Papio ursinus

Famille : Cercopithecidae

 

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Texte © Dr. Gianni Olivo

 

 

Traduction en français par Serge Forestier

 

 

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Le Babouin du Cap ou Babouin chacma ( Papio ursinus ) est omnivore. Il se nourrit de végétaux, mais c’est également un prédateur opportuniste © Giuseppe Mazza

Les singes appelés cynocéphales doivent leur nom à l’aspect de leur tête et de leur museau qui les différencie nettement des anthropomorphes et qui rappelle, en fait, la tête et le museau d’un chien.

Le Babouin du Cap ou Babouin chacma ( Papio ursinus - Kerr, 1792 ) est présent en Afrique du Sud, en Namibie, au Botswana, au Zimbabwe et en Angola. On en trouve quelques exemplaires en Zambie, où le Babouin jaune ( Papio cynocephalus cynocephalus ) est plus commun.

Son habitat préféré est la savane, même aride, à condition qu’il y ait des points d’eau, le bush et les zones de forêt ouverte.

Il colonise même les terrains montagneux, où il est extrêmement à son aise sur les pentes les plus escarpées qui lui offrent, entre autres, abris et protection, pendant la nuit.

Cependant, le léopard, un des principaux prédateurs du babouin, n’hésite pas à le chasser même sur les rochers inaccessibles. Dans notre réserve, même depuis la maison, on peut souvent entendre les cris des hordes de babouins, lorsqu’un léopard fait une incursion à l’improviste ; et en général, entendre ces singes pendant la nuit, est le signe certain d’une attaque en cours.

Les caractéristiques générales et morphologiques du genre Papio sont très semblables, mais Papio ursinus est l’espèce qui atteint la plus grande taille.

Même si le poids corporel rapporté dans de nombreux textes est compris entre 15 et 35 kg, j’ai personnellement noté un poids de 50 kg (individu qui n’était ni en captivité et ni en surpoids) et de nombreux spécimens mâles dépassent les 40 kg.

Les femelles sont plus petites et plus légères, avec un poids de 12 à 18 kg. Un mâle adulte peut mesurer 70 à 85 cm (du museau à la racine de la queue), tandis que la queue mesure entre 60 et 85 cm. La femelle mesure entre 50 et 65 cm, avec une queue de 50 à 60 cm.

La conformation particulière de la tête et du museau, si différente de celle des autres singes, est liée aux exigences imposées par le type de vie, d’alimentation et d’habitat.

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Femelle avec son petit. Un groupe peut compter jusqu’à 200 individus © Giuseppe Mazza

Les cynocéphales, en effet, marchent, normalement, d’une manière similaire aux canidés, progressant sur ses quatre pattes, le nez pointé en avant. Les yeux, petits, enfoncés et rapprochés, sont placés frontalement et garantissent une excellente vision binoculaire, mais avec un champ plus limité que chez d’autres animaux (une caractéristique mieux adaptée aux zones ouvertes de la savane qu’à la forêt) et sont surmontés par des arcades supra-orbitaires accentuées. La partie nue de la “face” (lèvres, oreilles, naseaux) des mains et des pieds sont de couleur noire. Les longues cannes nasales contribuent à garantir à l’animal un sens olfactif supérieur à celui de nombreux singes des forêts, particulièrement utile aussi bien pour trouver de la nourriture que pour découvrir d’éventuels prédateurs, qui abondent dans les zones de savane.

Les oreilles sont presque nues et en grande partie visibles. Le museau est long et l’ouverture de la bouche est extrêmement large, de sorte qu’il peut ouvrir la mandibule à un angle de plus de 150 degrés par rapport à la mâchoire, permettant de découvrir 4 canines tranchantes comme des rasoirs et dont les supérieures mesurent jusqu’à 7 cm (5 cm en moyenne).

Celles-ci, ainsi que les prémolaires inférieures, dotées d’arêtes tranchantes et s’ajustant comme des cisailles avec les supérieurs, représentent une arme terriblement efficace et dangereuse, capable non seulement de tuer, dans certains cas, un homme, mais même un léopard, si plusieurs mâles se réunissent pour l’attaquer.

Ces crocs sont, évidemment, une arme efficace de défense (utilisée en coopération avec quatre mains extrêmement fortes et agiles), mais leur présence est justifiée également par d’autres facteurs.

En premier lieu, la vie sociale du babouin le confronte à une forte et à la fois impitoyable compétition entre mâles, à tel point que plusieurs fois il m’est arrivé de voir des mâles avec des blessures épouvantables et des mutilations (dans un cas, l’ablation pratiquement complète de la lèvre supérieure avec exposition des incisives et de la gencive) ; en second lieu, le régime alimentaire des babouins est omnivore et souvent ces primates chassent activement des animaux même d’une certaine taille. Le corps est robuste, avec des membres antérieurs et postérieurs de longueur pratiquement égale, et des mains et des pieds forts et agiles.

En marche, la trace laissée est caractéristique : la “plante” du pied (en bas, sur la photo) laisse une empreinte oblongue et triangulaire, où, à l’extrémité sont bien visibles les marques des second, troisième, quatrième et cinquième doigts, juste séparées par un espace "vide", tandis que le premier doigt, opposable, est à peine plus en avant que le milieu de l’empreinte.

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Pied de Papio ursinus et empreinte. Il laisse une trace oblongue et triangulaire © Olivo

La “main” (sur la photo au-dessus de la trace du pied), s’appuie, généralement, sur les “phalanges”, et c’est la raison pour laquelle, sur la trace, les doigts semblent anormalement courts, mais ceci est dû au fait qu’ils sont repliés.

La queue est longue et portée dans une position caractéristique : la partie proximale est dirigée vers le haut, puis elle accomplit une courbe en U inversé, se retournant vers le bas.

Le pelage est, chez le chacma, généralement de couleur gris-vert ou brun-jaunâtre, avec des extrémités noires, tandis que les petits sont foncés, avec la “face” rougeâtre, et les jeunes sont, au contraire, plus clairs que les spécimens adultes.

Avec l’âge, alors que les mâles ont tendance à foncer, les femelles "blanchissent" deviennent ainsi plus claires.

Les callosités ischiatiques typiques et caractéristiques et l’évidente couleur rouge du postérieur ont une fonction et une conformation précises, différentes selon le sexe.

Chez la femelle, la zone génitale devient encore plus turgide et rouge, souvent avec des nuances violacées, donnant l’impression trompeuse de quelque chose de malade ou de malsain, ou d’une attaque hémorroïdaire aigue, notamment lorsqu’elle est en chaleur ; c’est un signal visuel clair de disponibilité pour les mâles, à partir du moment où les primates ont une vision des couleurs, contrairement aux autres animaux.

Dans les troupes existe une hiérarchie précise, mais ce type de signal, exhibé par une ou plusieurs femelles, déclenche cependant, une concurrence considérable, et souvent de furieuses escarmouches.

Du moment que le babouin n’a pas de saisonnalité pour la reproduction, ces…échauffourées peuvent être observées toute l’année, notamment dans les troupes de grande taille.

Parfois, il m’est arrivé d’observer, avec un amusement considérable, certaines stratégies mises en œuvre par les jeunes pour .... tirer un coup, en face de l’un des mâles dominants : certains jeunes approchent la (ou les) femelles en chaleur, suscitant l’ire du ou des mâles plus grands, qui, à leur tour, se lancent à la poursuite des rivaux supposés, tandis que d’autres...apprentis gigolos, se rapprochent pour voler les faveurs d’une femelle. La couleur rouge rutilante de la partie postérieure de la femelle tend à pâlir lorsque l’œstrus cesse et quand elle devient gravide.

Le mâle a aussi une callosité ischiatique, mais moins évidente et moins colorée, ces callosités sont également un moyen utile pour reconnaître à distance un mâle et une femelle (rappelons-nous que les mâles de taille moyenne et les femelles adultes peuvent facilement être confondus, tandis qu’un grand mâle est facile à reconnaître par la taille, le museau et la posture).

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Les longues cannes nasales garantissent un sens de l’odorat supérieur à celui des singes de la forêt, particulièrement utile aussi bien pour trouver de la nourriture que pour découvrir d’éventuels prédateurs, qui abondent dans les zones de savane © Giuseppe Mazza

Le mâle présente toujours une seule callosité sous la queue, tandis que la femelle, même quand la zone n’est pas congestionnée, à proximité de l’œstrus, présente deux callosités distinctes, séparées par l’ouverture du vagin.

Le type de signal coloré lié à l’activité sexuelle n’est pas exclusif des babouins et des cynocéphales.

Pour prendre un autre exemple, chez le Vervet ou Vervet bleu ( Chlorocebus pygerythrus ) c’est le mâle qui exhibe un signal : dès l’adolescence, les mâles commencent à présenter un scrotum de couleur bleue, qui contraste avec le rouge de l’organe mâle : cette couleur devient beaucoup plus évidente et vive chez les mâles dominants, car elle est régulée par le niveau de testostérone.

Le babouin est un animal terrestre, mais seulement dans le sens où il séjourne à terre une grande partie du temps. En fait, il grimpe volontiers sur les arbres, aussi bien pour trouver refuge, que pour se nourrir. Il est territorial et très sociable, formant des groupes également très nombreux (de 10 à plus de 200 individus), constitués de femelles, de jeunes, de petits associés à des mâles adultes, généralement avec une prévalence des femelles de l’ordre de 2:1 ou 3:1. Les juvéniles peuvent représenter la moitié du nombre total.

Bien que non territoriaux au sens strict du terme, les troupes ont leur propre territoire de compétence (en anglais : home range, qui est clairement distinct du territoire) et qui peut varier de 500 hectares à 5000 hectares ou plus, selon la nature du terrain et des ressources.

Les groupes différents ont tendance à s’éviter, mais ils peuvent partager les mêmes “quartiers de nuit” si les endroits sûrs sont rares.

Les rapports sociaux sont complexes, et une gamme considérable de signaux sonores est employée pour communiquer des états d’âme différents, des alarmes ou le bien-être, avec une remarquable complexité de nuances.

Les femelles restent toute leur vie dans la troupe tandis que les mâles migrent souvent d’une troupe à une autre. Une hiérarchie rigide est en vigueur parmi les femelles et chaque femelle est la “maîtresse de maison” dans son groupe familial : si une femelle a un grade plus élevé qu’une autre, cette dernière devra se montrer “déférente” et soumise y compris avec les enfants, plus jeunes, de l’autre.

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Rencontre entre Primates en Afrique du Sud. Offrir de la nourriture est une erreur dangeureuse © Giuseppe Mazza

Les mâles restent soumis à l’autorité maternelle jusqu’à l’âge d’environ 4 ans, lorsque les canines commencent à se développer en de véritables crocs et ils deviennent, alors, dominants sur toutes les femelles, mère comprise, mais ils devront respecter la hiérarchie avec les mâles plus forts qu’eux, au moins jusqu’au moment où ils se sentiront capables de les défier.

Les femelles deviennent sexuellement matures vers l’âge de 5 ans, tandis que les mâles requièrent 3 années supplémentaires au moins pour pouvoir concourir avec les rivaux plus âgés.

La rareté des occasions de reproduction rend compte des migrations des mâles, qui peuvent laisser un groupe pour chercher fortune dans un autre, y rester pendant un mois ou bien pendant 10 ans. L’alimentation est extrêmement variée et omnivore, allant de plantes (feuilles, fruits, baies, plantes grasses, etc.) aux substances organiques (insectes, larves, reptiles, oiseaux et mammifères). Une fois, j’ai vu un babouin mâle attraper un poisson-chat.

Ils peuvent activement chasser et tuer des animaux même d’une certaine taille, et peuvent parfois tuer l’homme et même être responsables d’épisodes d’anthropophagie, comme, d’ailleurs, le chimpanzé.

Tout récemment, en Afrique du Sud, un babouin a arraché un enfant à sa mère, il a grimpé sur un poteau, et lui a dévoré le cerveau. Les épisodes d’attaque ne sont pas rares ; c’est pourquoi je conseille toujours une grande prudence, surtout si des enfants vous accompagnent, en particulier dans les endroits où ces singes sont habitués à la présence de touristes. Entre autres choses, l’habitude d’offrir de la nourriture aux singes, dans les lieux de pique-nique ou dans les parcs naturels, est une mauvaise et dangereuse idée et un désir déplacé de “fraterniser“, qui rend ces animaux dépourvus de peur vis-à-vis de l’homme, dangereux, les laissant associer l’idée de nourriture avec celle de l’homme lui-même.

Nomi comuni

Anglais : Chacma baboon, Cape baboon ; afrikaans : Bobbejaan, Kaapse bobbejaan ; allemand : Barenpavian, Tschakma ; espagnol : Papiòn chacma, Papiòn negro ; Français : Chacma, Cynocephale chacma ; isiZulu, xhosa : Imfene ; Shangaan : Mfhene ; tswana : Tshwene.

 

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