Piper betle

Famille : Piperaceae

 

 

Traduction en français par Serge Forestier

 

 

Description et culture © Pietro Puccio

JPEG - 174.6 ko
Cultivé depuis les temps anciens, on suppose que Piper betle originaire de la région indo-malaisienne © Giuseppe Mazza

Cultivé depuis les temps anciens pour l’utilisation à mâcher des feuilles on ne connait pas l’exact lieu de son d’origine, que l’on suppose être la zone indo-malaisienne, où il est présent dans les forêts humides jusqu’à environ 900 m d’altitude.

Le nom de genre est celui latin, "piper, -eris" = poivre, épices, de l’épice tirée du fruit de Piper nigrum L. ; le nom spécifique est dérivé de celui en langue malayalam "vettila".

Noms communs : betel, betel pepper, betel vine (anglais) ; tanbol (arabeo ) ; pan (bengali) ; kun (birman) ; lou ye (chinois) ; bétel (français) ; paan, tambuli (hindi) ; sirih, suruh (indonésien) ; betel (italien) ; villaya (kannada) ; maluu (khmer) ; pu (laotien) ; sirih (malais) ; vettila (malayalam) ; bétele (portugais) ; bhakshyapatra, bhujangalata, nagavalli, parna, tambula (sanscrit) ; bulath (singalais) ; betel, pimienta betel (espagnol) ; vetrilai (tamil) ; tamalapaku (tĕlugu) ; plū (thaïlandais) ; trầu, trâu luong (vietnamien).

Piper betle L. (1753) est une plante grimpante à feuilles persistantes dioïque à tiges dichotomiques partiellement lignifiées et renflées aux nœuds, mesurant jusqu’à 15 m de longueur et de 3 à 5 mm de diamètre, qui adhèrent au support au moyen de radicelles adventives produites au niveau des nœuds.

Les feuilles, sur un pétiole légèrement pubescent long de 1,5 à 8 cm, sont alternes, simples, oblongues-ovales à apex pointu, à base cordée, à bords entiers et à 5 à 7 nervures proéminentes, de couleur vert foncé ou jaune verdâtre et brillante sur le dessus, vert clair en-dessous, plutôt coriaces, aromatiques, de 6 à 16 cm de longueur et de 4 à 12 cm de largeur.

Les inflorescences, produites au niveau des nœuds sur le côté opposé à la feuille sur un pédoncule de 2 à 3 cm de longueur, sont des épis aux nombreuses fleurs minuscules blanchâtres ou jaune verdâtre, dépourvues de sépales et de pétales, disposées densément le long du rachis, les mâles semi pendantes, cylindriques, de 7 à 14 cm de long et de 2 à 3,5 mm de diamètre, les femelles, pendantes, cylindriques, de 3 à 8 cm de long et de 0,5 à 1 cm de diamètre.

Les fruits sont des drupes charnues, d’environ 2 mm de diamètre, soudées ensemble par le rachis pour former un fruit composé (syncarpe) cylindrique, charnu, initialement de couleur verte, puis orangée rouge à maturité.

La propagation peut se faire par semis, mais généralement les nombreuses variétés qui ont été sélectionnées au fil du temps sont reproduites par boutures.

L’espèce nécessitant un climat chaud à humidité atmosphérique élevée, des sols profonds, friables, argileux, riches en matière organique, humides en permanence, et une exposition ombragée, sa culture est donc limitée aux régions tropicales, et marginalement subtropicales, avec une pluviosité annuelle élevée.

En culture on utilise différentes espèces d’arbres et de palmiers (habituellement Areca catechu L. et Cocos nucifera L.) comme support, en limitant la hauteur, par des tailles appropriées, à environ 2 m pour faciliter la récolte des feuilles.

L’usage de mâcher le "bétel", ou des feuilles de Piper betle enveloppant des morceaux de graines (noix) d’arec ( Areca catechu L.) et de la chaux éteinte (hydroxyde de calcium), comme stimulant, antiseptique et rafraîchissant de la bouche, est répandu depuis les temps anciens en Inde, au Sri Lanka, dans le sud de la Chine, en Indochine, en Malaisie, dans l’archipel malaisienne jusqu’aux Philippines.

La chaux éteinte est obtenue par calcination de coquillages, de coraux ou de roches calcaires et aux trois ingrédients principaux sont éventuellement ajoutés du tabac et divers types d’épices ; ce mélange, en plus de provoquer une salivation abondante, confère aux dents et à la bouche une couleur rouge foncé caractéristique. Malgré de nombreuses études scientifiques qui montrent que cette habitude peut provoquer divers effets néfastes, jusqu’à des lésions précancéreuses de la bouche, on estime qu’environ 10 % de la population mondiale en fait actuellement (2016) usage.

Les feuilles, suffisamment mures et saines, sont récoltées à la main avec une partie du pétiole, lavées, triées par taille et par couleur et emballées dans des paniers en bambou dont les parois intérieures sont recouvertes de feuilles, généralement de bananier, pour les maintenir fraiches, et vendues sur les marchés. Outre la préparation du "bétel", les feuilles, tant crues que cuites, sont largement utilisés pour aromatiser de nombreux plats typiques du sud-est asiatique ; les infrutescences charnues sont également consommées dans certains pays. La plante joue en outre un rôle important en médecine traditionnelle, en particulier indienne, contre de nombreuses maladies ; des études de laboratoire ont mis en évidence dans les extraits des feuilles, la présence de différents composés bioactifs ayant une activité antioxydante, antibactérienne et antiinflammatoire d’utilisation possible dans la pharmacopée officielle.

Synonymes : Piper betel Blanco (1837) ; Betela mastica Raf. (1838) ; Cubeba seriboa Miq. (1840) ; Chavica auriculata Miq. (1843) ; Chavica betle (L.) Miq. (1843) ; Chavica chuvya Miq. (1843) ; Chavica densa Miq. (1843) ; Chavica siriboa Miq. (1843) ; Artanthe hexagyna Miq. (1844) ; Piperi betlum (L.) St.-Lag. (1880) ; Piper rubroglandulosum Chaveer. & Mokkamul (2008).

JPEG - 197.3 ko
Les feuilles, qui enveloppent des fragments de graines d’Areca catechu, composante principale avec la chaux éteinte, à laquelle s’ajoutent parfois des épices et du tabac, sont vendues localement sous le nom de "bétel", considéré comme stimulant, antiseptique et rafraîchissant. Malgré les risques cancérogènes, la coloration de la bouche et des dents, les crachats dégoûtants, on estime qu’il est consommé par 10 % de la population mondiale. Les feuilles de Piper betle auraient des vertus médicinales © Giuseppe Mazza

 

Effets neurologiques et toxicologiques du bétel © Prof. Giorgio Venturini

Ceux qui mâchent du bétel indiquent qu’ils perçoivent un sentiment de bien-être, d’euphorie, une vigilance accrue, une amélioration de l’aptitude au travail, une sensation de chaleur, une sudation et une salivation accrue. L’usage du bétel induit une dépendance et une toxicomanie. Malgré l’énorme diffusion de l’usage de cette drogue son mécanisme d’action n’est encore que partiellement compris. Les trois composants du "bétel" ou "paan", à savoir les feuilles de Piper betle, les graines d’ Areca catechu (que l’on appelle noix de bétel) et l’hydroxyde de calcium (ou d’autres substances basiques telles que le bicarbonate de sodium), jouent un rôle complémentaire dans l’action de la drogue. Il faut se rappeler que le même usage de la chaux est commun parmi ceux qui mâchent les feuilles de coca.

Le composant principal est la graine d’ Areca catechu qui contient plusieurs alcaloïdes comme l’arécoline, l’arécaïdine ou la guvacoline. La première substance a une puissante action para sympathicomimétique, stimulant les récepteurs au neurotransmetteur acétylcholine, ce qui explique l’activité stimulante sur le système nerveux central de la drogue, ainsi que la stimulation de la salivation et de l’action digestive. Areca catechu exerce également une action anthelminthique. Etant donné que la graine d’arec contient des tanins astringents, dans l’usage traditionnel sont associées d’autres plantes, comme précisément les feuilles de bétel, qui stimulent la salivation et confèrent une meilleure saveur au mélange en atténuant l’effet astringent.

Les feuilles de Piper betle contiennent aussi des composés phénoliques qui stimulent les fonctions d’autres neurotransmetteurs, à savoir les catécholamines.

L’ajout de chaux ou d’autres substances basiques, alcalinisant la salive, facilite l’extraction des alcaloïdes et augmente l’assimilation, mais surtout modifie chimiquement certaines substances présentes dans l’arec produisant des composés ayant des activités pharmacologiques. L’arécoline et la guvacoline d’ Areca catechu sont transformées en arécaïdine et en guvacine, qui interagissent avec les fonctions d’un important neurotransmetteur du système nerveux central, le GABA.

Au total, donc mâcher du bétel interfère avec de nombreuses fonctions tant du système nerveux central que de l’autonome. Cet ensemble complexe d’actions pharmacologiques est probablement à la base des mécanismes psychoactifs qui expliquent la popularité de l’usage de cette drogue qui ne montre pas de réduction depuis les temps anciens.

Aussi bien la noix d’ Areca catechu que les feuilles de bétel présentes des activités mutagènes, cancérogènes et génotoxiques, bien démontrées dans des expériences sur des animaux de laboratoire. En ce qui concerne l’homme, plusieurs études montrent une association dose et temps dépendante entre l’usage du bétel et des lésions précancéreuses orales, ou des cancers du pharynx, du larynx et de l’œsophage. L’ajout de chaux au mélange contribue également à augmenter le risque de cancer, car il peut stimuler la production dans le bétel de nitrosamines, puissants cancérogènes.

Le British Medical Journal a estimé que l’habitude de mâcher du bétel était responsable de la moitié des cas de cancer de la bouche survenant en Inde. Un autre effet néfaste important du bétel, rapporté par l’American Dental Association, est la forte augmentation de la fibrose sous-muqueuse buccale, une pathologie incurable conduisant à la rigidité des muscles de la bouche jusqu’à la perte de la mobilité de la mâchoire inférieure. En outre, l’usage du bétel, en plus de tacher les dents, endommage les gencives avec une augmentation des caries et des chutes de dents. Enfin, il faut se rappeler que l’usage par les femmes enceintes exerce une sérieuse action embryotoxique.

Globalement, certaines études suggèrent que la mastication régulière de bétel peut augmenter le risque de cancer d’environ 8 ou 9 fois et raccourcir la durée de vie moyenne d’environ six ans.

Bétel et littérature

La grande diffusion en Asie de l’usage du bétel, avec sa conséquence visible des dents tachées et de l’abondante salivation de couleur sang a capté l’imagination des auteurs de nouvelles exotiques, lors de leur visite (comme Conrad) ou seulement rêvé (comme Salgari) et dans notre imagination de lecteurs, l’orient est peuplé de gens aux joues gonflées de bolus de bétel, passant leur temps à émettre des jets de salive écarlate.

Emilio Salgari, " I pirati della Malesia " :

Certains de ces hommes mâchaient le siri, composé de feuilles de bétel et de noix d’arec, lançant vers le sol des crachats sanguinolents.

Ou bien “ I misteri della jungla nera ” :

Tremal-Naik ... tira de sa poche une feuille semblable à celle du lierre, connue en Inde sous le nom de bétel d’un goût amer et un peu piquant, la mélangea avec un petit morceau de noix d’arec et un peu de chaux et se mit à mâcher ce mélange qui selon lui réconforte l’estomac, fortifie le cerveau, préserve les dents et guérit la mauvaise haleine.

Ou encore Joseph Conrad " Almayer’s Folly : a Story of an Eastern River " :

Et tous deux restèrent assis là dans la communion étroite et pourtant silencieuse de la mastication du bétel, bougeant lentement leurs mâchoires. Crachant dignement dans un grand récipient de cuivre qu’ils se passaient l’un l’autre…

 

→ Pour apprécier la biodiversité au sein de la famille des PIPERACEAE cliquez ici.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

/p-594-2_piper_betle
Photomazza : 70.000 colour pictures of animals and plants