Nasturtium officinale

Famille : Brassicaceae

 

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Texte © Eugenio Zanotti

 

 

Traduction en français par Michel Olivié

 

 

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Le Nasturtium officinale pousse en colonies denses dans des eaux calmes ou peu courantes jusqu’à 1.500 m © Giuseppe Mazza

Le cresson de fontaine ( Nasturtium officinale - R. Br. 1812 ) est une espèce présente dans presque le monde entier mais sur certains continents (l’ Afrique, l’Amérique et la Nouvelle-Zélande ) elle semble avoir seulement été naturalisée. Le genre Nasturtium comprend de 20 à 50 espèces ( suivant la systématique de divers auteurs ) réparties dans diverses zones du globe.

L’appellation du genre vient du latin "nasus" = nez et "tortus" = tordu, "nasi tortio" ou "nasum torquere" = tordre le nez ( Pline ) à cause de la saveur âcre des feuilles et des graines de ce genre et de celles de genres apparentés contenant des substances moutardées.

Le nom de l’espèce "officinalis" vient du substantif latin "officina" qui est employé pour une grande partie des plantes qui ont des propriétés médicinales utilisées dans les "officines" , comme étaient appelées autrefois les pharmacies.

C’est une plante pérenne, glabre ou presque, haute de 30 à 70 cm ( moins de 100 cm ), aux tiges anguleuses, creuses, charnues, procombantes, montantes et formant des racines à la hauteur des nœuds inférieurs. Sa racine est grêle. Ses feuilles sont basales, avec des pétioles de 3 à 5 cm, souvent auriculées, pennées, avec 2 à 3 paires de lobes de segments latéraux s’épaississant progressivement. Les plus grands sont ovales ( 9 à 12 x 12 à 18 mm ) et faiblement dentelés sur les bords. Le segment terminal est réniforme et plus grand.

Les feuilles placées le long des tiges ont un pétiole plus court avec un segment terminal sous-arrondi ou ové. La floraison survient de mai à juillet. Les racèmes floraux sont réduits. Les sépales sont brunâtres et ont 3 mm de long. Les pétales sont blancs ( très rarement roses ou mauve pâle ), plus ou moins apparents et sont longs de 6 à 7 mm. Les étamines ont des anthères jaunes.

Les fruits ( des siliques ) sont de 2 x 13 à 18 mm et contiennent deux séries de graines minuscules par valve ( 4.000 dans un gramme ! ), ovoïdes, de couleur brun rougeâtre, avec environ 25 aréoles ( des dépressions polygonales ) sur chaque face. ( L’espèce voisine Nasturtium microphyllum, qui a une floraison plus tardive et des siliques de 16 à 22 mm d’ordinaire avec une rangée de graines par valve, a environ 100 aréoles sur chaque face de la graine ).

La floraison se prolonge selon les zones climatiques de mars à juillet. Cette espèce est commune et forme presque toujours des colonies denses dans des eaux immobiles ou peu courantes, des sources, des résurgences et le long des rives depuis la plaine jusqu’à en moyenne 1.500 m d’altitude ( moins de 2.460 m ). Sa présence est un indice d’eaux de bonne qualité.

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Comestible et médicinal il est souvent cultivé. Sa récolte dans la nature est déconseillée pour des raisons d’hygiène © Giuseppe Mazza

La plante qui est récoltée en avril entière, à l’exception de ses racines, contient un glucoside sulfuré ( la gluconasturtine ) qui par le biais d’une hydrolyse due à l’action de l’enzyme mycosine se divise en glucose et en iso-sulphocyanate de phénétyl auxquels s’ajoutent du fer , du zinc, du cuivre, du manganèse, du magnésium, de l’iode, du phosphore, de l’acide nicotinique, des traces d’arsenic, des vitamines A, B1, B2, C et E et des enzymes. Les vitamines ci-dessus confère à la plante des propriétés anabolisantes et antiscorbutiques. Le cresson est employé dans les cas de fortes fatigues , d’anémies et d’avitaminoses, pour les affections cutanées qui en résultent, pour les eczémas et l’alopécie du cuir chevelu ( en utilisant du jus concentré ), comme diurétique et dépuratif drainant et comme fluidifiant et expectorant des catarrhes des voies aériennes.

La consommation fréquente de ce légume, qui est présent à toutes les saisons de l’année, est conseillée aux grand fumeurs, car il parvient à purger l’organisme de la nicotine, et aux diabétiques parce qu’il abaisse le taux de glycémie dans le sang. On conseille la consommation de cresson aux personnes qui ont des cystites récurrentes.

On recommande vivement, qu’il s’agisse de cette plante ou d’autres qui poussent dans l’eau, d’éviter de les cueillir dans les zones où existe une pollution chimique ou organique et de laver soigneusement les feuilles et les autres parties comestibles afin d’éliminer les petits mollusques qu’elles hébergent habituellement ( en particulier la Lymnaea palustris ), et qui véhiculent de dangereux parasites du foie ( la ( Fasciola hepatica ), ainsi que les infections nuisibles de leptospiroses ictéro-hémorragiques ( maladie de Weil ou spirochétose ) transmises par les rats.

La mythologie grecque rapporte que du cresson de fontaine était contenu dans la boîte donnée par les dieux à Pandore pour ses noces avec d’autres cadeaux utiles et de multiples calamités.

Sur le plan gastronomique cette espèce est très appréciée et cultivée en Allemagne et en France où elle est tenue pour être, entre autres, une plante aphrodisiaque. C’est le Français Cardon qui, en 1811, introduisit sa culture dans des cressonnières artificielles. Les jeunes feuilles de cresson qui ont un goût acidulé, piquant et légèrement amer peuvent, en plus de leur utilisation en salade, être consommées hachées et mises sur des croûtons de pain beurré, sur des fromages frais, sur des viandes au gril et dans des sauces piquantes et poivrées.

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Les fleurs sont suivies de siliques aux graines minuscules : environ 4.000 par gramme © G. Mazza

La culture est très simple. On peut aussi l’effectuer à la maison dans des bacs avec 10 cm de bon terreau recouvert de 3 cm de gravier dans lesquels il faut repiquer les plants issus de graines ( faciles à trouver sur le marché ) semées dans des petits pots comportant des parts égales de terre, de sable et de tourbe toujours humides.

Ensuite on recouvre le gravier de deux doigts d’eau et on place le bac dans un endroit situé à mi- ombre et, pendant la saison froide, dans la maison près d’une fenêtre.

Préparations Avertissement : certaines personnes sensibles peuvent ressentir des troubles gastriques : en ce cas il vaut mieux éviter la consommation de cresson ainsi que celle de plantes riches en glucosides sulfurés comme l’ail, le raifort, les radis, la moutarde, etc...) :

Salade revitaminante et stimulante des défenses immunitaires

On peut simplement consommer 100 g de feuilles fraîches en salade par jour, seules ou mélangées à d’autres salades, pendant une semaine. On peut, à titre de variante, consommer le jus de la plante fraîche entière ( 150 g ) après passage au mixer et filtration.

Mâchage pour les aphtes et les gencives faibles et sanguinolentes

Il faut deux feuilles fraîches de cresson et une feuille fraîche de sauge. On les met dans la bouche et on mâche lentement pendant une dizaine de minutes puis on rince avec de l’eau froide et du citron. Deux fois par semaine, quand c’est utile, chaque soir avant de se coucher.

Lotion contre la chute des cheveux

200 g de jus concentré de cresson obtenu en broyant les parties aériennes de la plante dans un mixer et en les filtrant avec une passoire et que l’on mélange à parts égales avec une décoction d’orties ( que l’on réalise en faisant bouillir dans 300 cl d’eau 200 g de sommités ou de feuilles pendant 10 minutes et en les filtrant comme ci-dessus ). Après avoir lavé les cheveux avec un shampoing neutre ( et sans laurylsulfate de sodium ! ). On les sèche un peu et on les frictionne avec un verre de la préparation indiquée plus haut en laissant agir pendant 15 minutes et en se couvrant la tête avec une serviette. Puis on rince. On réalise cette opération deux fois par semaine jusqu’à épuisement de la lotion qui doit être conservée au réfrigérateur.

Synonymes

Sisymbrium nasturtium aquaticum L. (1753) ; Cardamine fontana Lam. (1778) ; Nasturtium officinale var. microphyllum Boenn (1824) ; Nasturtium officinale var. siifolium (Rchb.) Steud. (1841) ; Nasturtium fontanum Asch. (1864) ; Nasturtium officinale var. intermedium Gren. (1865) ; Nasturtium officinale subsp. siifolium (Reichenb.) Nyman (1878) ; Nasturtium officinale subsp. parviflorum (Peterm.) Arcang. (1882) ; Nasturtium officinale var. asarifolium (Peterm.) Kralik ex Rouy & Focaud (1893) ; Rorippa nasturtium-aquaticum Schinz et Thell. (1909).

 

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