Picus viridis

Famille : Picidae

 

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Picus viridis à l’œuvre. Il possède une incroyable langue effilée et visqueuse, pouvant mesurer 10 cm, qu’il introduit aisément dans les fourmilières et sous les écorces à la recherche des proies © Alvaro Dellera

Parmi les dix espèces de pics qui vivent en Europe il y en a deux qui ont une livrée nettement différente des autres. Quasiment tous les picidés de notre continent, sont blancs et noirs avec quelques taches de rouge plus ou moins accentuées selon le sexe. Une autre espèce a du jaune à la place du rouge et une autre encore, le torcol ( Jynx torquilla ), le plus anormal parmi les pics, possède même un plumage d’oiseau nocturne. Ces deux pics différents des autres, sont le Pic vert ( Picus viridis Linnaeus, 1758 ) et le Pic cendré ( Picus canus ) et donc, comme le disent si bien leur noms vulgaires, ces deux espèces ont comme base la couleur verdâtre.

Le pic vert ou pivert appartient à l’ordre des Piciformes et à la famille des Picidae, un groupe qui comprend des oiseaux arboricoles généralement dotés d’un bec exceptionnellement puissant adapté pour creuser dans le bois le plus dur, aussi bien pour la recherche de nourriture que pour se creuser un nid.

Chacun d’entre eux a pourtant une spécialisation particulière qui l’amène à se différencier au niveau des habitats et du type d’alimentation. Le pic vert est sans aucun doute le pic le plus terrestre d’entre les pics à bec puissant puisqu’il passe une grande partie de son temps au sol à la recherche de sa nourriture favorite, les fourmis et leurs larves, même si durant l’hiver sa recherche est plutôt dirigée vers les insectes arboricoles qu’il attrape sous les écorces des arbres et dans le bois en décomposition. Cette aptitude particulière à creuser des matériaux pas très durs et peu solides, a conduit ce pic à éviter de se creuser un nid directement dans des arbres bien vivants mais plutôt à choisir ceux où d’autres pics ont déjà creusé, en élargissant et adaptant les trous à ses propres besoins. Quand l’arbre choisi est mort ou sur le point de l’être et que le bois est en décomposition, il se creuse lui-même un nid avec la maestria typique d’un pic. Il est peut-être devenu paresseux ou bien il trouve plus simple de ne pas trop se fatiguer !

Les légendes et les traditions sur ce pic sont nombreuses à être parvenues jusqu’à nous à travers les siècles. Dans certains pays d’Europe du nord il était appelé l’oiseau de la pluie, en rapport avec une légende qui ramène à l’époque de la Création quand Dieu demanda de l’aide à tous les animaux pour creuser les fleuves et les lacs. Le pic vert fût le seul à ne pas offrir ses services. Il fût donc condamné à ne pas s’abreuver dans les cours d’eau et les lacs mais à ne pouvoir se désaltérer qu’avec l’eau de pluie tombée du ciel. Ainsi, lorsque nous entendons son chant c’est que le pic vert demande à Dieu un peu d’eau du ciel.

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Présent dans pratiquement toute l’Europe, l’Anatolie et le Caucase, il peut atteindre 35 cm de long et peser de 180 à 200 g et son envergure est d’environ 50 cm © Dellera

Dans certains comtés anglais on le nomme yaffle = déréglé, désordonné, d’après cet « éclat de rire » retentissant qu’il émet sans aucune retenue. La légende la plus importante, qui nous vient de la mythologie et se trouve être à l’origine de son nom scientifique, parle d’un beau jeune homme nommé Picus, roi du Latium qui épousa la nymphe Canens au chant délicieux. Quand la déesse Circé fut repoussée par ce jeune homme auquel elle avait offert son amour, elle se vengea en le transformant, d’abord en sanglier puis en pic. Canens chercha désespérément et inutilement son époux jusqu’à disparaître dans les eaux du Tibre.

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Fortement sédentaire, même en plein hiver dans les brumes, il ne quitte pas son poste © Dellera

L’étymologie du genre Picus provient donc du roi Picus, alors que le nom d’espèce viridis fait simplement référence, en latin, à la couleur dominante de son plumage.

Les différents noms sous lesquels il est connu dans les autres pays d’Europe font souvent référence à cette couleur : Green Woodpecker en anglais, Picchio verde en italien, Pito real en espagnol, Grünspecht en allemand et Pica pau verde en portugais.

Zoogéographie

Le pic vert est un oiseau dont l’aire de répartition s’étend à toute l’Europe, l’Anatolie et le Caucase. Le nord de la péninsule scandinave, la partie septentrionale de la Grande-Bretagne, l’Irlande et les îles de la Méditerranée sont les seuls endroits de notre continent d’où il est absent.

En Italie il est bien présent sur tout le territoire mais est absent sur les grandes îles et dans certaines parties du Piémont méridional. Il est présent dans toute la France hormis en Corse.

C’est un oiseau fortement sédentaire qui n’effectue que de très rares déplacements et toujours dans un court rayon ne dépassant pas quelques kilomètres. Diverses sous-espèces ont été classifiées et aujourd’hui encore tout n’est pas clair car certaines d’entre elles sont désormais considérées par beaucoup comme étant de nouvelles espèces différentes. On a déterminé que Picus viridis ( viridis ) est l’espèce type d’Europe continentale, Picus sharpei (Pic de Sharpe) celle de la péninsule ibérique et Picus vaillantii celle d’Afrique du Nord.

Au sein de l’espèce type européenne on note de nombreuses autres sous-espèces qui souvent se superposent dans divers territoires et s’hybrident entres elles. Ainsi, nous retrouvons Picus viridis pluvius en Grande-Bretagne, un pronus en Italie, un karelini en Europe de l’est, dans l’est de l’Italie et dans l’aire asiatique, un romaniae en Roumanie, puis un saundersi, un dofleini, un innominatus et d’autres encore. Cette situation n’a pas encore été clarifiée.

Écologie Habitat

Comme tous ses semblables, le pic vert à besoin d’un habitat bien arboré mais avec de larges espaces libres, des étendues d’herbe et de prairies de pâturages, de vergers et de cultures, où il trouve son alimentation principale.

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Avant la nidification, on peut assister à des combats ritualisés pour le territoire. Cela commence en duel de bretteur puis les becs s’accrochent pour une épreuve de force © Gianfranco Colombo

Compte tenu que cet oiseau passe une grande partie de son temps au sol à la recherche d’insectes, cette opération deviendrait très dangereuse ainsi que peu productive effectuée dans une épaisse végétation. C’est pourquoi le pic vert ne fréquente que peu les forêts denses ou les bois touffus, bien que cela lui arrive par nécessité. Il préfère les campagnes cultivées avec de longues rangées d’arbres, des petits bosquets isolés et de grands espaces ouverts.

Morpho-physiologie

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Mâle atteint de flavisme en vol. C’est un court instant où il se trouve à la merci des rapaces parce que lorsqu’il cherche ses petites proies au sol ou sur les troncs, il est extrêmement vigilant et, avec sa livrée mimétique, il passe inaperçu © Gianfranco Colombo

En Europe, le pic vert est le second des pics par la taille derrière le pic noir ( Dryocopus martius ).

Il mesure 35 cm de long, pèse de 180 à 200 g et a une envergure pouvant atteindre 50 cm. Sa livrée est entièrement de couleur verte plus ou moins accentuée sur les ailes et plus claire sur la poitrine où elle tire sur le jaune-crème. Il a le dessus de la queue et le croupion jaune-brillant et la tête couronnée d’un capuchon rouge carmin qui descend en s’amincissant jusqu’à recouvrir la nuque. La queue, verdâtre avec de légères rayures plus foncées, est formée de plumes très rigides et moyennement longues. Les yeux, très blancs, sont insérés dans un « petit masque » très noir qui, descendant sur les joues, dessine une large et bien visible « moustache » noire.

Chez le mâle, à l’intérieur de ces moustaches il y a une bande rouge pas toujours bien visible de loin et qui est l’unique signe de dimorphisme sexuel. Son bec est massif, en moyenne proportionnellement plus gros que pour beaucoup d’oiseaux similaires. Ses pattes sont robustes avec des doigts zygodactyles pourvus d’ongles effilés sombres. Ce qui est particulièrement notable chez ce pic c’est la longueur de sa langue très visqueuse qui peut atteindre les 10 cm de long et qu’il utilise avec une grande assurance, la projetant en avant à l’intérieur des fourmilières et sous l’écorce des arbres à la recherche de proies.

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Pour s’approcher de son nid, notre mâle atteint de flavisme se montre très discret, passant par des trajets trompeurs, pour ne pas en révéler la cachette © Colombo

Les jeunes ont un plumage dessinant les mêmes motifs et couleurs que celui des parents mais de façon moins vive. Ils ont aussi tout le corps pointillé de taches noirâtres. La maturité sexuelle est atteinte à un an même si d’évidents changements dans le plumage juvénile ont lieu quelques mois avant l’envol.

Éthologie - Biologie reproductive

Le pic vert ne tambourine pas comme le font les autres pics, il se contente de donner quatre rapides mais délicates frappes à quelques arbres secs, uniquement pour confirmer sa présence sur les lieux. Il n’utilise donc pas son puissant bec avec autant de force que le font habituellement les autres pics.

C’est par contre un véritable braillard et sa présence est facilement reconnaissable lorsque l’on entend ce rire bruyant et incontrôlé « kiakiakiakiak » qui débute de façon rapide et tapageuse pour ralentir à la fin du couplet, qu’il émet en permanence et en toutes saisons, quand il vagabonde à travers la campagne.

Il émet des vocalises très variées mais toujours sonores et caractéristiques.

Quand il vole il émet son typique « kiukiu, kiukiu » rapide et saccadé, alterné par quelques battements d’ailes et de longs vols planés ailes fermées.

Il émet aussi de petits signaux gutturaux et peu audibles quand il est près de la femelle sur le nid ou au moment du changement lors de l’incubation.

Bien que très bruyant, le pic vert est peut-être un des oiseaux les plus timides et réservés, difficile à remarquer et immédiatement prêt à s’éloigner au moindre signe suspect.

Ce comportement est à son maximum lors de la période de nidification.

Quand il vole il émet son typique « kiukiu, kiukiu » rapide et saccadé, alterné par quelques battements d’ailes et de longs vols planés ailes fermées.

Il émet aussi de petits signaux gutturaux et peu audibles quand il est près de la femelle sur le nid ou au moment du changement lors de l’incubation.

Bien que très bruyant, le pic vert est peut-être un des oiseaux les plus timides et réservés, difficile à remarquer et immédiatement prêt à s’éloigner au moindre signe suspect.

Ce comportement est à son maximum lors de la période de nidification.

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Voici la femelle qui se montre. Le nid, souvent utilisé pendant plusieurs années, est creusé dans des troncs friables et parfois le pivert vole le nid du pic épeiche, se contentant d’élargir le trou de quelques millimètres © Gianfranco Colombo

Le Pic épeiche ( Dendrocopos major ), le Torcol ( Jynx torquilla ), la Huppe fasciée (Upupa epops), ou même l’Étourneau sansonnet ( Sturnus vulgaris ), certains des occupants habituels de ces nids, réagissent avec une rapidité inimaginable et aussitôt se penchent intrigués même si tous, sauf l’étourneau, retournent avec la même rapidité et la plus insouciante désinvolture, aux affaires qui les occupaient.

Le pic vert lui, ne se montre absolument pas !

Pour comprendre à quel point il est indifférent, on pourrait aussi bien scier l’arbre lorsqu’il se trouve dans son trou sans qu’il manifeste la moindre réaction.

Durant l’été le pic vert se nourrit principalement de fourmis et de leurs larves et pendant l’hiver de larves de coléoptères et d’autres insectes qu’il trouve sous les écorces et dans le bois en décomposition des arbres morts. Le nid du pic vert est très semblable, dans le diamètre du trou, à celui du Pic épeiche ( Dendrocopos major ), si bien qu’il utilise souvent celui-ci, élargissant un peu l’ouverture, pour y placer le sien. La différence de diamètre du trou est si réduite que vu du pied de l’arbre où celui-ci est situé, il n’est pas facile de faire la différence. La différence avec le nid du pic épeiche, un demi-centimètre sur les cinq habituels, n’est pas facile à remarquer.

Mais cela ne signifie pas que le pic vert ne creuse pas son nid ; il le fait souvent mais choisit toujours d’excaver les bois les plus friables et réutilise souvent le nid de l’année précédente. De tous les pics, c’est peut-être celui qui construit son nid le plus bas en hauteur.

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Petits en attente de nourriture régurgitée. De 5 à 7 œufs sont pondus et pour accueillir la nombreuse nichée la cavité à l’intérieur du tronc peut atteindre les 40 cm avec au moins 15 cm de large © Gianfranco Colombo

On a vu des nids creusés à moins de 2 mètres de hauteur et d’autres à 10 mètres, mais en moyenne les nids sont construits à 4-5 mètres du sol. Pour installer son nid le pivert choisit de grands arbres dans des petits bois, des vieux troncs le long des berges d’une rivière ou de fossés, à la campagne, dans les jardins et les parcs publics, mais également des arbres isolés entourés d’arbustes qui couvrent partiellement le tronc. Il évite les bois plus épais et s’il s’y trouve obligé, il installe son nid dans les arbres situés à l’orée de façon à avoir un espace complètement ouvert devant lui. La préparation du nid est toujours laborieuse pour ce pic puisqu’il doit creuser à l’intérieur du tronc une vaste cavité pouvant mesurer jusqu’à 40 cm de profondeur et ayant au moins 15 cm de large pour pouvoir accueillir la nombreuse couvée ; une entreprise qui dure au moins 15 jours.

La reproduction du pic vert a lieu au printemps mais légèrement plus tard que pour les autres pics. Elle peut avoir lieu accidentellement en mars, parfois tardivement en mai ou même advenir en juin dans le cas de ponte de remplacement. Les phases de cour chez le pic vert sont très particulières. Elles se composent de rapides poursuites le long du tronc, avec de brefs jeux de cache-cache pendant lesquels l’un des partenaires se cache derrière le tronc pour furtivement se montrer, et de doux balancements de la tête.

Même la lutte pour la conquête d’un territoire est spectaculaire. Les deux prétendants s’affrontent en silence sur une branche horizontale, commençant par un duel, se servant de leurs becs comme s’il s’agissait d’épées pour ensuite s’accrocher solidement l’un l’autre par la pointe du bec, cherchant à retourner l’opposant comme dans un duel de lutte gréco-romaine.

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Une jeune femelle. Les petits restent dans le nid pendant trois semaines, mais à un certain moment les parents décident de ne plus les nourrir qu’à l’extérieur du nid et les obligent à voler © Gianfranco Colombo

Après quelques minutes, toujours en silence et, pour nous, observateurs, sans connaître le vainqueur, chacun repart de son côté. Le pivert pond de 5 à 7 œufs blanc avec une coquille brillante qui sont couvés par chacun des membres du couple pendant environ 20 jours. Les petits naissent complètement nus et restent au nid pendant une période qui ne peut être inférieure à trois semaines.

Chez le pic vert il n’y a pas une vraie becquée mais un transvasement de nourriture régurgitée et prédigérée très protéinée qui accélère grandement la croissance des petits. A chaque becquée, il réussit facilement à satisfaire la nichée entière quand elle est encore composée de petits et à apaiser pour quelques heures chaque jeunes quand ils sont devenus adultes.

On a déjà observé des pic verts leucistiques ou atteint de flavisme, même partiel. Cette dernière anomalie touche une partie du tégument des poils des animaux ou des plumes des oiseaux, ce qui fait que la couleur jaune ou blanc sale prévaut sur la couleur originale de l’individu touché. Même si lors de leurs déplacements les pics peuvent être attaqués par des rapaces, ils n’ont, en général, pas d’ennemis et Picus viridis ne fait pas partie des espèces menacées.

Le pic est également représenté en héraldique comme symbole de force, persévérance et résistance. Il est présent sur le blason d’importantes et nobles maisons afin de mettre en avant la participation de leurs ancêtres à de glorieuses et importantes batailles. Et enfin, il a une symbolique religieuse. L’incessante recherche d’insectes cachés sous l’écorce, de la part du pic avec son bec pointu, s’identifie à la force avec laquelle le bien cherche sans fin à combattre le mal.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

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