Sturnus vulgaris

Famille : Sturnidae

 

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Voici le coupable. Sturnus vulgaris, destructeur de vergers et qui couvre les monuments, les autos et les rues citadines de déjections glissantes, vecteur d’infections © Gianfranco Colombo

Tout a été tenté pour chasser cet intrus de nos villes et de nos cultures. Enfumage, tapage, pétards et fortes explosions mais aussi faucons pèlerins et autres rapaces de fauconnerie. On n’en est tout de même pas arrivé à adopter cette mesure prise, il y a quelques années, par le Gloucestershire airport en Angleterre pour libérer la piste d’atterrissage de ces oiseaux qui consistait à diffuser à plein volume la musique de la rock star Tina Turner.

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Il est souvent sédentaire, mais aux premiers froids les populations du Nord migrent en masse composant des nuées impressionnantes de milliers d’individus © Colombo

On dit qu’on l’entend de très loin et que tout le monde n’apprécie pas nécessairement ce genre de musique mais en y repensant, si cette solution était appliquée à l’agriculture ce pourrait être un divertissement agréable pour les agriculteurs travaillant dans leurs champs. Certaines villes ne réussissent pas à s’en débarrasser et subissent des dégâts importants et incessants dus à l’énorme quantité de déjections que des centaines de milliers d’oiseaux déposent pendant leur stationnement nocturne.

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Originaire d’Eurasie il s’est répandu dans le monde entier, sauf l’Amérique du Sud et les pôles. Une des 100 espèces animales les plus nuisibles et invasives de la planète © Alvaro Dellera

Dans les campagnes cultivées le problème se présente sous l’aspect de dégâts aux cultures même si l’énorme quantité d’insectes qu’ils réussissent à capturer, compense en partie les dommages qu’ils provoquent dans les vergers, vignes et oliveraies pendant la maturation des fruits. Guirlandes colorées agitées par le vent, bandes de papier aluminium flottant au vent accrochées aux branches les plus hautes, bandes métalliques et canettes tintinnabulantes, puis tentatives d’aspersion d’huiles et d’essences dont l’odeur leur est désagréable, mais rien n’y fait.

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Le voici à l’œuvre dans le verger de la maison. Oliveraies et vignes sont parmi les plus touchées et même s’il consomme beaucoup d’insectes le bilan agricole est négatif © Agostino Codazzi e Gianfranco Colombo

Il suffit de l’arrivée d’une petite volée de ces oiseaux sur un cerisier couvert de fruits pour qu’en peu de temps il soit complètement dépouillé de ses fruits. C’est ce même combat que mènent quotidiennement à travers l’Europe les éleveurs et les agriculteurs contre les omniprésents Pigeons bisets ( Columba livia ) ou Ragondins ( Myocastor coypus ). Combats inutiles qui ne trouvent plus désormais de solution.

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Pour la reproduction il se fait beau. Le noir devient dominant avec des plumes nuptiales plus allongées, presque filiformes, aux reflets métalliques bronze-verdâtre © Gianfranco Colombo

L’Étourneau sansonnet ou Sansonnet ( Sturnus vulgaris – Linnaeus, 1758) appartient à l’ordre Passeriformes et à la famille Sturnidae et, avec l’Étourneau unicolore ( Sturnus unicolor ) et l’Étourneau roselin ( Sturnus roseus ), est l’un des trois congénères présents en Europe.

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Puis il bat des ailes comme un fou pour se faire remarquer dans le groupe © Agostino Codazzi

Parmi les cent espèces animales considérées comme les plus invasives et nuisibles du monde, trois sont des petits oiseaux, le tristement célèbre Bulbul à ventre rouge ( Pycnonotus cafer ) et comme par hasard deux sturnidés : notre Étourneau sansonnet et le Martin triste (Acridotheres tristis).

L’homme et ses expériences insensées d’introduction d’espèces étrangères sur de nouveaux territoires pour combattre des maux naturels, a presque toujours contribué à provoquer des dégâts bien supérieurs à ceux qu’il cherchait à combattre.

Il en a été ainsi en ce qui concerne l’Étourneau sansonnet présent dans tant de parties du monde mais désormais hôte indésirable à cause de sa prolifération, son adaptabilité et sa facilité à devenir une espèce invasive.

Aux États-Unis, l’espèce fut introduite à la fin du XIXe siècle à New York à Central Park et s’adapta immédiatement à ce nouvel habitat, jusqu’à se répandre rapidement dans toute l’Amérique du Nord et devenir, comme cela s’est produit dans ses aires d’origine, un problème dramatique et insoluble.

Des 60 exemplaires relâchés dans la nature on en compte aujourd’hui 150 millions !

Dans ces nouveaux milieux il a trouvé particulièrement facile de se conquérir une niche spécifique, aux dépends d’autres espèces autochtones qui se sont trouvées chassées de leurs territoires ancestraux ou, pour le moins, menacées sur leur propre terrain.

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Le bec se colore de jaune. L’iris est marron clair-gris chez les femelles et marron intense chez les mâles © Gianfranco Colombo

Le binôme scientifique trahit une origine latine « sturnus » = étourneau, tacheté et « vulgaris » = commun.

En anglais il est appelé Common Starling, en allemand Star, en espagnol Estornino Pinto, en italien Storno europeo ou comune, en portugais Estorninho-malhado et en japonais Hoshimukudori.

Zoogeografia

L’aire de répartition de l’Étourneau sansonnet est très vaste si nous incluons les aires où il a été introduit. Il occupe pratiquement tous les continents à l’exclusion, de l’Amérique du Sud (bien qu’introduit en Argentine où il est faiblement présent et aux îles Malouines) et naturellement, de l’Antarctique.

Son aire d’origine est l’Europe qu’il occupe entièrement et l’Asie jusqu’aux républiques de l’Asie centrale avec comme limite Nord la toundra et Sud la plaine indienne.

Il occupe aussi les côtes Méditerranéennes du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie ainsi que les îles de la Macaronésie.

Il a été introduit et est désormais stable depuis des décennies en Amérique du Nord jusqu’au Mexique, en Afrique du Sud et en Australie.

L’Étourneau sansonnet est une espèce typiquement sédentaire dans les territoires tempérés alors qu’il est migrateur dans les aires plus au Nord qu’il quitte à l’approche de la mauvaise saison pour rejoindre ses quartiers méridionaux décuplant ainsi la population qui y est installée de façon permanente.

C’est en ces lieux que l’Étourneau sansonnet provoque les dégâts les plus importants justement à cause du nombre exorbitant de ses concentrations et de la pression exercée sur des territoires limités.

Bien que connaissant parfaitement les très importants dégâts qu’il cause à l’agriculture et à la santé publique, certaines nations parmi lesquelles l’Italie, dans une appréciation plus politique qu’environnementale, le considère souvent comme espèce protégée et en interdit la chasse ou même toute action menée contre lui.

De grandes villes parmi lesquelles Rome et en partie Milan sont pratiquement assiégées en hiver et durant la nuit se voient paralysées. Des quartiers entiers, choisis comme dortoirs par ces immenses nuées d’oiseaux, sont rendus inhabitables.

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Pour s’installer Sturnus vulgaris cherche souvent, comme ici, un nid de pic abandonné mais une grosse fissure dans un mur ou un petit trou sous une tuile peut aussi convenir © Gianfranco Colombo

Des dizaines de milliers d’oiseaux se réunissent sur les arbres qui bordent ces rues y déposant une quantité de déjections si importante qu’elle cause des dégâts aux monuments et aux voitures imprudemment garées là, jusqu’à rendre tellement glissantes les rues qu’y marcher ou y circuler se montre difficile.

Le coût du nettoyage est élevé pour la communauté et les dégâts causés aux habitants concernés par le problème sont inacceptables que ce soit pour la saleté ou pour le tapage nocturne auquel ils sont soumis.

De toute façon, le concept exaspéré exprimé par quelque-uns, d’un protectionnisme aveugle et mal interprété, fait obstacle à l’application de remèdes opportuns.

Des études récentes ont mis en évidence le danger représenté par ces déjections qui peuvent véhiculer des maladies parasitaires et bactériennes. Qui sait si cette crainte pourrait faire bouger les esprits « scientifiques » de ceux qui prônent « à tout prix ».

Écologie-Habitat

L’Étourneau sansonnet s’est parfaitement adapté à tous les environnements, n’hésitant pas à changer ses habitudes de passériforme.

Alors que les milieux arborés étaient essentiels à sa présence, il les a maintenant remplacé par les constructions maçonnées qu’elles soient dans une ville surpeuplée ou dans un corps de ferme isolé.

Si par nécessité, lors de la nidification, les trous dans les arbres ou sur les toits étaient essentiels, dans les îles de la Mer du Nord totalement privées de végétation, il s’est adapté à faire son nid dans des trous au sol ou dans les murets de pierres sèches.

Son habitat naturel est composé d’aires cultivées avec une couverture herbacée étendue, avec des céréales, bien arrosées, parsemées d’élevages d’animaux ou de prairies à l’état sauvage. Dans les grandes plaines continentales européennes il aime les zones avec des rangées d’arbres entourées de grands espaces libres où il peut gambader à la recherche permanente de nourriture.

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Sturnus vulgaris nidifie jusqu’à trois fois dans l’année avec 5-7 œufs, uniformément bleus, couvés à tour de rôle par les deux parents pendant deux semaines © Colombo

Ils vivent aussi dans les villes même s’ils préfèrent les zones habitées à la périphérie ou à la campagne où ils trouvent l’habitat idéal pour vivre.

Ils ne fréquentent pas les bois denses ni les forêts, pas plus que les hautes montagnes.

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Bouches implorantes. Un estomac sans fond qui a besoin de protéines © Agostino Codazzi

Morpho-physiologie

L’Étourneau sansonnet peut être considéré, comme le Merle (Turdus merula), un oiseau tout noir à première vue, même si de près il montre une coloration plus variée. Il a deux livrées saisonnières typiques, toujours liées à cette couleur.

La livrée reproductive où le noir devient prédominant sur le plumage tout entier, s’étalant sur les parties supérieures jusqu’à le couvrir entièrement ne laissant que les couvertures des ailes et le bas ventre tachetés de pointillés blancs disséminés régulièrement.

Ces plumes nuptiales plus allongées et filiformes ont des reflets métalliques bronze-verdâtre très caractéristiques qui donnent de la couleur à l’habituel noir funèbre qui orne sa livrée. En cette période le bec devient jaune et les pattes d’un beau coloris rose intense.

La livrée post-reproduction est en revanche totalement noire mais avec des pointillés très marqués sur tout le corps. Le bec lui aussi devient noir et les pattes s’obscurcissent notablement. Les juvéniles ont au contraire un aspect plus brunâtre mais en peu de temps ils auront acquis le typique coloris tacheté blanc sur fond noir qui couvrira, en l’espace de quelques mois, le plumage tout entier.

Il n’y a pas de dimorphisme évident entre les sexes même si parfois le mâle montre une tache à la base du bec de couleur bleuâtre alors qu’elle est rose-brunâtre chez la femelle.

Le meilleur moyen pour sexer avec certitude cet oiseau reste la couleur de l’iris. Marron clair ou gris chez la femelle et marron intense chez le mâle.

L’Étourneau sansonnet mesure 23 cm de long, a une envergure d’environ 35 cm et un poids pouvant aller jusqu’à 80 g.

Diverses sous-espèces ont été déterminées à travers le monde et d’autres sont encore à l’heure actuelle en discussion vu la possibilité pour les sous-espèces limitrophes, de s’hybrider entre elles.

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A 3 semaines les jeunes quittent le nid nantis de leur caractéristique livrée marron. Ils se réunissent en bandes nombreuses prêtes à se chamailler pour une bouchée © Gianfranco Colombo

L’Étourneau sansonnet a un don inné pour imiter le chant d’autres oiseaux. C’est un oiseau très bavard et en n’importe quelle saison il émet des chants et des rappels dans un but social ainsi qu’un chant confus quand il défend son territoire.

On le voit souvent de nos balcons sur les antennes des maisons d’en face, battre frénétiquement des ailes comme pris d’un tressaillement nerveux et émettre ce gazouillement strident difficile à décrire qui est son chant territorial.

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A la fin de la saison ils prennent petit à petit les pointillés typiques de la livrée des adultes © G. Colombo

Vu sa grande sociabilité il n’a pas cette agressivité ouverte envers ses semblables, il les tolère même sans problème puisqu’il leur permet de pratiquer le même sport à quelques mètres de là, sur une antenne voisine.

L’Étourneau sansonnet sait imiter de très nombreux oiseaux et certains bruits domestiques, du canari ( Serinus canaria ) gardé en cage sur le balcon du voisin, à l’Hirondelle rustique (Hirundo rustica), de l’Hirondelle de fenêtre ( Delichon urbica ) au claquement de vaisselle ou le bruit de la chute d’objets et avec beaucoup de savoir-faire il imite aussi le chant du Loriot d’Europe ( Oriolus oriolus ) et de la Caille des blés (Coturnix coturnix), visiteurs africains de notre continent durant l’été.

Ils provoquent chez les ornithologues ce sursaut printanier hors saison pour avoir entendu ces chants si familiers alors que le printemps est encore loin. Mais désormais ils le savent bien que L’Étourneau se moque d’eux ! L’Étourneau peut être confondu avec le Merle noir mais seulement pour la couleur noirâtre qu’ils partagent. Le comportement social, la morphologie et le vol sont totalement différents.

Le plus souvent quand il est au sol le Merle noir sautille alors que l’Étourneau marche sans cesse.

Le Merle noir est célèbre pour son bec jaune, robuste et remarquable, celui de l’Étourneau sansonnet n’est jaune qu’en été. Il est crochu et effilé.

L’Étourneau sansonnet se déplace très rarement seul, mais toujours en volées, parfois immenses, chose que le Merle noir déteste, étant une espèce typiquement solitaire.

Éthologie-Biologie reproductive

L’Étourneau sansonnet est une espèce très prolifique avec un excellent taux de succès vu la grande sociabilité de l’espèce et la grande adaptabilité à n’importe qu’elle situation.

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Avec l’arrivée de l’hiver les parents ont perdu toutes leurs longues, scintillantes et soyeuses plumes de parade et la livrée tend désormais vers le noir avec des pointillés clairs sur tout le corps © G. Colombo

Si les conditions sont favorables il niche normalement trois fois, avec des nichées de 4-6 petits.

Le nid est placé dans un trou dans un arbre, utilisant de vieux nids de pics, dans les fissures des murs, sous les tuiles, dans des nids-boîtes et, comme dit précédemment, à terre ou dans des murets de pierres sèches s’il n’y a pas de refuges appropriés disponibles.

Le nid est un amas informe d’herbe sèche revêtu à l’intérieur de plumes et de peaux d’animaux, dans lequel sont pondus des œufs d’une belle couleur bleutée uniforme.

Les œufs sont couvés pendant une quinzaine de jours par les deux partenaires et les petits, qui naissent aveugles et nus, restent au nid pendant environ trois semaines.

Quelques jours après l’envol les juvéniles sont déjà totalement autonomes et se joignent à ces volées estivales, très nombreuses et vagabondes, formées principalement d’immatures et de quelques adultes.

L’Étourneau sansonnet est parfois sujet au parasitisme intra-espèce. Certaines femelles bien qu’ayant leur propre nid, pondent des œufs dans celui d’autres étourneaux sans raison particulière.

L’Étourneau est une espèce habituellement insectivore et consomme une quantité très importante d’insectes mais durant l’automne et l’hiver il devient presque exclusivement frugivore provoquant ces dégâts que nous mentionnions plus haut.

Oliveraies, vergers et vignes sont les principaux objectifs de leurs incursions, cultures envahies de nuées parfois impressionnantes qui provoquent des dégâts considérables.

Les semences aussi sont l’objet de ce massacre et les mesures prises pour limiter les nuisances n’ont servi strictement à rien.

L’Étourneau sansonnet a divers prédateurs dans la nature, des petits rapaces diurnes et nocturnes aux rongeurs et mustélidés mais leur nombre ne souffre certainement pas de ces petits prélèvements.

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Le jaune du bec disparaît, les fruits se font rares et ils attendent transis de froid le printemps, les uns près des autres, comme dans cette triste réunion télévisée © Gianfranco Colombo

Leurs plus sournois ennemis restent certains parasites comme les puces et les insectes mallophages qui envahissent souvent le nid, détruisant ainsi l’entière nichée.

 

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