Gallinula chloropus

Famille : Rallidae

 

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Parente des grues, la Gallinule poule d’eau (Gallinula chloropus) est un des oiseaux les plus répandus, présente dans les zones tempérées et tropicales de tous les continents © Giuseppe Mazza

La Gallinule poule d’eau ( Gallinula chloropus - Linnaeus, 1758) appartiene all’ordine dei Gruiformes et à la famille Rallidae et est un des oiseaux les plus répandus au monde.

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On la remarque immédiatement avec son bec jaune et vermillon comme sa plaque frontale et par le dessous de sa queue, blanc, qu’elle lève souvent fort lorsqu’elle nage, pour envoyer des messages à ses semblables © Gianfranco Colombo

Son expansion a été ininterrompue dans les dernières décennies et elle a désormais atteint des lieux et des milieux impensables autant qu’improbables.

Outre ses habitats ancestraux, elle a su conquérir des lieux qui ne convenaient pas forcément à sa façon de vivre parce qu’elle est un oiseau aquatique de caractère assez flexible, s’adaptant à une alimentation et des lieux souvent bien différents de ses habitudes normales.

Bien que dotée d’ailes courtes ainsi que d’un vol plutôt lourd, elle a réussi à conquérir des continents et à rejoindre des terres si isolées et inadaptées que l’on pourrait penser que sa présence y est due à l’intervention humaine.

Sa présence occasionnelle a même été confirmée aux îles Svalbard, sur l’île Jan Mayen et au Groenland, lieux pas vraiment faciles à rejoindre même pour un oiseau lié au milieu aquatique et de toutes façons totalement inhospitaliers pour lui.

Aujourd’hui il est commun de voir ces oiseaux trottiner, curieux, en compagnie de pigeons et de canards Colverts sous les bancs du parc où nous sommes placidement assis ou encore nager de leur typique allure saccadée, avec un continuel mouvement de tête d’avant en arrière, la queue droite comme une bannière, à quelques mètres, sur l’étang à proximité, suivis par leur nichée, petites touffes de duvet noires et pépiantes.

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La poule d’eau se reconnaît aussi à sa façon de nager, de manière saccadée, vraiment différente de celle des canards, avec un mouvement continu de la tête d’avant en arrière © Giuseppe Mazza

Dans tous les pays où elle est présente, la Poule d’eau est communément appelée poule ou petite poule, de par son comportement sur la terre ferme qui ressemble beaucoup à celle d’un poulet, en lui ajoutant « eau » pour le milieu qu’elle fréquente.

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Le dos et les couvertures alaires sont noir-olive mat alors que le ventre est noir-ardoise uni avec des reflets métalliques. L’iris est rouge, les pattes sont verdâtre avec une bizarre jarretière rouge à la base des tibias © Gianfranco Colombo

En Angleterre on la nomme de façon erronée Moorhen, poule des bruyères, bien qu’il n’y ait aucun rapport avec son habitat traditionnel. Avec le temps, ce terme est devenu dans le monde ornithologique une façon usuelle d’indiquer ce genre d’oiseau. Il est pourtant probable que l’exacte origine de ce nom vulgaire dérive de merehen, poule des lacs, déformé par la suite en moorhen. En allemand elle est appelée Teichhuhn, en espagnol Gallineta Común, en italien Gallinella d’acqua, en portugais Galinha-d’água et en anglais donc Moorhen.

L’étymologie du nom scientifique trahit l’origine latine pour le genre Gallinula, petite poule et grecque pour l’espèce chloropus, de « khloros », vert et « pous », pied. Ce qui donne poule aux pieds verts.

Voici une anecdote originale à propos de cet oiseau. Bien que ses pattes ne soient pas palmées il sait remarquablement bien nager, lançant vers l’arrière des coups de pattes rapides et nerveux et réussissant même à rester entièrement sous l’eau quand il est menacé par des dangers extérieurs, ne laissant sortir à la surface que son bec afin de respirer, comme un périscope. Une technique appelée « Water treading ».

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La Gallinula chloropus montre un tempérament querelleur toute l’année, souvent motivé par le danger présumé d’une éventuelle invasion de son territoire ou par l’idée, réciproque, que l’adversaire attaque. De violents et furieux combats naissent ainsi, affrontements à grands coups de pattes et de violents coups de griffes suivis de poursuites sur l’eau et de diverses tentatives pour noyer l’adversaire en le tenant sous l’eau © Gianfranco Colombo

Rester parfaitement immergé et immobile en position verticale, voici une opération qui n’est pas facile pour un oiseau imperméable et empêché de rester sous la surface par la forte poussée subie venant du bas.

Il semble qu’afin d’y arriver, la Poule d’eau, expulse tout l’air de ses sacs aériens et oblige l’air emprisonné dans ses plumes à sortir.

Dans cette position elle passe complètement inaperçue pendant un long moment, tant que le danger n’est pas passé.

Zoogéographie

Vu l’étendue de son aire, il serait plus facile d’indiquer quelles sont les zones qu’elle n’occupe pas plutôt que celles qu’elle occupe. La Poule d’eau, et ses nombreuses sous-espèces, parfois requalifiées en nouvelles espèces, vit pratiquement sur tous les continents dans les parties tempérées et tropicales, en abondance et avec des territoires toujours plus en expansion, à l’exclusion de l’extrême nord ou de l’extrême sud selon les hémisphères.

Elle a colonisé des îles au beau milieu des océans parmi lesquelles Sainte Hélène et les Seychelles, les Açores et l’île Maurice, les îles Mariannes et les îles Kermadec, Hawaï et les îles Galápagos. Une diffusion si large qu’elle peut être considérée comme assez étrange pour un oiseau de ce genre. Elle n’est pas présente dans les zones désertiques, montagneuses, dans les forêts denses, dans les steppes et les prairies sèches. Gallinula chloropus est également absente dans certaines parties de l’Océanie où elle est remplacée par l’espèce Gallinula tenebrosa, oiseau pratiquement semblable sauf pour la couleur des pattes, différente. Écologie-Habitat

Oiseau indissolublement lié à l’eau, la Poule d’eau vit dans n’importe quel milieu où est présent cet élément.

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Mâles et femelles partent à l’attaque décidés, la tête basse, contre tout intrus... y compris le faux canard flottant d’un chasseur © Gianfranco Colombo

Elle privilégie les vastes plans d’eau riches en basse végétation ripariale, roselières, marais, aires inondées, même occasionnellement, pendant de longues périodes de l’année mais ne dédaigne pas non plus les petits fossés irrigués, les petits canaux qui sillonnent les grandes exploitations en monoculture, les criques des rivières à courant lent, les étangs artificiels, les parcs et jardins urbains.

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Le nid, souvent flottant entre les roseaux, est bâti par les deux partenaires qui partage aussi l’incubation, d’une durée moyenne de trois semaines © Giuseppe Mazza

Elle a su s’adapter et s’intégrer avec désinvolture à la vie urbaine chaotique, pas le moins du monde troublée par le remue-ménage et la confusion créée par une urbanisation parfois désordonnée qui a même balayé la tranquillité des endroits paisibles ou présumés tels comme les parcs et les jardins publics.

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Les œufs, de couleur crème, fortement tachés de brun rougeâtre, sont au moins 5 et peuvent aller jusqu’à 12 © Museo Civico di Lentate sul Seveso

Encore plus que des humains, elle a une peur bleue des chiens, souvent lâchés sur l’herbe à batifoler au mépris des interdictions ou des règles civiques ainsi régulièrement transgressées et on les voit souvent se jeter rapidement et bruyamment à l’eau à leur approche.

Cependant, le danger passé, les voilà de nouveau au sec, se promenant avec une absolue désinvolture parmi les gens comme si ceux-ci les protégeaient.

Morpho-physiologie

À une certaine distance, la livrée de la poule d’eau paraît totalement et entièrement noire et les deux sexes montrent le même plumage.

Ce n’est qu’à plus courte distance que l’on peut noter certaines nuances et les détails colorés particuliers qui en certaines saisons et selon l’âge, modifient légèrement cette livrée.

Le dos et les couvertures sont noir-olivâtre mat sans aucun reflet métallique alors que le ventre est noir ardoise uni et translucide.

Le bec qui a une légère plaque frontale saillant sur le front est rouge vermillon très vif avec la pointe jaune orangé.

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Les nouveau-nés, couverts d’un épais duvet noir, sont nidifuges et curieux. Agitant leurs moignons d’ailes et déjà combatifs sur de solides pattes, ils quittent le nid quelques jours après la naissance © Giuseppe Mazza

Les yeux ont un iris rouge brillant et sont peut être la partie la plus charmante et attrayante chez cet oiseau.

Les pattes sont assez longues et fuselées, avec quatre longs doigts pourvus de fortes griffes, de couleur verdâtre, d’où le nom latin donné à l’espèce et portent une étrange jarretière rouge à la base du tibia à peine au-dessus de la jointure avec le tarse.

Le dessous de la queue, mis en évidence à chaque mouvement, est blanc pur et sert de moyen de communication avec ses semblables.

Enfin, sur les flancs à la hauteur du dessous de l’aile, il y a une ligne blanche brisée à la moitié et plus ou moins évidente selon les individus.

Les juvéniles sont très semblables aux adultes quand ils ont leur livrée hivernale et ils ne présentent pas le rouge du bec et la typique couleur noire de la livrée qui chez eux est totalement brun olivâtre.

La maturité sexuelle est déjà atteinte à la fin de la première année. Les mesures de cet oiseau sont presque les mêmes pour chaque congénère ou sous-espèce. Il pèse environ 300 g pour une longueur de 30 cm et a une envergure pouvant aller jusqu’à 60 cm. Diverses sous-espèces ont été classifiées bien qu’ayant des caractéristiques assez semblables les unes les autres.

Gallinula chloropus chloropus, la forme typique qui habite l’Europe, l’Afrique du Nord et une bande plus ou moins continue jusqu’au Japon et au sud-est asiatique.

Gallinula chloropus meridionalis, qui occupe la partie subsaharienne de l’Afrique.

Gallinula chloropus pyrrhorrhoa, qui est la sous-espèce endémique de Madagascar, des Comores, de la Réunion et de l’île Maurice et Gallinula chloropus orientalis qui habite la partie plus au Nord de l’océan Indien, les Seychelles, les îles Andaman, la péninsule indo-malaise jusqu’à rejoindre l’Indonésie et les Philippines.

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Bien qu’étant capables de se nourrir seuls, les poussins réclament sans cesse de la nourriture, accompagnés de leurs parents qui les suivent pendant quelques semaines © Giuseppe Mazza

Éthologie-Biologie reproductive

On a déjà parlé de leurs doigts très allongés et munis de fortes griffes ce qui est une absolue nécessité pour cet oiseau. Les doigts allongés, comme pour tous les rallidés, ont pour but de faciliter la marche dans les eaux basses, en s’appuyant sur les algues de surface sans s’enfoncer.

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Becquée rassurante. La mortalité chez les petits, souvent insouciants, est très importante mais à l’âge d’un an Gallinula chloropus est déjà capable de se reproduire avec une espérance de vie d’environ 12 ans © Giuseppe Mazza

Les griffes qui sembleraient inutiles pour leurs activités habituelles, paraissent au contraire être les outils les plus utilisés lors des incessants et interminables combats qu’ils mènent envers leurs semblables.

Il ne se passe pas un instant sans que des mâles concurrents, même s’ils se tiennent à des mètres de distance, ne se regardent en chiens de faïence avec un air agressif et qu’après une approche tête basse ils ne déclenchent de furieuses et violentes batailles avec des combats à coups de pattes et de violents coups de griffes suivis de poursuites sur l’eau et de tentatives pour noyer l’adversaire en le tenant sous l’eau.

On pourrait comparer cela aux combats des coqs bantam, mais sur l’eau, si l’on regarde les dommages que souvent il s’infligent l’un à l’autre.

Il n’est donc pas rare de voir des oiseaux avec des doigts brisés quand ce ne sont pas des pattes cassées. Et pourtant c’est leur nature.

Un tempérament querelleur tout au long de l’année, souvent motivé par le présumé danger d’une invasion de leur territoire ou de l’idée réciproque que l’adversaire attaque même s’il se trouve à cent mètres de distance et à peine visible.

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Petits avec leur mère. Ils se nourrissent de tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin : mollusques, petits poissons, larves d’insectes et têtards, algues, herbes, graines et fruits © Giuseppe Mazza

La Gallinule poule d’eau, comme du reste sa cousine la Foulque macroule (Fulica atra) choisit la stratégie de la guerre préventive ; elle est continuellement en guerre contre tous.

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Petits avec leur mère. Ils se nourrissent de tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin : mollusques, petits poissons, larves d’insectes et têtards, algues, herbes, graines et fruits © Giuseppe Mazza Chez les jeune prédominent les tons de marron. Le dessous de la queue, ici relevé effrontément, est déjà blanc © Mazza

Naturellement, de tels comportement ont raison d’être en période d’accouplement.

En cette période, ce sont souvent les femelles qui sont les plus combatives et qui ne dédaignent pas ces duels avec les rivales afin de maintenir leur position auprès d’un mâle.

Bien qu’étant monogame, le mâle est occasionnellement polygame avec une famille élargie à plusieurs femelles.

Dans ce cas, peu fréquent, on assiste à une ponte commune avec des nichées composées d’un nombre anormal d’œufs.

La poule d’eau est une espèce très prolifique qui pond deux et parfois trois fois par an, et ceci contribue sans aucun doute à son grand succès dans la conquête de nouvelles aires.

Le nid est un amas d’algues séchées, de phragmites, d’herbes et de feuilles sèches, souvent bâti dans les roselières et flottant. Elle choisit habituellement de l’installer sur les berges herbeuses des plans d’eau, les bords d’une petite île, d’un banc de boue ou bien le suspend sur un buisson aux abords d’un cours d’eau ou directement sur des arbres recouverts de verdure grimpante, à diverses hauteurs.

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Bien que liée à l’eau, Gallinula chloropus a su conquérir des endroits ne convenant pas vraiment à son mode de vie avec une présence dans les parcs urbains ou des endroits tout à fait inattendus comme le Groenland © Giuseppe Mazza

Le nid est bâti par les deux partenaires qui partagent aussi l’incubation qui dure environ trois semaines.

Le nombre d’œufs varie notablement avec un nombre qui va de 5 à 12. Les œufs sont assez gros, de couleur crème et fortement tachés de brun rougeâtre.

Les petits sont nidifuges et quittent le nid peu de temps après la naissance, aidés par les parents qui les assisteront pendant quelques semaines encore, bien qu’ils soient déjà en mesure de se nourrir seuls. Ils naissent recouverts d’un épais duvet noir qu’ils conservent jusqu’à la première mue juvénile.

Les Gallinules poules d’eau se nourrissent de tout ce qu’elles trouvent sur leur chemin dont des petits mollusques et des petits poissons, des larves d’insectes et des têtards, des algues, des plantes et des graines mais elles ne dédaignent pas non plus grains de maïs, semences et fruits. Parfois, elles causent des dégâts aux nids des petits oiseaux qui nichent au sol, dévorant sans scrupule aussi bien les poussins que les œufs.

La gloutonnerie qu’elle montre lors de ses chasses, la nature la lui fait malheureusement payer en retour par une très forte prédation sur ses nichées. Rats, mustélidés et Hérons cendrés ( Ardea cinerea ) sont les principaux prédateurs de cet oiseau.

Ce dernier en particulier, avec sa proverbiale patience est capable d’attendre la sortie des petits cachés dans la végétation ripariale pour attraper un à un toute la nichée.

Mais le danger peut aussi provenir du bas. Dans les eaux suffisamment profondes le Brochet ( Esox lucius ) fait souvent main basse sur ces petites créatures flottantes. La très grande fécondité et la très vaste aire de répartition occupée par cet oiseau l’aident à surmonter cela et il n’y a aucun problème quant à sa survie. Son espérance de vie dépasse les 12 ans.

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Mère avec un petits bien grandi : bec et pattes se colorent déjà. Malgré nombreux prédateurs c’est une espèce en expansion qui ne court aucun risque quant à sa survie © Giuseppe Mazza

Synonymes

Fulica chloropus – Linnaeus, 1758.

 

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