Géraniums à feuilles : feuilles avec bariolage blanc, jaune et rouge

Le feuillage, attribut de beauté des géraniums

 

Traduction en français de Isabelle de Chézelles

 

Il ne viendrait à l’esprit de personne de créer une collection de « mongoloïdes » ou de sujets altérés. Et pourtant, l’albinisme, fréquent handicap des êtres vivants, attire irrésistiblement l’homme, à l’affût « d’étrangeté ».

Mis à part les souris, les hamsters, et les lapins blancs comme neige qui entendent mal, voient encore moins bien avec leurs pauvres yeux rouges dans lesquels, faute de pigments, l’on aperçoit la constellation des vaisseaux sanguins, il existe un véritable « zoo des albinos », et il a été offert pour un lionceau blanc né récemment en Afrique du Sud à un prix record de 150.000 Euros.

Dans le monde vert, l’albinisme est encore plus grave, car si du fait d’un désordre génétique une plante naît avec des feuilles blanches, donc privée de chlorophylle, elle ne peut pas faire la photosynthèse, et une fois épuisées les réserves des graines, elle meurt misérablement de faim.

Ne survivent que les albinismes partiels : sujets à feuilles en partie décolorées ou en tout cas plus claires, qui fonctionnent à rythme réduit, ou ceux avec des feuilles complètement blanches qui retiennent une partie de la nourriture des feuilles plus ou moins vertes qui leur sont voisines.

C’est à cette catégorie qu’appartient la grande partie des « géraniums à feuillage décoratif », créatures souvent fragiles, altérées, qui ne résisteraient pas dans la nature à la pression évolutive, mais qui sont obstinément sélectionnées par l’homme pour des raisons ornementales.

Et si par hasard une branche régresse vers sa forme originale, si elle réussit par miracle à guérir, à mettre de l’ordre dans ses chromosomes, voilà les impitoyables manuels d’horticulture qui suggèrent de l’arracher afin que le handicap puisse être transmis par bouture, sous les applaudissements des collectionneurs.

Les sélections ainsi faites remontent le plus souvent au siècle dernier, et les pépinières comptent des Géraniums à feuille dorée, dont la feuille manque uniformément de chlorophylle ; Géraniums à feuille bicolore, avec des associations de jaune et rouge ; jaune et vert, noir et vert et vert et blanc ; et les Géraniums à feuille tricolore, sur lesquels on retrouve une variété de tonalités de jaune, vert et rouge, souvent superposées, qui peuvent être à l’origine de 4 ou 5 teintes différentes.

Les Géraniums Golden Crest et Hunter’s Moon sont les plus célèbres des « dorés », mais ils n’ont pas beaucoup d’amateurs, car leur teinte jaunâtre, tendant au gris, n’est pas assez étrange pour séduire et évoque plutôt au premier coup d’œil une santé incertaine.

Les « bicolores » sont décidément plus attrayants, et quand les feuilles sont normales, et que la mutation se limite à un élégant bord blanc, la plante est vigoureuse et florifère.

C’est le cas par exemple du Caroline Schmidt, crée en Allemagne il y a plus ou moins un siècle, avec des fleurs doubles d’un beau rouge brillant ; du Chelsea Gem de 1880, aux feuilles presque identiques, mais avec des fleurs roses doubles ; ou du célèbre Frank Headley de 1957, qui bien qu’étant nain, bat tous les records de floraison, avec des corolles rose saumon au look traditionnel, qui couvrent presque entièrement les feuilles.

Preston Park est également riche en chlorophylle, avec des feuilles simples rosées, aux bords finement dentelés, et un « anneau » foncé incomparable.

Le Galway Star, avec une fleur analogue au Pelargonium crispum duquel il dérive, se distingue par des feuilles découpées bordées de blanc crème ; et le Crystal Palace Gem, avec une fleur simple rouge ou rose, concentre la photosynthèse en un « papillon » vert au centre de la feuille jaunie.

Cette tache se fait dorée dans l’Happy Thought, une forme avec des fleurs simples rouges créée en Angleterre en 1877, et elle devient rouge dans le Medallion, né en 1956 de croisements avec le Pelargonium frutetorum. La capacité de photosynthèse est ici très faible et il s’agit malheureusement d’une plante extrêmement délicate.

Des discours analogues sont aussi valables pour d’autres « dorés bicolores », comme le Selby, qui a un anneau rouge dans la zone centrale et des fleurs roses doubles, et deux variétés de la fin du 19e : le Golden Harry Hieover, à la feuille coriace et brillante, qui révèle une parenté indubitable avec le Pelargonium peltatum, et le Mrs Quilter, plus résistant, avec des fleurs roses simples, où la division en zones s’étend presque jusqu’au bord de la feuille.

Le Golden Ears est un des rares « Stellars à feuille dorée ». Il offre une fleur rouge simple et souvent la division en zones couleur brique s’étend presque jusqu’au bord avec des effets spectaculaires.

Parmi les bicolores blancs et verts se détache Madame Salleron, avec des feuilles ourlées de blanc, en damier, tachées, et parfois complètement albinos, sur des tiges qui vivent aux frais des feuilles voisines. Créé en Angleterre vers 1840, et pas plus haut que 20 cm, il était utilisé pour les bordures ; et à part deux mutations avec des tiges bien droites et des fleurs roses insignifiantes, le Little Trot et le Mrs Newton, il n’a pas assez de force pour fleurir.

Un autre super anémique datant de 1880, le Freak of Nature, littéralement « farce de la nature », survit, on ne sait comment, avec la photosynthèse réduite aux bords de la feuille, et réussit même à fleurir, avec des corolles simples, rouges, en contraste incroyable avec le blanc spectral des fleurs et des tiges.

Un dernier bicolore insolite est le Crocodile, rendu précieux par un dense réticule jaunâtre. Sélectionné en 1964 en Australie, il appartient au groupe des Géraniums lierre, et ne souffre pas d’albinisme, mais de virose. Une forme non contagieuse pour les autres plantes, qu’il porte dès sa naissance, et qui met fortement en évidence les vaisseaux lymphatiques.

Aux « tricolores » appartient par exemple le célèbre Mr Henry Cox, créé en Angleterre en 1879, avec une feuille arrondie et des fleurs simples rose saumon, et le Mrs Pollock, né encore une fois en Angleterre en 1858, avec des fleurs simples rouge orange et des feuilles profondément lobées. Ils présentent tous deux une grande diversité, mais le second est dans l’ensemble plus robuste.

Tous ces géraniums, avec leur métabolisme réduit du fait du manque de chlorophylle, ont évidemment une croissance plutôt lente, et comme un malade qui a besoin d’oxygène, ils nécessitent beaucoup de lumière pour réaliser leur photosynthèse titubante.

Pour les autres, les règles habituelles sont applicables si ce n’est qu’ils sont plus vulnérables aux maladies. En hiver, il faut les protéger dans des vérandas lumineuses car le manque de lumière transforme le jaune doré des feuilles en un gris mortel, il en est de même si on utilise trop de fertilisants, qui doivent être modérément administrés, proportionnellement à la croissance, pauvres en azote et à haute teneur en potassium.

Qui n’a pas le courage de mettre en place un « hôpital des géraniums », et aime les feuilles étranges, a cependant beaucoup de possibilités même avec les plantes normales, riches en chlorophylle. Le Chocolat-Peppermint, parfumé de menthe et de chocolat, s’enorgueillit entre autres, de feuilles sombres en forme de chêne, et cette tendance est encore plus accentuée dans le Royal Oak.

Le Pelargonium barklyi, géophyte botanique, qui disparaît sous terre en hiver, a des feuilles arrondies plus décorées qu’une dentelle ; celles du Pelargonium myrrhifolium coriandrifolium imitent le look du Coriandre ; et qui aime les formes hyper découpées et fluettes, sans en arriver aux excès du Pelargonium denticulatum, , a à disposition de nombreux hybrides comme le x Asperum, avec un feuillage dont le raffinement se rapproche de celui des fougères.

 

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