colorées deviennent plus intenses et plus vives plusieurs semaines durant, jusqu’à la fin de la période nuptiale. Il existe un léger dimorphisme sexuel, notamment au niveau de la taille : la femelle s’avère environ 20 % plus petite que le mâle.

JPEG - 266.9 ko
Son plat favori, s’il en trouve, ce sont les écrevisses du genre Procambarus, mais il ne rejette pas mollusques, amphibiens, petits reptiles, petits poissons et insectes © Giuseppe Mazza

En revanche, les jeunes sont d’une tout autre couleur et peuvent souvent être confondus avec deux espèces qui cohabitent avec eux. Le plumage, dans les premiers mois, est de couleur grisâtre, mais s’éclaircit progressivement avec l’âge, jusqu’à atteindre la coloration typique des adultes. À ce stade juvénile, il est difficile de les distinguer des Ibis Rouges ( Eudocimus ruber ) mais aussi des Ibis Falcinelles ( Plegadis falcinellus ) dans les zones où tous cohabitent. Mais bien rapidement, après quelques mois, ils affichent un plumage très différent les uns des autres, qui rend la distinction facile. La taille de cet oiseau est identique en moyenne aux ibis du monde entier, avec une longueur de 70 à 100 cm, un poids de 0,8 à 1,2 kg et une envergure de 100 cm. Comme tous les ibis, cet oiseau vole en maintenant son cou bien tendu et en volée, il adopte la formation classique en V.

JPEG - 182.9 ko
Sa taille est similaire à celle des autres ibis, avec une envergure d’environ 1 m. On voit clairement ici, avec surprise, les pointes noires des quatre premières rémiges © Giuseppe Mazza

Éthologie - Biologie reproductive

L’ibis blanc est un oiseau très grégaire qu’on aperçoit rarement seul, uniquement lorsqu’il recherche de la nourriture ou lorsqu’il migre. Il nidifie une seule fois par an, en colonies et même en compagnie de hérons, dans des lieux désormais occupés depuis des temps reculés. Souvent, ces populations forment des rassemblements d’oiseaux innombrables, comptant parfois plusieurs milliers de spécimens.

On considère que l’ibis blanc, bien qu’il s’agisse d’une espèce généralement monogame, peut pratiquer la polygamie dans le cadre de la colonie, faisant la conquête de femelles pourtant déjà accouplées avec d’autres partenaires, jusqu’à obtenir une reproduction très fructueuse. Le nid est placé sur les branches inférieures d’un buisson ou d’un arbre proche de l’eau voire directement dans l’eau. Ce nid est une plateforme désordonnée formée de brindilles d’épaisseurs différentes, souvent réutilisées au fil des ans après une remise à neuf brève et simple effectuée par la femelle. Le mâle, lui, apporte les matériaux au nid.

JPEG - 104.6 ko
Eudocimus albus se baignant. Ces oiseaux consacrent beaucoup de temps au nettoyage de leurs plumes © Giuseppe Mazza

Habituellement, il pond de 2 à 5 œufs, 3 en moyenne, de couleur vert clair tachetés de points ocre, dont le nombre varie en fonction de la disponibilité de nourriture dans la zone. Ils sont couvés principalement par la femelle pendant environ 3 semaines. Au cours de cette période, le mâle reste constamment dans la colonie à surveiller le nid et sa compagne, les défendant de toute attaque ou perturbation occasionnée par ses congénères ou des agresseurs extérieurs.

Cette période est très difficile pour le mâle qui, pour assumer son devoir, demeure fidèle au poste, restant sans manger et s’en trouvant souvent irrémédiablement affaibli. Les petits naissent couverts d’un léger duvet marron foncé, qu’ils conserveront une vingtaine de jours et perdront à mesure que pousseront leurs vraies plumes, même si celles-ci sont alors de couleur foncée. Leur bec est accentué, mais encore petit comparé à celui des adultes.

Les deux parents se relaient pour prendre soin de leur progéniture, gardant toujours un œil sur leurs petits. De nombreux dangers, en effet, menacent la colonie, en raison des rapaces et des corbeaux qui restent à proximité de ce « garde-manger » au cours de cette période. La mortalité est assez élevée dans les premières semaines, non seulement à cause des agresseurs aériens comme la Corneille de Rivage ( Corvus ossifragus ) qui semble s’être spécialisée dans ces captures, mais aussi à cause de ces petits qui s’agitent et tombent dans l’eau au-dessous, infestée d’autres types de mâchoires, beaucoup plus dentées et agressives. Ratons laveurs, opossums et certains serpents viennent compléter les rangs de leurs nombreux ennemis.

Dans tous les cas, le synchronisme parfait entre la ponte des œufs et le cycle de reproduction minimise l’impact de ces captures opérées par les prédateurs. Les jeunes atteignent la taille adulte vers la deuxième année, tandis que la maturité sexuelle arrive seulement à la troisième.

JPEG - 207.3 ko
Et comme si cela ne suffisait pas, pour se désinfecter, l’ibis blanc prend souvent, étendu sur le sol ailes ouvertes, de longs et tonifiants bains de soleil © Giuseppe Mazza

L’alimentation de cet oiseau est variée, puisqu’elle consiste en tout ce qu’il trouve de comestible dans l’eau. Petits poissons, mollusques, amphibiens, petits reptiles, insectes, mais surtout écrevisses ( Procambarus sp. ) qui composent la majeure partie de son régime alimentaire. L’ibis blanc est plutôt silencieux et émet rarement des sons ou des chants en dehors de la période de nidification. Il lance un son creux, grave et guttural notamment lorsqu’il est encore dans le nid, afin de quémander de la nourriture à ses parents.

Il est assez commun dans son aire de distribution et, n’étant pas une espèce menacée, ne fait pas l’objet d’une protection particulière. On estime la durée de vie moyenne de cet oiseau à 15-20 ans.

Synonymes

Scolopax albus – Linnaeus, 1758.

 

→ Pour apprécier la biodiversité au sein des PELECANIFORMES cliquez ici.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

/e-247-3_eudocimus_albus
Photomazza : 70.000 colour pictures of animals and plants