Hippocampus guttulatus

Famille : Syngnathidae

 

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Texte © D. Sc. Giuliano Russini - Biologiste Zoologiste

 

 

Traduction en français par Serge Forestier

 

 

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Hippocampus guttulatus vit en Méditerranée et dans l’Atlantique limitrophe © Giuseppe Mazza

Cet étrange animal marin, autour duquel de nombreuses légendes sont nées, depuis l’antiquité, quand on pensait qu’il existait des versions géantes, aussi bien comme monstres terrestres que marins, en dépit des biologistes qui avaient attribué au genre un nom comme ( Hippocampus ), ou "cheval monstre", est un poisson osseux commun dans toutes les mers chaudes et tempérées.

Les membres de ce genre, qui selon certains zoologistes, appartiennent à l’ordre des Gastérostéiformes (Gasterosteiformes), le même que celui auquel appartiennent l’épinoche, le syngnathe et 150 autres espèces, alors que selon d’autres, l’ordre auquel ils appartiennent est celui des Syngnathiformes (Syngnathiformes) ; le CINZ n’a pas encore rendu un jugement définitif, mais quel que soit le nom de l’ordre, ils sont appartiennent à la famille de ( Sygnathidae ). Ce sont des poissons merveilleux, fragiles (comme la Grande Barrière de Corail), essentiels pour l’équilibre biologico-écologique marin (exploités pour cette raison, en tant qu’un des indicateurs biologiques de la santé des mers), où la plupart des nombreuses espèces qui composent le genre, rencontrent des problèmes croissants en raison de la faible densité de population.

Ceci est l’indice d’une pollution croissante des eaux marines qui les accueillent ; la vie de ces merveilleux poissons osseux est de plus en plus compliquée, la reproduction à l’état sauvage décroit de plus en plus et ainsi avec elle, la densité de population qui atteint des valeurs critiques pour certaines espèces, au point qu’elles font partie de la liste rouge des espèces en voie de disparition de l’UICN. Un exemple est l’hippocampe pygmée doré de plus en plus rare ( Hippocampus zosterae ).

Ici, nous allons traiter de Hippocampus guttulatus, qui, avec l’analogue Hippocampus hippocampus, est très abondant en Méditerranée.

Mais il y a beaucoup d’espèces qui forment le genre Hippocampus, parmi lesquels il y a le précité hippocampe pygmée doré ( Hippocampus zosterae ), qu’on trouve dans les eaux tropicales, Hippocampus hudsonius, également à l’aise dans les eaux chaudes tropicales, caractérisé par une livrée suggestive, aux couleurs vives, ou bien Hippocampus kuda, à la livrée jaune vif, ou encore Hippocampus barbouri, à la livrée également jaune, mais d’une tonalité moins brillante, mêlée de blanc. Toutes ces espèces seront abordées dans des fiches spécifiques.

Cependant, comme on l’a noté, ce sont des animaux à la livrée colorée (plus ou moins intensément et de manières variées), souvent associée à des appendices, dans certains cas, d’une forme particulière, de manière à camoufler le poisson avec une plante marine, comme cela arrive pour certaines espèces d’hippocampes.

Plus spécifiquement, Hippocampus guttulatus - Cuvier, 1829, présente, comme on le verra, une livrée rouge pourpre-violacé, associé à des extensions aciculaires, en particulier sur la tête et une partie du dos. Ces animaux ont toujours eu une relation ancienne avec l’homme, non seulement en termes de mythologie et de légende, mais par exemple au niveau commercial, puisqu’ils sont victimes de trafics (la CITES, réglemente déjà sévèrement le trafic, mais maintenant, pour certaines espèces tropicales en voie d’extinction, la pêche et le commerce sont strictement interdits), comme poissons d’ornement, utilisés en aquariologie, ou comme dans le passé, une fois pêchés, on les faisait sécher, puis on les utilisait pour la fabrication de colliers ou de bracelets. Même si aujourd’hui cette pratique, qui fait partie de la soi-disant Zoologie Industrielle, est définitivement interdite, la contrebande est malheureusement toujours au coin de la rue.

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Chez les hippocampes les mâles mettent au monde les enfants © Giuseppe Mazza

Zoogéographie

Hippocampus guttulatus est originaire des eaux côtières de la Méditerranée, de la Mer Tyrrhénienne, mais on le trouve également le long de la côte Adriatique, de la Mer Ionienne, de la Mer de Sicile ; il y a une quinzaine d’années, on a commencé à en prélever et à en pêcher même par groupes entiers dans la Manche, sédentaires dans ces eaux.

Morphophysiologie

L’aspect extérieur de Hippocampus guttulatus et, en général, des autres membres de la famille de Sygnathidae, est très étrange et ne fait pas du tout penser à la morphologie externe et macroscopique d’un poisson osseux, ce qu’est cet animal, ne l’oublions pas.

En fait, il a des caractéristiques particulières, en commun avec les autres hippocampes, qui le distinguent de tous les autres poissons.

La tête est allongée et ressemble à celle d’un cheval. Le museau, mince et tubulaire, se termine par une bouche très petite, une caractéristique, comme les yeux, grands par rapport à la taille de la tête, de tous les membres de la famille de Sygnathidae.

Les yeux sont latéraux et très développés, pour garantir une bonne vue, et sont indépendants l’un de l’autre, ce qui signifie que chacun d’eux peut être déplacé dans une direction, augmentant le champ de vision.

Une telle adaptation, du point de vue de l’évolution s’est produite chez ces poissons, qui ne savent pas très bien nager, leur permettant de voir à temps les proies et les prédateurs.

Les branchies sont de petites dimensions. Les nageoires ventrales sont absentes (d’où la faible aptitude à nager, et qui donne l’impression que, quand ils se déplacent, ils flottent), tandis que l’unique nageoire dorsale est située en position médiane et douée d’une grande mobilité, avec probablement une fonction de type propulsion.

Comme cela a été mentionné précédemment, tous les membres du genre Hippocampus ne nagent pas très bien, et le type de mouvement et de nage qui les caractérise est très spécifique, permettant de les reconnaître immédiatement. L’ Hippocampus guttulatus, comme tous les autres Hippocampus, nage debout, à l’aide de ses nageoires pectorales disposées de chaque côté du corps.

Cette attitude a également influencé la conformation du squelette, en particulier au niveau du cou. En fait, l’angle formé par la tête avec le reste du corps, est proche de l’angle droit, alors que les autres poissons osseux, cartilagineux et agnathes, ont une colonne vertébrale qui est dans le prolongement horizontal de la tête.

Le corps des différents membres du genre Hippocampus est recouvert d’une véritable cuirasse, et Hippocampus guttuluatus ne fait pas exception. Chez cette espèce et, en règle générale, elle est formée d’anneaux (mis en évidence par des bandes blanches, indépendamment de la couleur de la livrée) et de plaques.

Les anneaux, chez Hippocampus guttulatus chez les autres espèces elles diffèrent légèrement, en nombre), sont une cinquantaine, allant de la tête à la queue. A ceux-ci sont soudées des plaques (la partie blanche). Aussi bien les anneaux que les plaques sont d’origine osseuse.

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La femelle pond ses œufs dans leur marsupium, où ils sont fécondés et se développent jusqu’à l’accouchement © Giuseppe Mazza

En outre, chez Hippocampus guttulatus , le corps (comme chez les autres espèces d’une façon plus ou moins marquée) croît en diamètre, de la queue (enroulée un certain nombre de fois vers l’intérieur ou vers le ventre, à mobilité volontaire, souvent étendue servant de gouvernail et de point de fixation), à la tête, laquelle est très disproportionnée, par sa grande taille, par rapport l’ensemble du corps.

Des structures osseuses aciculaires de longueur variable sont présentes sur l’ensemble de la tête, la partie initiale du tronc et une partie des flancs. De plus (mais cette caractéristique est également commune à d’autres espèces), des crêtes longitudinales munies de tubercules sont présentes.

Même la queue, est parcourue de quatre petites crêtes, deux dorsales et deux ventrales.

Ce squelette particulier, qui, on s’en souvient, est de couleur rouge pourpre-violacé chez Hippocampus guttulatus , évoque un cheval médiéval, vêtu de de la cuirasse pesante de tournoi ou de bataille.

La queue, est une caractéristique commune et, très particulière, aux hippocampes : elle est préhensile et utilisée pour s’agripper aux saillies rocheuses ou aux plantes aquatiques. La nageoire caudale est absente, tandis qu’une très petite nageoire anale est présente. L’absence de nageoire caudale, est due à la conformation de la queue, qui se termine par une pointe anguleuse.

Les branchies, qui, comme chez les autres poissons représentent le système respiratoire, présentent une structure particulière. Elles communiquent avec une cavité interne, de taille considérable, et ouverte sur l’extérieur, au moyen d’une fente étroite, difficile à observer. Extérieurement, elles ressemblent à une houppe délicate et élégante. La plupart des viscères sont situés dans la région du cou.

Les mâles possèdent, dans la région anale, une poche ou "marsupium" très développée, sans revêtement osseux et dotée d’un sphincter musculeux. Cette poche est à peine visible chez les femelles de toutes les espèces du genre Hippocampus, et ceci, biologiquement parlant, a assigné la charge de la grossesse au père. Hippocampus guttulatus, aussi bien mâle que femelle, mesure en moyenne de 17 à 18 cm de long.

Habitat-Ecologie

Généralement le biotope de Hipocampus guttulatus, comme celui de Hippocampus hippocampus est constitué par les zones côtières et marines où des plantations d’algues sont présentes. N’étant pas bons nageurs, il n’effectue habituellement que de courts déplacements, se laissant également transporter par les courants marins. La conformation particulière de la bouche permet la capture de petits animaux planctoniques, dont il se nourrit.

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Nouveau-né d’hippocampe. En quelques mois, ils atteignent la taille adulte © Giuseppe Mazza

Ethologie-Biologie de la reproduction

Avant de commencer la description du cycle biologique de Hippocampus guttulatus, nous dirons qu’en règle générale, cela s’applique également aux autres membres du genre Hippocampus, et il est bon de faire dans un premier temps, une description plus détaillée du marsupium anal du mâle, qui est en charge de la grossesse chez ce genre de poissons osseux.

Celui-ci est une poche formée de deux replis cutanés, localisée sur la queue à l’extérieur de laquelle s’ouvre le pore génital.

La femelle de l’hippocampe en général, et plus particulièrement celle de Hippocampus guttulatus, produit les œufs par ses ovaires, mais après, c’est le mâle qui les couve jusqu’à la fin de la grossesse.

Avant l’accouplement, le mâle et la femelle mènent une délicate danse nuptiale, à l’issue de laquelle les deux poissons s’accouplent. Ils sont reliés par l’intermédiaire de la queue, restant vis-à-vis. La femelle émet alors des œufs qui sont introduits par l’intermédiaire de la "papille génitale" dans le marsupium anal des mâles.

Dès qu’ils sont entrés dans le marsupium, les œufs sont fécondés par le sperme du mâle.

À ce stade, à travers une cascade de signaux endocriniens et de facteurs biochimiques qui stimulent la vascularisation, etc., sur les parois de la poche, se développe un "réseau capillaire" complexe, qui le rend très similaire à un "utérus gravide". Autour de chaque œuf fécondé se forment des alvéoles indépendantes, qui réalisent les échanges gazeux avec les parois de la poche ; Cela permet à l’embryon en développement de recevoir l’oxygène et d’éliminer le gaz carbonique.

La femelle, quant à elle, s’éloigne et à partir de ce moment se désintéresse de sa progéniture.

Au bout d’un certain temps, les embryons sortent de l’œuf, mais restent pendant encore une longue période, dans le marsupium anal. Enfin, le mâle se déplace dans des eaux plus froides (car plus riche en oxygène que les eaux chaudes) et c’est le début de l’“accouchement“.

Le sphincter du marsupium anal commence à se détendre, tandis que l’animal se contorsionne spasmodiquement. Les jeunes sortent de la poche, parfois par la tête, parfois par la queue. Tout juste sortis, à tâtons pendant quelques secondes, incapables de nager, puis, familiarisés avec l’environnement, ils s’en vont par leurs propres moyens (progéniture présociale), nageant verticalement. Ils se développent en quelques mois, et atteignent le stade adulte.

L’indice de vulnérabilité de l’espèce est actuellement de 24 sur une échelle de 100.

Synonymes

Hippocampus hippocampus microcoronatus - Slastenenko 1938 ; Hippocampus hippocampus microstephanus - Slastenenko 1937 ; Hippocampus longirostris - Schinz, 1822 ; Hippocampus ramulosus - Leach, 1814.

 

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