Ginkgo biloba

Famille : Ginkgoaceae

 

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Texte © Eugenio Zanotti

 

 

Traduction en français par Claude Leray

 

 

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Ginkgo biloba est un fossile vivant datant de l’ère permienne, pendant le Mésozoïque. Allure imposante et avec une grande longévité. Les sexes sont séparés dans des plantes différentes représentant un cas rare dans le monde végétal, une sorte de dimorphisme sexuel © Mazza

Le Ginkgo ( Ginkgo biloba - L. 1771 ) est l’unique espèce survivante parmi celes de la classe des Ginkgoinae, datant de l’ère permienne, pendant le Mésozoïque (Jurassique et Crétacé) il y a entre 50 et 270 millions d’années, largement répartie dans tout l’hémisphère boréal avec les espèces Ginkgo digitata, Ginkgo huttonii et Ginkgo primordialis. Presque éteinte, ce groupe est réduit à cette espèce unique qui peut être considérée comme un fossile vivant.

Jusqu’à il y a quelques décennies sa présence spontanée dans la nature était inconnue, mais récemment, des populations naturelles ont été constatées dans certaines régions reculées de la Chine : Nanjing (capitale de la province du Jiangsu), Zheijang, Anhui, et dans le Guizhou. Actuellement sa distribution, en raison de sa culture et parfois à l’état sauvage (France, Allemagne, etc.) comprend principalement la plupart de l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Le ginkgo est un arbre largement diffusée comme plante ornementale dans les parcs, jardins et allées. Au Japon, les graines grillées, connues aussi comme noix blanches ou pa-kwo, sont consommées comme des fruits secs (il est suggéré qu’elles sont anthelminthiques) ou à l’état frais comme plat d’accompagnement aux plats traditionnels ; elles contiennent de l’huile douce avec un goût agréable, de la pectine, de l’acide citrique et du glucose.

Le nom japonais de cette espèce, traduisible par cho (pieds de canard, en raison de la forme des feuilles) ou Yin-kuo (fruit argenté, abricot argenté), de là Gingkyo, était connu de Linné qui cependant dans son Mantissa Plantarum (1767) écrivit Ginkgo du à une erreur d’impression à la suite d’une transcription erronée du nom faite par le botaniste allemand Engelbert Kaempfer qui, le premier, a observé l’espèce au Japon en 1792 ; ceci a alors été maintenu en raison des règles rigides de la nomenclature botanique.

Beaucoup de textes anciens rapportent pour le Ginkgo biloba le nom de Salisburia adiantifolia Smith (1797) parce que les feuilles rappellent par leur forme celle du capillaire de Montpellier ( Adiantum capillus-veneris ).

Généralement, l’espèce est également connue sous le nom de Salisburia, Ginko ou Arbre aux 40 écus (40 écus étaient le prix de vente des premiers spécimens introduits en France depuis l’Angleterre).

Le nom de l’espèce vient du latin "bis" et "lobus", en référence aux feuilles souvent divisées en deux lobes.

En Corée, en Mandchourie, en Chine et au Japon à proximité des temples, des pagodes et à proximité du palais impérial, il existe des spécimens millénaires plantés par les vieux moines qui considéraient la plante consacrée à Bouddha et, il existe à proximité du temple de Zempokuj (Tokyo) qui lui est dédié un exemplaire de ginkgo avec un tronc de 9 mètres de circonférence et 20 mètres de hauteur datant de 1231. Après l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima, à 800 mètres de l’épicentre a été trouvé un Ginkgo : le tronc a été détruit, mais la souche a produit de nouveaux bourgeons et de ceux ci est né un nouvel arbre qui est maintenant considéré comme l’une des merveilles de la ville. Dans le Kyongky-do existe un Ginkgo patriarcal qui a atteint les 1000 ans d’âge, d’une circonférence de 14 mètres et d’une hauteur de 60 mètres ! Certains textes faisant autorité relatent également des spécimens qui auraient atteint 4000 ans !

Le Ginkgo est un arbre de deuxième grandeur, jusqu’à 30 (40) m de haut, avec un tronc mince et érigé, avec une pousse apicale toujours active continuant à s’allonger avec une vitesse plus grande que les branches latérales secondaires (développement de type monopodial, caractéristique de nombreuses espèces de conifères). Les petites ramifications sont abondantes avec les extrémités des branches recourbées vers le haut pour créer un sommet conique-pyramidal chez les spécimens mâles ou plus étendues et élégant chez les femelles.

L’écorce est claire, gris brunâtre et presque lisse chez les jeunes spécimens, puis devient grise avec l’âge, robuste et rainurée longitudinalement.

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Les organes sexuels mâles produisent un pollen abondant confié au vent © Giuseppe Mazza

Le bois est de bonne qualité, léger et finement grainée, jaunâtre, et comparable à celui des érables, mais plus fragile ; il est adapté aux meubles d’intérieur et aux constructions légères, au tournage et à la sculpture ainsi que pour l’obtention de cellulose.

Les feuilles sont unies au sommet de brachiblastes réduits ou parfois sont solitaires, caduques en hiver, avec de longs pétioles de (2,5) 3-5 (7) cm, le limbe est d’une belle couleur vert clair, consistant et coriace, de (3 ) 5-7 (9) cm, en forme d’éventail (flabelliforme), entier ou plus ou moins bilobé, cunéiforme à la base, avec des nervures parallèles, dichotomiques, et une marge supérieure souvent crénelée.

Le ginkgo est un arbre dioïque avec des organes mâles et femelles sur des plants différents et situés au sommet d’un pétiole allongé. Les organes mâles sont disposés le long d’un rachis en forme d’épis mince et incliné, les organes femelles sont sur un pédoncule simple ou réunis en grappes. Les mariages ont lieu entre juin et août. La fécondation est anémophile, et se déroule par le biais de spermatozoïdes (gamètes mâles mobiles et ciliés).

Le pseudo-fruit est pédonculé, ovoïde de 2,5-3 cm, jaunâtre, souvent couvert d’une poudre argentée, puis jaune-rosâtre ou plus ou moins brune, entrant en décomposition après maturité avec une odeur fétide et nauséabonde. La pulpe est riche en acides carboxyliques, en particulier l’acide butyrique et d’autres substances qui peuvent provoquer des irritations de la peau comme l’acide gingkolique et un lipide phénolique, le bilobol.

La graine est de couleur ivoire à blanc-paille, arrondie, biconvexe, d’un diamètre variable compris entre 1,5 et 2,5 cm, entourée par un involucre charnu d’origine tégumentaire. Elle est comestible et a un goût rappelant les amandes ou les graines du pin (pignon). La propagation, même s’il est facile d’enterrer les semences, est agamique par marcottage réalisé sur des spécimens mâles pour l’obtention de plantes du même sexe ou par greffe.

Le ginkgo est une espèce héliophiles aimant les sols profonds et frais de n’importe quelle matrice lithologique (de préférence siliceuse, légèrement acide et avec une bonne composante de sable), mais s’adapte également à des situations moins favorables ; en outre, il est résistant à tous les vents, au froid intense (jusqu’à -35 ° C), aux atmosphères polluées, à la poussière, et est pratiquement à l’abri des adversités d’origine biologique mais il tolère mal l’élagage. Il est principalement présent jusqu’à 600 m d’altitude. Il est très apprécié en raison de ses propriétés de rusticité, de sa forme élégante et de la splendide couleur jaune d’or de ses feuilles en automne avant qu’elles tombent. En Europe, la première culture a eu lieu en l’an 1727 dans le Jardin Botanique d’Utrecht, en Hollande, alors qu’en Angleterre, il a été planté en 1754 dans les célèbres jardins botaniques royaux de Kew, le spécimen est toujours vivant.

Il est considéré comme une plante ornementale de première qualité pour les parcs, les jardins et comme arbre de bord de route ; avec le temps, diverses variétés ornementales ont été sélectionnées comme les laciniata, variegata, pendula, fastigiata, etc., et on préfère nettement les spécimens mâles afin d’éviter la production de pseudo-fruits qui, nous le répétons, ont une pulpe nauséabonde à l’état mûr.

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Les organes femelles, même s’ils ne sont pas fécondés (on voit ici la grande différence avec les plantes à fleurs) produisent des pseudo-fruits semblables à des cerises jaunes mais avec une odeur nauséabonde © Giuseppe Mazza

La médecine chinoise emploie les feuilles pour traiter divers dysfonctionnements de l’appareil circulatoire, ce qui est connu depuis des siècles (dans les pays d’origine les fameux « médecins aux pieds nus" les ont utilisées pour la préparation du "Tanakan", élixir médicinal utile pour traiter les troubles vasculaires) et dans ces dernières années elles ont été réévalués aussi dans les pays occidentaux (Ginkgo folium Ph Eur) ; celles-ci contiennent des flavonoïdes (flavonoglycosides du campherol et de la quercétine, biflavonoïdes (bilobétine, ginkgétine, amentoflavone), des terpènes (ginkgolides A, B, C, M, J,), la lactone sesquiterpénique bilobalide, les proanthocyanidines, l’acide ginkgolique (irritants pour la peau et allergènes, mais presque absents dans l’extrait sec).

Les bourgeons sont très riches en flavonoïdes. Les propriétés du complexe foliaire sont multiples ; antispasmodique, antiinflammatoire, antiallergique, hypocholestérolémiant, antiviral, diurétique, anti-thrombotique, vasorégulateur (vasodilatateur des artères et vasoconstricteur des veines), renforçateur des capillaires sanguins, activateur du métabolisme cellulaire, inhibiteur de l’hypertrophie de la prostate, actif contre le maladies bronchiques avec bronchospasme, etc.

Des études récentes ont démontré que l’extrait des feuilles (extrait EGb 761) favorise la formation de nouveaux neurones et de nouvelles connexions avec l’hippocampe, ce qui conduit à ralentir les pertes de mémoire et autres problèmes analogues liés à la démence sénile (maladie d’Alzheimer et démence vasculaire) avec renforcement simultané des vaisseaux sanguins et de la microcirculation, de la production de plaquettes et de la réduction des radicaux libres. Ils sont utilisés surtout chez les personnes âgées dans le traitement des cas d’insuffisance circulatoire cérébrale, dans les symptômes de démence avec des problèmes de mémoire et de concentration, de dépression, de vertiges et des acouphènes, dans les traitements de récupération après un AVC. En outre, ils agissent sur le système nerveux en diminuant la viscosité du sang avec augmentation de la vitesse du flux, en augmentant également le tonus vasculaire. En raison des interactions possibles avec d’autres médicaments (anticoagulants, aspirine, ticlopidine, diurétiques thiazidiques, pentoxifylline, caféine, thrombolytiques, etc.), les thérapies basées sur les feuilles de Gingko biloba doivent être suivies par un médecin.

Synonymes : Salisburia adiantifolia Smith. (1797) ; Salisburia biloba (L.) Hoffmanns. (1824) ; Salisburia adiantifolia var. variegata Carrière (1854) ; Salisburia adiantifolia var. laciniata Carrière (1854) ; Salisburia macrophylla Reyn. (1854) ; Salisburia adiantifolia var. pendula Van Geert (1862) ; Ginkgo biloba var. variegata (Carrière) Carrière (1867) ; Ginkgo biloba var. pendula (Van Geert) Carrière (1867) ; Ginkgo biloba var. laciniata (Carrière) Carrière (1867) ; Ginkgo macrophylla K. Koch (1873) ; Ginkgo biloba fo. laciniata (Carrière) Beissn. (1887) ; Ginkgo biloba fo. variegata (Carrière) Beissn . (1887) ; Ginkgo biloba fo. aurea (J. Nelson) Beissn (1887) ; Ginkgo biloba fo. pendula (Van Geert) Beissn. (1887) ; Ginkgo biloba var. fastigiata A. Henry (1906) ; Ginkgo biloba var. aurea (J. Nelson) A. Henry (1906) ; Ginkgo biloba var. epiphylla Makino (1929) ; Ginkgo biloba fo. fastigiata (A.Henry) Rehder (1949) ; Ginkgo biloba fo. microsperma Sugim. (1977) ; Ginkgo biloba fo. parvifolia Sugim. (1977).

 

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