Hevea brasiliensis

Famille : Euphorbiaceae

Texte © Pietro Puccio

 

 

Traduction en français par Michel Olivié

 

 

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L’Hevea brasiliensis peut atteindre 25 à 40 m de haut et 1 m de diamètre © Giuseppe Mazza

Cette espèce est originaire de la Bolivie, du Brésil, de la Colombie, de la Guyane française, du Pérou et du Venezuela où elle pousse dans la forêt pluviale amazonienne, sur des sols principalement argileux, jusqu’à environ 600 m d’altitude.

Le nom du genre vient de "heve", terme par lequel cet arbre est appelé par les indigènes de l’Amazonie. Le nom latin de l’espèce "brasiliensis" = du Brésil indique un de ses lieux d’origine.

Noms communs : Para rubber tree, rubber tree ( anglais ), kayu getah, kayu karet, pokok getah para ( indonésien ), hévéa ( français ), albero della gomma ( italien ), seringa, seringueira ( portugais-Brésil ), caucho, caucho do Para, hule, jebe, siringa ( espagnol ), Kautschukbaum, Parakautschukbaum ( allemand ), katoh, yang phara ( thaïlandais ).

L’ Hevea brasiliensis ( Willd. ex A. Juss. ) Müll. Arg. ( 1865 ) est un arbre à feuilles caduques, très ramifié, qui dans la nature peut atteindre 25 à 40 m de haut, au tronc cylindrique ayant jusqu’à plus d’ 1 m de diamètre et à l’écorce lisse de couleur grisâtre.

L’appareil racinaire est constitué d’une racine pivotante qui déjà à l’âge de 2 à 3 ans peut atteindre une profondeur de 2 m et d’un vaste système superficiel de racines latérales.

Les feuilles, disposées en spirale sur un pétiole long de 15 à 25 cm, sont trifoliées avec des folioles elliptiques-lancéolées à obovées dotées d’une longue pointe, au bord entier, longues de 5 à 18 cm et larges de 2 à 8 cm, coriaces, de couleur vert foncé en partie supérieure, plus pâle en partie basse et ayant deux à trois glandes à leur base. Les feuilles jeunes sont de couleur bronze. Les inflorescences sont des panicules pubescents situés à l’aisselle des feuilles des branches jeunes, longs de 15 à 20 cm, aux fleurs unisexuées qui dégagent une odeur pénétrante. Les fleurs femelles, de 5 à 5,5 mm de diamètre et de 5 à 7 mm de long, sont placées à l’extrémité de l’axe central et des principales ramifications latérales. Les fleurs mâles, de 4,5 à 5 mm diamètre et de 4,5 à 6 mm de long, beaucoup plus nombreuses ( dans un rapport de 70 à 1 ), sont situées sur le reste de l’inflorescence.

Les fleurs, qui sont typiques des Euphorbiaceae, sont dépourvues de pétales, de couleur jaune verdâtre et ont un calice à cinq lobes triangulaires. Les fleurs femelles sont constituées d’un ovaire tricarpellé qui a trois stigmates sessiles blancs. Les fleurs mâles ont dix étamines en deux verticilles de cinq chacune disposées sur une colonne staminale. La pollinisation, principalement croisée, est anémophile et entomophile. Les fruits sont des capsules trilobées de 3 à 5 cm de diamètre, déhiscentes, de type explosif, qui contiennent trois graines ellipsoïdes, longues de 2 à 4 cm, brillantes et de couleur grisâtre avec des taches marron foncé, qui sont projetées jusqu’à 20 m de distance.

On reproduit cette espèce au moyen de ses graines dont la capacité à germer est de courte durée, quelques semaines si elles sont conservées correctement. La durée de germination est de 1 à 3 semaines et la première floraison survient au bout de 5 à 7 ans. On la reproduit aussi par micro-propagation mais habituellement on a recours au greffage afin de conserver les caractéristiques variétales. On utilise des porte-greffe obtenus à partir de graines âgées d’un an ou plus fréquemment de 3 à 5 mois qui ont un meilleur pourcentage de réussite, avec un greffon du même âge que le porte-greffe.

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Le feuillage avec des inflorescences en bouton. Les fruits sont des capsules trilobées de 3 à 5 cm de diamètre, déhiscentes, de type explosif, qui contiennent trois graines ellipsoïdes © Giuseppe Mazza

La plante est prête à entrer en production à un âge compris entre 5 et 10 ans quand le tronc a atteint un diamètre d’au moins 16 à 18 cm.

C’est une espèce typiquement tropicale qui a besoin d’une pluviosité annuelle élevée, de 1.600 à 4.000 mm, et bien répartie, d’une humidité atmosphérique élevée , et de températures comprises entre 25 et 35 °C avec des minima qui ne soient pas inférieurs à 15 °C, de sols profonds, drainants et acides et d’une exposition ensoleillée et peu exposée au vent.

La culture de l’ Hevea brasiliensis pour la production commerciale du caoutchouc a débuté à la fin du XIXe siècle en Asie où se situent encore aujourd’hui les plantations les plus étendues, en particulier en Indonésie, en Thaïlande et en Malaisie. Par rapport aux nombreuses autres espèces dont on peut extraire le caoutchouc il est de loin le plus cultivé en raison de son rendement élevé, de sa culture facile, de la rapidité de sa croissance et surtout de la haute qualité du produit.

La récolte du latex est effectuée aux premières heures de la matinée, quand son écoulement est maximal, au moyen d’un procédé, appelé "tapping", qui consiste à pratiquer dans l’écorce, généralement sur la moitié de la circonférence du tronc, une série d’incisions avec un couteau spécial, du haut vers le bas et de gauche à droite, avec une inclinaison d’environ 25 à 30° par rapport à l’horizontale, de façon à intercepter à angle droit les canaux laticifères à la base desquels on place une gouttière reliée à un récipient destiné à la récolte. Pour chaque arbre et par an on effectue jusqu’à environ 150 incisions à intervalles réguliers, en général tous les deux jours, étant donné que le latex cesse de s’écouler de l’incision au bout de quelques heures à cause de la fermeture des vaisseaux provoquée par sa coagulation. La profondeur de la coupure doit être telle qu’elle n’entame pas le cambium, ce qui permet la régénération de l’écorce au bout de 5 à 7 ans. Le latex, de couleur blanche, est une suspension colloïdale contenant un taux de 30 à 40 % de particules de caoutchouc ( formule chimique : cis-1,4 polyisoprène ) de charge négative incluses dans une matrice aqueuse ( le sérum ) qui contient d’autres substances ( lipides,protéines, sels minéraux, etc. ).

La première phase de la préparation du caoutchouc est la coagulation qui peut être provoquée de différentes façons, par abaissement du pH de 6,5 à 7 jusqu’à une valeur de 4 à 5 au moyen de l’apport d’un acide, qui est la méthode de loin la plus utilisée, par ajout d’électrolytes, comme le chlorure de calcium et le sulfate d’aluminium, qui neutralisent les charges négatives des particules ce qui permet la coagulation, par agitation mécanique, en donnant aux particules une énergie cinétique suffisante pour vaincre la répulsion électrostatique. Le caoutchouc coagulé passe alors à la phase suivante qui est celle du pressage au moyen de rouleaux qui a pour but d’éliminer l’eau et de réduire le caoutchouc en feuilles.

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Les inflorescences sont des panicules longues de 15-20 cm qui se forment sur les branches jeunes à l’aisselle des feuilles. Les fleurs unisexuées ont une odeur pénétrante © Giuseppe Mazza

Le produit ainsi obtenu possède, grâce à ses propriétés moléculaires, des caractéristiques élevées d’élasticité, de plasticité, de durée, de résistance, d’insolubilité dans l’eau et d’isolation électrique qui sont supérieures à celles du caoutchouc synthétique. Les caractéristiques négatives sont sa thermo-plasticité ( il durcit aux basses températures et ramollit aux hautes températures ), sa faible résistance aux solvants et les risques de réactions allergiques au contact chez les personnes sensibles.

Déjà connu à l’époque précolombienne par les populations indigènes de l’Amérique qui s’en servaient pour fabriquer divers objets et aussi pour imperméabiliser des vêtements et des chaussures, le caoutchouc extrait de Hevea brasiliensis a été utilisé par diverses industries apparues en Europe et aux États-Unis entre la fin du XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe mais après l’intérêt qu’on lui porta au début la confiance des consommateurs diminua très fortement à cause de ses caractéristiques négatives rapportées ci-dessus.

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Agrandissement d’une minuscule fleur femelle à droite. La pollinisation, principalement croisée, est anémophile et entomophile © Giuseppe Mazza

Le changement survint avec le procédé mis au point par l’Américain Charles Goodyear ( 1800-1860 ) et connu sous le nom de "vulcanisation", qui en 1839 découvrit par hasard qu’en mélangeant du soufre chauffé au caoutchouc on améliorait notablement ses caractéristiques en lui fournissant de la dureté, une plus grande élasticité, une plasticité moindre et de la résistance aux hautes températures, aux abrasifs, aux chocs et aux solvants, cela grâce à la formation de liaisons transversales entre les molécules de polyisoprène ( les réticulations ).

le caoutchouc naturel est aujourd’hui d’une grande importance stratégique et commerciale. Il est employé dans des milliers de produits, y compris d’innombrables appareils médicaux, en plus de son utilisation pour la fabrication des pneumatiques qui absorbe environ 60 % de sa production totale. En 2010 50 % des pneus automobiles étaient fabriqués avec du caoutchouc naturel vulcanisé, l’autre moitié était faite de caoutchouc synthétique, tous ceux pour les avions étant en caoutchouc naturel en particulier en raison de sa meilleure résistance au réchauffement.

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Une plantation de Hevea brasiliensis avec les incisions caractéristiques sur les troncs qui interceptent les canaux laticifères. Le bois a de très bonnes caractéristiques en ce qui concerne sa durée, sa résistance et sa facilité à être travaillé. Il est utilisé quand l’arbre a atteint un âge de 30 à 35 ans et n’est plus productif © Giuseppe Mazza

Le bois a de très bonnes caractéristiques en ce qui concerne sa durée, sa résistance et sa facilité à être travaillé, qui sont semblables à celles du teck , et est utilisé quand l’arbre a atteint un âge de 30 à 35 ans et n’est plus productif. Enfin les graines, qui sont vénéneuses, sont consommées en période de disette après avoir été bouillies et contiennent dans une proportion d’environ 50 % une huile de couleur jaune marron qui est employée pour la fabrication de savons, de colorants et de vernis.

Synonymes : Siphonia brasiliensis Willd. ex A.Juss. (1824) ; Hevea janeirensis Müll.Arg. (1874) ; Hevea sieberi Warb. (1900) ; Hevea randiana Huber (1906) ; Hevea granthamii Bartlett (1927) ; Siphonia janeirensis (Müll.Arg.) O.F.Cook (1941) ; Siphonia ridleyana O.F.Cook (1941) ; Hevea camargoana Pires (1981).

 

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