Jynx torquilla

Famille : Picidae

 

GIF - 6.1 ko

 

Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

JPEG - 77 ko
Jynx torquilla est un parent du pic, insolite et mimétique © Gianfranco Colombo

Le Torcol fourmilier ( Jynx torquilla - Linnaeus, 1758) appartient à l’ordre Piciformes et à la famille Picidae même s’il n’a à première vue rien qui puisse l’apparenter à ces oiseaux.

Il n’a pas un bec de pic ni la force que ces oiseaux montrent dans leur outil si particulier et il n’est même pas capable de creuser son propre nid.

Il n’a pas une queue de pic, il ne présente aucun renfort dans le calame des plumes de la queue, utilisée par les picidés dans leur typique position d’appui et, proportionnellement à la taille, sa queue présente une longueur plus accentuée que celle des pics.

Il ne s’accroche pas aux troncs ni ne s’agrippe à ceux-ci comme le font d’habitude les pics quand ils se posent.

Il n’a pas la livrée, typique et bien visible, d’un pic, la sienne est cryptique comme celle d’un oiseau nocturne allant jusqu’à le camoufler totalement à la vue quand il est posé sur un tronc.

Et pour finir, il n’a pas un vol ondulé comme un pic mais plutôt un vol rapide et rectiligne, rasant toujours le sol.

En somme, il n’a que peu de liens morphologiques avec le pic. Il n’y a que deux caractéristiques qui le rapprochent du pic et qui permettent de le classer dans la même famille : les doigts zygodactyles, le premier et le quatrième tournés vers l’intérieur et le second et le troisième retournés vers l’avant ainsi que la longue langue collante.

Les particularités de cet étrange oiseau très commun dans toute la méditerranée et donc connu et observé depuis l’antiquité n’avaient pas non plus échappé aux anciens observateurs de la nature.

Dans la croyance populaire de la Grèce antique, le Torcol fourmilier était apprécié car il était considéré comme un bon auspice pour faire revenir une personne aimée qui s’était éloignée.

Cette idée était due au fait qu’il était courant d’attacher ce petit oiseau par une patte avec un long fil qui lui permettait de voleter aux alentours, lui donnant ainsi l’illusion de pouvoir partir alors que l’on pouvait toujours le rattraper grâce à la cordelette.

Le terme « Jynx » dérive du grec « iuzo – iu » = cri, hurlement de surprise et « torquilla » du latin « torquere » = tordre, pour l’étrange mouvement serpentin caractéristique du cou et de la tête lorsqu’il émet son chant.

Ce comportement particulier a été à l’origine de son nom commun et de ceux donnés dans beaucoup d’autres pays. En italien Torcicollo, en anglais Eurasian Wryneck, en espagnol Torcecuello, en allemand Wendehals, en portugais Torcicolo.

JPEG - 100.2 ko
Il se nourrit exclusivement de fourmis, larves comprises, comme on le voit d’après celles qui lui courent sur la tête. Il partage avec les pics la structure des doigts et la langue © Gianfranco Colombo

Zoogéographie

Le Torcol fourmilier est typiquement eurasiatique occupant une vaste aire de répartition qui couvre pratiquement les faces tempérées et froides des deux continents.

Il est présent dans toute l’Europe, de la Méditerranée à toute la péninsule scandinave, en Russie continentale et le long de la bande centrasiatique et sibérienne, jusqu’au Japon et dans une partie de la Chine. Au Royaume-Uni il n’est présent qu’en Écosse.

Il en existe une colonie diffuse mais isolée au Nord du Pakistan et de l’Inde himalayenne.

En Afrique il est présent seulement sur la côte méditerranéenne du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie.

Le Torcol est un migrateur à longue distance qui hiverne dans la bande subsaharienne, pour les populations européennes et dans les péninsules indienne et indochinoise, pour celles d’Asie. L’arrivée sur les lieux de nidification se produit au début du printemps et le départ vers les quartiers d’hiver commence dès août pour se terminer en septembre.

Le genre Jynx ne comprend que deux espèces, l’eurasiatique ( Jynx torquilla ) et le Torcol à gorge rousse ( Jynx ruficollis ) d’Afrique subsaharienne. Par contre 6 sous-espèces ont été classifiées dans toute son aire.

Écologie-Habitat

Ses caractéristiques connues depuis l’Antiquité sont mises en évidence dès qu’arrive la saison des amours. Lorsqu’il émet son incessant et monotone « kie kie kie kie » pour attirer une femelle, le mâle allonge et tord son cou de telle façon qu’on pourrait penser que sa tête fait un tour complet. Un comportement qu’il adopte aussi lorsqu’il est dérangé ou surpris au nid : il allonge le cou, le tordant vers l’intérieur dans une position assez étrange, tournant la tête vers la queue et hérissant les plumes sur sa tête, sifflant et bougeant le cou comme un serpent.

Un comportement aussitôt associé à la magie et diabolisé comme mauvais présage dans l’antiquité du monde anglo-saxon, à tel point qu’on s’en souvient encore à notre époque à travers le dicton toujours en usage aujourd’hui « to put a jynx on someone » pour lancer une malédiction à quelqu’un.

JPEG - 72.7 ko
Présent en Europe, Afrique du Nord et Asie jusqu’à la Chine, lorsqu’il est dérangé ou en période nuptiale il peut faire tourner sa tête sur son cou © Gianfranco Colombo

Cette torsion de la tête est encore soulignée lorsque la femelle, acceptant l’invitation du mâle, répond dans un bas écho à chacun de ses appels et s’approche autorisant ainsi cette union. A ce moment, alors que la femelle prend une position tendue horizontalement sur la branche sur laquelle elle est perchée, le mâle à côté étire son corps verticalement comme un serpent qui danse, après quoi le concours de chant se termine par l’accouplement.

Le Torcol fourmilier se nourrit principalement de fourmis et de leurs larves qu’il capture en fouillant directement au sol dans les fourmilières. Pour cette raison son habitat naturel est lié à la présence de cette particularité. Il s’agit donc de milieux plutôt secs, ouverts et ensoleillés : grands jardins et parcs urbains, vergers et zones de buissons, bois ouverts mais jamais densément arborés.

JPEG - 273.3 ko
Après un long chant en duo, l’accouplement a lieu © Gianfranco Colombo

La présence de vieux arbres où trouver refuge pour bâtir son nid lui est nécessaire.

Morpho-physiologie

La livrée de couverture du Torcol fourmilier est la plus cryptique que l’on puisse imaginer. C’est un mélange de gris, de marrons et de noirs formant des taches, des rayures et des nuances indéchiffrables et qui le rend parfaitement semblable à un morceau de bois desséché. Sur le dos court une ligne noire pas bien définie qui, partant de la nuque arrive sur le dessus de la queue, accentuant encore plus le mimétisme. La queue est au contraire finement et élégamment marbrée en différents tons de gris.

Cette livrée est comparable dans les grandes lignes à celle d’un Engoulevent d’Europe ( Caprimulgus europaeus ) ou d’un Hibou petit-duc ( Otus scops ).

La partie inférieure est légèrement plus claire, avec une base crème grisâtre marquée de petite taches noirâtres et finement rayée de légères lignes noires jusqu’en dessous des flancs. Parfois, chez le mâle cette marbrure est légèrement plus accentuée avec des marques plus grandes. Ce marquage est comparable à celui d’une Fauvette épervière ( Sylvia nisoria ) ou de façon plus soulignée à celui d’un Épervier d’Europe ( Accipiter nisus ).

Les juvéniles ont une livrée très semblable à celle des adultes mais avec une coloration plus estompée et moins distincte. Il n’y a pas de dimorphisme sexuel évident.

Le bec du Torcol fourmilier est mince, conique très pointu mais absolument pas adapté pour effectuer le travail typique des vrais pics. Par contre, sa langue est assez longue, pouvant atteindre 10 cm, cylindrique, avec de très petits squames disposés en sens opposé à la longueur et très collante.

Un outil étudié pour s’introduire dans de petites fissures pour récolter fourmis, larves et insectes dans les fourmilières au sol ou sous l’écorce des arbres.

Le Torcol fourmilier mesure 16 cm, a une envergure de 25 cm et pèse 25-30 g.

Biologie reproductive

Le Torcol fourmilier niche dans toute cavité disponible, si possible dans de vieux arbres mais aussi dans les trous des murs et parfois dans des fissures au sol.

La tanière est utilisée telle quelle sans l’apport d’aucun matériaux, en y déposant les œufs sur le substrat disponible.

Il installe également son nid dans de vieux nids de pics et plus encore dans les nids boîtes qui semblent attirer de plus en plus cet oiseau.

Quand il s’empare d’un de ces nids artificiels il ne manque jamais de le vider entièrement de son contenu lui donnant un aspect totalement dépouillé et privé de tout substrat.

C’est un oiseau particulièrement prolifique non seulement par la quantité d’œufs pondus mais aussi par sa prédisposition naturelle à pondre à nouveau pour remplacer les œufs éventuellement perdus, jusqu’à atteindre le nombre prédéterminé qui d’habitude est de l’ordre de huit œufs.

À ce sujet, diverses expériences effectuées en plein cours de la ponte, dans lesquelles était prévu le prélèvement journalier d’un seul œuf, ont abouti à une immédiate nouvelle ponte de l’œuf manquant et ce jusqu’à retrouver le nombre déterminé par l’oiseau.

Inimaginable, le nombre d’œufs total pondus durant une de ces expériences fut d’au moins 48 !

Bien sûr, les oiseaux ne savent pas compter ou au moins ne savent pas combien d’œufs ils ont pondu tant qu’ils n’ont pas atteint le nombre qu’ils ont prévu. Bien que le fait soit étrange, il est facilement vérifiable avec les poules pondeuses domestiques qui réussissent à pondre jusqu’à 300 œufs à l’année par ailleurs principalement stériles.

Leur ancêtre, la Poule Bankiva (Gallus gallus) pond environ six œufs puis arrête et commence à couver.

Notre poule domestique ayant atteint la couvée idéale de 12 œufs se met immanquablement à couver. Notre torcol aussi devrait se mettre à couver dès que le nombre d’œufs pondus atteindrait le nombre prédéterminé pour sa couvée mais la main de l’homme bouleverse ses comptes.

Le Torcol fourmilier est sans peur quand il est sur son nid et il ne craint aucun intrus éventuel, peut-être conscient de la capacité cryptique de sa livrée que personne ne peut remarquer lorsqu’il est enfermé à l’intérieur de la cavité. Lorsque les nids boîtes sont soumis à de régulières vérifications, souvent, il ne bouge même pas à l’ouverture, restant immobile sur ses œufs ou se plaçant parfois dans l’angle le plus sombre du refuge en exécutant l’étrange comportement décrit plus haut.

L’incubation est remarquablement brève, typique de certains pics et ne dure que 12 jours. Elle est effectuée par les deux partenaires. Les petits sortent du nid après une quinzaine de jours, s’agrippant d’abord sur le tronc et sur les branches voisines y restant jusqu’à ce qu’ils puissent voler. Le Torcol fourmilier n’effectue généralement qu’une seule couvée par an. L’espèce est protégée par la législation européenne.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

/jynx_torquilla_-_foto_colombo
Photomazza : 70.000 colour pictures of animals and plants