Ilex aquifolium

Famille : Aquifoliaceae

 

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Texte © Eugenio Zanotti

 

 

Traduction en français par Michel Olivié

 

 

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À cause de ses feuilles persistantes et de fruits rouges et gais qui subsistent en hiver Ilex aquifolium est souvent considéré comme un arbre porte-bonheur © Giuseppe Mazza

Le genre Ilex comprend environ 400 à 450 espèces ( d’autres auteurs, probablement en désaccord au niveau de la systématique, en dénombrent jusqu’à 600 ). La dernière monographie du genre, qui prend aussi en compte les hybrides et les cultivars ornementaux, en recense 800 entités. Les espèces de ce genre sont largement répandues dans l’hémisphère boréal et aussi dans l’hémisphère austral dans les zones tempérées et subtropicales. Il s’agit de lianes, d’arbustes sempervirents ou de petits arbres, eux aussi pour la plupart sempervirents, des zones tropicales et subtropicales. En Europe il existe, en plus de Ilex aquifolium, l’ Ilex còlchica ( Turquie ) répandu également dans le Caucase et en Anatolie et l’ Ilex perado des Açores qui est aussi présent, dans une moindre mesure, à Madère et aux Canaries.

Le nom du genre Ilex fait référence à la ressemblance des feuilles avec celles du chêne vert ( Quercus ilex ) alors que le nom de l’espèce aquifolium vient des termes latins « acus » = aiguille et « acutus » = aigu et de « folium, folia », c’est-à-dire aux feuilles aiguës et épineuses.

Le Houx ( Ilex aquifolium - L. 1753 ), est une espèce ligneuse sempervirente qui peut avoir une forme buissonnante ou arbustive ou la forme d’un petit arbre. Dans la nature il peut atteindre environ 10 m de hauteur ( 15 au maximum ). Il peut toutefois excéder cette taille quand il est cultivé et à condition que l’on coupe les branches le long du tronc : en ce cas il atteint même 22 à 24 m.

Le tronc, droit et aux branches bien apparentes, est entouré d’un feuillage de forme ovale ou pyramidale d’un diamètre moyen de 2 à 4 m. Le système racinaire est très robuste avec de longues racines noueuses et profondes. L’écorce est mince, lisse ou avec de fines craquelures, verdâtre quand elle est jeune et de couleur gris clair avec le temps et tend à devenir écailleuse et d’une couleur grise plus foncée chez les individus âgés.

C’est une plante glabre, exception faite des bourgeons, des jeunes branches et des inflorescences qui sont pubescentes. Les feuilles sont alternes et ont un polymorphisme marqué ( les feuilles basses sont ondulées et épineuses alors que celles de la partie haute chez les plantes adultes sont inermes ). Elles sont d’autre part elliptiques, ondulées, sempervirentes et coriaces ( 3 à 4 x 5 à 7 cm ), avec un bord blanchâtre et cartilagineux, vert foncé et très luisantes en dessus, vert clair et mates en dessous, avec un court pétiole élargi et rainuré. Habituellement le bord est ondulé et a des épines robustes ( 6 à 8 par côté ) qui deviennent inermes chez les individus centenaires. Dans le Sud de l’Italie une variété australe a été trouvée par le botaniste Charles Carmichaël Lacaita ( 1853-1933 ), anglais mais de famille italienne, dont les feuilles sont plus grandes ( 8 à 9 x 10 à 12 cm ) et moins ondulées.

Le houx porte des fleurs mâles et femelles sur des individus séparés. La floraison, peu visible, survient d’avril à mai ( ou juin ) ; la pollinisation est opérée principalement par les abeilles. Les fleurs, à l’odeur parfumée, ont quatre sépales et quatre pétales avec une corolle de 6 à 8 mm de diamètre. Elles sont isolées ou en petits bouquets de 2 à 3 et axillaires. Les fleurs femelles ont une corolle blanche ; chez les fleurs mâles elle est blanche avec un bord rouge. Les fleurs mâles portent des vestiges bien apparents du gynécée et les fleurs femelles ceux de l’androcée. Dans certains cas la plante produit aussi des fleurs hermaphrodites. Le fruit mûrit en automne. C’est une drupe sous-sphérique, ombiliquée, à la pulpe jaunâtre, vénéneuse, avec un pétiole plus court que sa longueur ( 8 à 10 mm ), rouge à maturité, qui contient 3 à 5 noyaux ( 2 au minimum ), monospermes, sous-trigones ou plats-convexes avec un endocarpe osseux, très dur et ayant 3 à 5 rainures dorsales longitudinales. Leur dissémination est opérée par les oiseaux, surtout les merles, les grives et les tourterelles des bois qui sont friands des baies écarlates qui se remarquent bien à travers le feuillage vert foncé du houx.

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Ilex aquifolium peut atteindre 15 m de haut et même 24 m si l’on coupe les branches latérales du bas. Les feuilles, alternes, glabres, coriaces, luisantes et foncées en dessus, mates et claires en dessous, présentent un polymorphisme marqué : ondulées et épineuses dans la partie basse de l’arbre et elliptiques, totalement inermes, vers le sommet des plantes adultes © Giuseppe Mazza

Le houx a une distribution sous-méditerranéenne et sous-atlantique qui depuis le Sud et l’Ouest de l’Europe ( jusqu’au Maghreb et aux côtes de la mer Noire ) s’étend au Nord jusqu’à la Grande-Bretagne et à la Norvège. Elle se localise surtout dans les zones infra-montagneuses et montagneuses. C’est une plante qui croît très lentement et a une longue durée de vie : dans des conditions favorables elle peut vivre jusqu’à 300 ans en formant des troncs d’un diamètre de plus de 50 cm.

C’est une plante mésophile qui pousse depuis la plaine jusqu’à 1.500 m d’altitude, surtout dans les bois de hêtres et de hêtres mêlés aux sapins mais aussi dans les châtaigneraies et les chênaies denses. Elle recherche les terrains à la texture semi-fine, au Ph neutre ou légèrement acide, frais et humides, moyennement riches en nutriments et avec un bon pourcentage d’humus. Elle évite les substrats calcaires et gorgés d’eau.. C’est une espèce dont les besoins en lumière sont moyens à bas ( espèce sciaphile ).

Même si le houx est une espèce sclérophylle sempervirente ce n’est pas pour autant une plante typique de la végétation méditerranéenne où on la rencontre seulement occasionnellement ; on doit en fait la classer parmi les laurophylles typiques du climat océanique.. Le houx est considéré comme une plante rélictuelle qui a une distribution très réduite par rapport à ce qu’était sa diffusion à l’ère tertiaire ; elle a eu aussi un rôle important dans les périodes interglaciaires humides quand elle était un composant typique de la végétation colchico-atlantique incluant tout le bassin de la Méditerranée de l’Est à l’Ouest.

Le bois est de couleur blanc ivoire ( chez les vieux individus il est brun dans la partie centrale ) parfois avec des reflets verdâtres ; il est lourd ( 780 kg/m³ et plus ), d’une dureté moyenne, compact, à grain fin, facile à travailler et à teindre ( il peut remplacer l’ébène ), élastique et résistant ; il est apprécié et très recherché. On l’emploie, après un long séchage, pour fabriquer des outils, des crosses de fusil, des manches de parapluie, des bâtons, des cannes pour la marche, des pieux, divers objets, des manches de théière, et encore pour des travaux de tournerie ( pions des jeux d’échecs ) et d’ébénisterie en plus de ses feuilles pour les décorations de Noël, ce qui fait que dans de nombreux pays où le houx est en voie de raréfaction il est inscrit dans les listes des espèces protégées. Autrefois le houx était considéré comme une sorte d’amulette végétale et pour cette raison on le cultivait autour des maisons pour les protéger des forces maléfiques. Sa couleur d’un vert éclatant et la ténacité de ses feuilles symbolisaient la force de la vie et la renaissance tandis que ses fruits qui persistent pendant toute la période hivernale étaient perçus comme un concentré de l’énergie du soleil.

Quand la capture des oiseaux avec les gluaux et le gui, aujourd’hui heureusement illégale, était largement répandue dans les zones de montagne, les collines et parfois dans les plaines, les paysans et leurs fils extrayaient ( en juillet ) une substance visqueuse et brune de la seconde écorce du houx ( l’écorce verte située sous la première écorce externe ) en l’écrasant dans un mortier ou en la faisant bouillir puis ils la mettaient dans une cave et la laissaient fermenter de 15 à 20 jours. Ensuite ils la lavaient avec beaucoup d’eau pour éliminer les parties ligneuses et fibreuses et la conservaient dans des récipients fermés graissés avec de l’huile.

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Ilex aquifolium est une espèce dioïque, il porte des fleurs mâles et femelles sur des plantes séparées. Ici une fleur du beau sexe à la corolle blanche avec des vestiges typiques de l’androcée. Les fleurs mâles, aux pétales bordés de rouge, présentent des vestiges du gynécée et il existe aussi des fleurs hermaphrodites © Giuseppe Mazza

Les branches étaient récoltées par les ramoneurs qui les attachaient à l’extrémité de longs bâtons de bois de saule pour en faire des outils légers et pratiques adaptés à leur travail.

La reproduction du houx se fait habituellement par voie végétative (greffe, marcottage et bouturage) parce que la graine germe difficilement en raison de sa dormance physiologique et de son immaturité embryonnaire.

Le houx peut être utilisé pour faire des haies impénétrables ou bien apparié ( un individu mâle et un individu femelle pour garantir la fécondation des baies rouges écarlates ) dans les parcs et les jardins où il constitue une excellente espèce ornementale.

Parmi les diverses espèces ornementales on citera l’ Ilex cornuta d’origine asia- tique, l’ Ilex macrocarpa, originaire de la Chine méridionale, aux feuilles caduques, qui produit des fruits de couleur noire, l’ Ilex verticillata du Sud-Est des États-Unis, lui aussi caduc, et enfin des cultivars aux feuilles pana- chées de blanc ,de jaune ou de pourpre, tachetées d’argent, bordées de jaune, etc... On en indiquera ici quelques-uns comme l’ Ilex aquifolium ’Pyramidals fructo-luteus’, l’ ’Argenteo marginata pendula’, le ’Ferox argentea’, l’’Angustifolia’, l’’Ovata aurea’, etc.

Il s’y ajoute d’autres espèces du genre Ilex introduites dans un but ornemental comme l’ Ilex integra et l’ Ilex cornuta (Japon), l’ Ilex dipyrena (Himalaya), l’ Ilex leucocarpa et l’ Ilex opaca (États-Unis), etc.

On en fait de très belles haies compactes et impénétrables d’autant que le houx supporte bien d’être taillé et qu’il est plutôt résistant aux maladies ( parfois ses feuilles sont abîmées par la mouche Phytomyza aquifolium dont les larves creusent des galeries dans le parenchyme chlorophyllien ).

Les abeilles visitent souvent les fleurs du houx dont elles extraient aussi de la cire pour leurs alvéoles. De cette façon elles favorisent la fécondation et donc la fructification des individus femelles.

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Il existe des formes bordées de jaune et aux diverses bigarrures pourpre, jaune, blanche et argentée © G. Mazza

Parmi les espèces médicinales appar- tenant à ce genre dans les pays d’origine on cultive l’ Ilex paraguariensis, connu sous les noms vulgaires de yerba matè ou matè et aussi comme étant le thé du Paraguay ou thé des Jésuites ; c’est un petit arbre ou arbuste de l’Amérique du Sud ( Brésil Argentine, Paraguay ) qui produit des feuilles propres à la préparation d’un thé du même nom, riche en caféine et contenant de la théobromine, des tanins, de l’acide chlorogénique, des triterpènes et de l’huile essentielle.

L’écorce du houx contient un principe amer, l’ilicine, qui est présent aussi dans les feuilles mais avec un pourcentage plus faible, ainsi qu’une substance colorante, l’ilixanthine, de l’acide silicique, ursolique et cafétanique, de la dextrose, des gommes et des cires, et aussi l’alcaloïde rutine et le nitrile menisdaurine, de l’acide chlorogénique, de l’acide chinique, de la quercétine, du kaempférol, des tanins, etc...

Les fruits ont des propriétés purgatives violentes et causent de graves altérations neurovégétatives accompagnées de nausées, de vomissements, de douleurs gastro-intestinales avec de la diarrhée, et des convulsions. Les feuilles ont des propriétés anti-inflammatoires, anti-arthritiques, fébrifuges, toniques et diurétiques.

Dans de nombreux pays où le houx pousse spontanément il est depuis des milliers d’années entouré de légendes par les populations qui lui vouaient du respect et le redoutaient. Durant les saturnales qui se déroulaient de 17 au 23 décembre ( période fixée à l’époque impériale par Domitien ) les anciens Romains portaient des rameaux de houx comme talismans garants d’une longue vie et de prospérité et en offraient aux jeunes mariés en signe de bons vœux.

Synonimes : Aquifolium ilex Scop. (1771) ; Aquifolium spinosum Lam. (1778) ; Ilex aquifolium Marshall (1785) ; Ilex aquifolium L. var. crassifolia Aiton (1789) ; Ilex aquifolium L. var. ferox Aiton (1789) ; Ilex aquifolium L. var. heterophylla Aiton (1789) ; Ilex aquifolium L. fo. recurva Aiton (1789) ; Ilex aquifolium L. var. vulgaris Aiton (1789) ; Ilex aquifolium Lour. (1790) ; Ilex balearica Desf. (1809) ; Aquifolium croceum Rafin (1838) ; Aquifolium ferox Mill. ex Rafin (1838) ; Aquifolium heterophyllum Rafin. (1838) ; Aquifolium lanceolatum Rafin (1838) ; Aquifolium planifolium Rafin (1838) ; Aquifolium undulatum Rafin (1838) ; Aquifolium vulgare St.-Lag. (1880) ; Ilex aquifolium L. fo. arbutifolia Loes (1901) ; Ilex aquifolium var. chinensis (1901) ; Ilex aquifolium L. fo. frivaldskyana Loes. (1901) ; Ilex aquifolium L. fo. albopicta (Loudon) Geerinck (2001) ; Ilex aquifolium L. fo. aureopicta (Loudon) Geerinck (2001) ; Ilex aquifolium var. barcinonae Pau (1922).

 

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