Gyps fulvus

Famille : Accipitridae

 

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Gyps fulvus compte parmi les plus gros rapaces européens, avec une diffusion eurasiatique et des colonies africaines © Giuseppe Mazza

Le Vautour fauve ( Gyps fulvus - Linnaeus, 1758 ) compte parmi les plus gros rapaces européens. C’est un grand vautour qui appartient à l’ordre Accipitriformes et à la famille Accipitridae.

Comme tous les oiseaux appartenant à ce groupe, il se nourrit de charognes qu’il cherche en volant très haut, en groupes comprenant plus ou moins de membres qui, se surveillant constamment les uns les autres, signalent par leurs mouvements la découverte de carcasses.

Il est extraordinaire de voir comment, après en avoir repéré une, en un instant tous les oiseaux présents dans un rayon de dizaines de kilomètres, convergent vers la proie arrivant de tous côtés comme si l’information s’était transmise via l’éther.

C’est un oiseau puissant avec de larges ailes et une queue peu développée mais qu’il tient toujours déployée lorsqu’il vole, augmentant ainsi la portance et la capacité de rester suspendu dans l’air. Plus qu’aucun autre volatile le vautour est un spécialiste du vol à voile et peut planer des journées entières sans le moindre battement d’aile.

C’est un véritable éboueur volant et rien ne lui échappe. Ce comportement, étroitement lié à la présence de troupeaux de bétail et de gros animaux, l’a souvent obligé à abandonner un territoire à cause de la diminution de ce type d’élevage. Il s’y est aussi ajouté une forte pression de la part de l’homme, souvent due à la méconnaissance du comportement de cet animal.

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C’est un éboueur volant, qui se nourrit exclusivement de gros animaux morts. Il a un bec fort et puissant, capable d’entailler et de déchirer la peau la plus dure, et un long cou afin d’atteindre toute les parties comestibles du cadavre © Giuseppe Mazza

D’abord considéré comme agresseur d’animaux vivants et ensuite indirectement victime de morceaux empoisonnés destinés à d’autres menaces plus réelles (loups, renards et chiens retournés à l’état sauvage) dont les carcasses constituaient un aliment habituel pour cet éboueur, le Vautour fauve a pratiquement été décimé et éradiqué de vastes aires méditerranéennes.

La Sardaigne et la Sicile, un temps aires densément peuplées par cet oiseau, ont été presque totalement désertées. Désormais, en Sardaigne, il n’en reste environ que 30 couples, dernier reliquat de l’ancienne souche italienne. Des réintroductions sont en cours dans les parcs naturels siciliens. D’autres espèces de vautours ont subi le même traitement en Afrique, ainsi que notre Vautour fauve dans certains cas vu que certains individus, heureusement peu nombreux, s’aventurent volontiers là-bas.

L’étymologie du nom scientifique dérive du grec « gups » = vautour alors que « fulvus » pour la couleur fauve et marron de sa livrée vient du latin. Les divers noms vulgaires donnés à ce gros volatile sont : en anglais Eurasian griffon Vulture ; en italien Griffone ; en espagnol Buitre leonado ; en allemand Gansegeier et en portugais Abutre-fouveiro.

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Il survole les plaines, les côtes rocheuses, les terrains accidentés, les zones semi-désertiques, les lieux fréquentés par des animaux au pré ou riches en gros gibier © Gianfranco Colombo

Zoogéographie

Le Vautour fauve a une répartition eurasiatique avec quelques colonies isolées sur le territoire africain. Sur ce continent on le rencontre uniquement au Maroc et en Algérie, en Abyssinie ainsi que dans le Nord de l’Éthiopie. La répartition européenne comprend l’Espagne, la Sardaigne et la péninsule balkanique.

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Il évite systématiquement les marais, les zones lacustres et cherche des parois rocheuses inaccessibles pour passer la nuit et nidifier, là où passent les courants thermiques qui le portent rapidement en altitude © Colombo

Dans les dernières années quelques colonies importantes et isolées ont été créées en France (Gorges du Verdon et Jura), en Italie dans le Frioul (Cornino) et en Autriche, grâce à la création de charniers pour l’alimentation et à la concentration des individus errants, opération non seulement réussie mais qui attire aussi des individus vivant ailleurs et qui rejoignent le site uniquement pour se nourrir vu l’abondance des carcasses.

Ceci pour montrer la facilité que ces oiseaux ont à se déplacer même à des centaines de kilomètres de distance sans aucune difficulté.

Il occupe aussi de larges aires asiatiques de l’Anatolie jusqu’à l’Himalaya et au Nord du Kazakhstan. Il est aussi présent au Liban et en Israël et dans la péninsule arabique où on trouve quelques colonies au Yémen. Le Vautour fauve est un oiseau sédentaire et il n’effectue qu’occasionnellement des déplacements, parfois sur de longues distances, pour des motifs encore inexpliqués.

C’est un oiseau qui connaît une croissance importante de sa population globale, due aussi à une importante prise de conscience et à une pression cynégétique moindre et contrôlée car cet oiseau était souvent l’objet de prélèvements de la part de braconniers et de taxidermistes.

Le genre Gyps comprend outre le Vautour fauve, six autres espèces, Gyps coprotheres, Gyps rueppellii, Gyps himalayensis, Gyps indicus, Gyps bengalensis et Gyps africanus, qui vivent en Asie et en Afrique.

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Il plane à haute altitude en groupes plus ou moins nombreux qui, se contrôlant mutuellement constamment, signalent par leurs mouvements la découverte de carcasses © Gianfranco Colombo

Écologie-Habitat

Le Vautour fauve occupe des aires sèches et dépourvues d’arbres afin d’avoir une vision très vaste du territoire. Il aime survoler les plaines, les à-pics montagneux, les terrains pierreux et accidentés, les zones semi-désertiques, les lieux fréquentés par les animaux aux pâturages ou riches de gros gibier.

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Ils atterrissent, patauds et maladroits, et se gavent au point d’éprouver des difficultés pour décoller. Il devient si lourd qu’il préfère rester à terre durant la pré-digestion © Giuseppe Mazza

Il vit habituellement dans des zones chaudes et ensoleillées mais supporte aisément les températures hivernales méditerranéennes demeurant sur son propre territoire même lors des fortes chutes de neige, du moment que la nourriture ne manque pas. Il évite systématiquement les marais, les zones lacustres et les zones humides. Il a en revanche besoin de parois rocheuses inaccessibles pour y passer la nuit et pour la nidification.

Ces parois escarpées lui sont également essentielles afin d’intercepter les courants thermiques et les vents qui y circulent verticalement durant les heures chaudes. Il vit jusqu’à 2 500 mètres d’altitude.

Morpho-physiologie

Le Vautour fauve est un oiseau puissant qui ne passe pas inaperçu au vu de ses dimensions. Il atteint facilement 1 mètre de long pour une envergure de 280 cm, qui bien que redimensionné à notre vue, si l’on considère les incroyables hauteurs qu’il peut atteindre, nous semble quand même une belle taille. Son poids dépasse habituellement les 8 kg en particulier quand il rencontre l’opportunité d’ingurgiter de grandes quantités de viande. Dans ce cas, il devient si lourd qu’il préfère rester à terre durant la pré-digestion et ne s’envole que si cela s’avère absolument nécessaire.

Il peut même parfois atteindre 12 kg. Sa gloutonnerie quand il trouve de la nourriture est aussi grande que sa capacité à supporter la faim quand il n’en trouve pas, pouvant rester jusqu’à une semaine sans manger. Il a un bec fort et puissant, capable de d’entailler et de découper la peau la plus dure ainsi que les carcasses mises à disposition une fois ratatinées par le temps et le soleil. Il privilégie pourtant les parties molles des charognes. Son cou est nu, seulement couvert d’un léger duvet blanc qui devient entièrement rouge lorsque taché de sang quand il plonge la tête dans les viscères de l’animal. Pour cette raison le Vautour fauve traîne sur lui une odeur nauséabonde qui amène la présence de milliers de mouches et d’insectes attirés par ces restes. Le Vautour fauve a un appareil digestif limité à seulement trois mètres mais doté d’acides si puissants qu’il est capable de détruire toute forme bactérienne présente dans la nourriture.

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L’élégant collier blanc laineux à la base du cou des adultes se tache du sang des viscères et devient nauséabond. De puissants acides digestifs détruisent les bactéries © Giuseppe Mazza

Les adultes ont un élégant collier blanc laineux à la base du cou qui forme une séparation nette avec la poitrine marron. Chez les jeunes ce collier est remplacé par de courtes plumes crème. Il a une tête plutôt petite presqu’entièrement remplie par cet immense bec crochu grisâtre et des pattes robustes de dindon avec de grosses serres mais totalement inadaptées à la prédation. Les juvéniles sont plus foncés que les adultes et montrent une coloration plus plaisante et des couleurs plus contrastées. Les couvertures des ailes sont totalement gris/marron clair et le corps est largement coloré d’un élégant ton crème-noisette. Dans la partie inférieure des ailes on note distinctement les rémiges et la queue noire ainsi que les couvertures des ailes de couleur noisette.

Ce sont des points déterminants pour l’identification en vol et la distinction entre cette espèces et ses autres congénères. Il a une espérance de vie assez longue dépassant souvent les 40 ans, surtout en captivité.

Biologie reproductive

Le Vautour fauve atteint la maturité sexuelle à 5 ans mais parfois à 7 ans, c’est une espèce exclusivement monogame. Le couple reste uni pour toute la vie. Il niche sur des parois reculées et inaccessibles généralement en surplomb ou à proximité de ses aires d’alimentation. Le nid est placé dans de larges niches souvent repérées d’en-haut et parfois aussi plus profond dans la roche.

Il pond déjà au mois de janvier et accomplit une couvée qui dure environ 60 jours à partir de la ponte de l’unique œuf. Au début le petit est toujours protégé par la mère afin d’éviter toute prédation de la part d’autres oiseaux, en particulier les grands corbeaux, et tant qu’il n’a pas atteint la taille lui permettant de faire face à ces attaques.

Plus tard, les parents vont à la chasse ensemble laissant seul le petit qui restera au nid pendant 4 mois encore. Le Vautour fauve niche généralement en colonies d’une dizaine de couples même si des regroupements dépassant cent individus ont été relevés. Le Vautour fauve est une espèce hautement protégée et est inclus dans l’annexe II de la convention de Berne.

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Avec 280 cm d’envergure, c’est un oiseau impressionnant, un temps massacré pour en faire un trophée ou parce que l’on pensait qu’il s’attaquait aux troupeaux © Giuseppe Mazza

 

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