Tadorna tadorna

Famille : Anatidae

 

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Texte © Dr. Davide Guadagnini

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Migrateur ou sédentaire Tadorna tadorna a une distribution européenne centre-asiatique et méditerranéenne © Giuseppe Mazza

Le Tadorne de Belon ( Tadorna tadorna - Linnaeus 1758) est l’espèce nominale d’un groupe de canards de forme assez homogène et de dimensions moyennes qui le font ressembler à quelque chose entre un canard et une oie. Il appartient à l’ordre des Ansériformes (Anseriformes), à la famille des Anatidés (Anatidae), à la tribu des Tadornini, au genre Tadorna (qui comprend six espèces) et à l’espèce Tadorna tadorna.

Le nom de genre « Tadorne » vient du latin et signifie « oiseau aquatique tacheté » et se réfère clairement aux couleurs nettes et bien séparées de la livrée de ce très élégant et bel oiseau.

Zoogéographie

C’est une espèce à distribution européenne centre-asiatique et méditerranéenne, en expansion dans les parties nord-occidentales de son aire de distribution et en régression dans les parties sud-occidentales (Afrique du nord, Italie). Dans la région paléarctique occidentale, l’aire de reproduction, est limitée aux zone côtières de la partie la plus à l’ouest. Sur les côtes de la Mer du Nord et de la Baltique l’espèce est plus abondante, vers le nord elle arrive jusqu’en Suède. Elle est présente sur les côtes de la Chine et du Japon et niche dans les vastes bassins de la Sibérie et de l’Asie.

En Méditerranée sa distribution est très fragmentée. L’aire de reproduction italienne, avec des reproductions assez régulières documentées, est limitée aux vallées de Comacchio et à certains endroits de Sardaigne. C’est une espèce aussi bien migratrice, se reproduisant dans les zones nordiques de son aire de répartition et hivernant dans les zones méridionales, que sédentaire (côtes de la Méditerranée et du Moyen-Orient). En Allemagne et aux Pays-Bas dans la zone protégée de la Mer des Wadden (une mer intérieure séparée de la Mer du Nord par les Îles de la Frise), à certaines périodes, peut se réunir une grande partie de la population (jusqu’à 100 000 individus).

Écologie-Habitat

En période de reproduction et en hiver il fréquente quasi-exclusivement des lagunes saumâtres, des étangs littoraux mêmes provisoires, des canaux proches de la mer, des salines et des dunes sableuses, restant généralement dans une frange côtière qui s’étend sur quelques kilomètres. Il préfère les espaces ouverts, sans arbres. Il s’alimente sur les plages, dans les plaines herbeuses et dans les champs cultivés côtiers. La présence de cette espèce à l’intérieur des terres est occasionnelle et n’a lieu qu’en hiver ; dans ce cas elle fréquente surtout les lacs et les marigots les plus étendus.

Morpho-physiologie

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Il se nourrit principalement d’invertébrés aquatiques mais aussi de petits poissons, algues, graines et plantes cultivées © Giuseppe Mazza

C’est un canard impossible à confondre surtout à cause de son plumage si caractéristique aux couleurs contrastées où les parties blanches sont particulièrement pures, presque lumineuses. Vu de loin, il présente quelques ressemblances avec le mâle du Harle bièvre ( Mergus merganser ).

Il a une longueur de 55-70 cm, une envergure de 110-120 cm et un poids d’environ 560-1 800 g (les mâles ayant généralement de plus grandes dimensions). Le dimorphisme sexuel est peu accentué, toujours à cause de la coloration de la livrée si elle est vue de loin. En fait, certaines particularités de la tête (ainsi que la différence de taille) permettent aux personnes un minimum entraînées à l’observation de l’espèce de bien distinguer les sexes.

Les livrées saisonnières et juvéniles ont peu de différences. Chez le mâle la tête et la partie supérieure du cou sont noires avec des tons vert métallique très foncé. Sur le haut du dos et la poitrine il y a une large ceinture marron brillant. Sur le dos, partant de la ceinture marron, les plumes scapulaires sont noires et constituent deux épaisses faces parallèles (séparées par le blanc du dos) qui s’étirent sur toute la base de l’attache du tronc à l’aile. La base du cou, le dos, le croupion et les côtés du ventre sont d’un blanc qui contraste fortement avec les autres couleurs nettement séparées et plus foncées.

De la ceinture marron et la coupant, part ventralement une large raie médiane noire-noirâtre, qui s’élargit légèrement entre les pattes et qui se termine environ au niveau du cloaque. Cette ligne sombre, unie à la ceinture marron, forme une sorte de « T » très évident quand l’oiseau est en vol. Mise à part cette partie noire, le reste du ventre et les côtés du corps, comme nous l’avons déjà dit, sont blancs. L’aile a des rémiges noires (avec la base des plumes plus ou moins blanche), vues de dessous, formant un ample bord noir qui s’étend largement-totalement vers la pointe de l’aile, le reste du dessous de l’aile est blanc. Les rémiges secondaires dorsalement, allant en direction proximale-distale, constituent un miroir alaire d’abord marron intense (un peu plus sombre par rapport à celui de la ceinture et qui débute par une petite ligne noire) puis devient vert chatoyant (avec des reflets pourpres). Le marron et vert des rémiges secondaires est sur le vexille externe et en partie sur le vexille interne (pour ce qui est de la partie verte), le reste est blanc (on le voit uniquement en ouvrant les plumes). Les grandes couvertures dorsales de l’aile sont noires, les plumes de l’alula sont blanches largement bordées de noir en majorité sur le vexille externe. Les rémiges primaires sont également noire dorsalement. Les couvertures inférieures sont blanches.

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En période de reproduction, le mâle se reconnaît de suite grâce à ce tubercule très voyant qu’il arbore sur son bec © Gianfranco Colombo

Les rectrices sont blanches avec le bord terminal noir, les sus-caudales sont blanches. Les couvertures sous-caudales sont marron clair, plus jaunâtre par rapport au marron de la ceinture ; ce marron continue là où finit la ligne ventrale noire qui délimite la zone péri-anale qui est nuancée de clair.

Chez la femelle les sous-caudales, marron clair, sont encore plus pâles que chez le mâle. Le bec est d’un beau rouge très vif et a cette forme caractéristique de l’espèce : très développé en hauteur, avec une bosse très marquée sur la mandibule supérieure (qui d’une certaine façon rappelle le bec de Donald Duck de Walt Disney, conférant un aspect sympathique à ce canard) et présente un tubercule charnu proéminent à la base, sur le dessus et qui continue sans interruption de la même coloration vive que le bec. La mandibule supérieure, dotée de nombreux denticules sombres, déborde sur la mandibule inférieure qui apparaît plus renfoncée.

La partie débordante de la mandibule supérieure, latéralement vers le sommet a une consistance souple et charnue. L’onglet et les narines, ainsi que la zone les entourant, sont noirs. En fait, c’est le caroncule, toujours présent mais beaucoup plus développé à la saison des amours, qui permet de distinguer le mâle de la femelle qui en est privée. Les tarses et les pieds palmés sont de couleur rose chair avec des ongles noirs. L’iris est brun-chocolat foncé. La livrée de la femelle est semblable à celle du mâle avec des tons légèrement plus ternes. La tête de la femelle, en plus du fait d’être privée du tubercule, bien qu’ayant un bec de la même forme que celui du mâle, peut avoir un mince et parfois partiel anneau péri-oculaire de couleur blanche. Parfois, sur la tête de la femelle, sont présentes des taches blanchâtre près du bec.

Le plumage d’éclipse n’est pas très différent du plumage nuptial ; il a des tons plus ternes avec les faces de différentes couleurs moins nettement délimitées. La couleur du bec est moins brillante chez la femelle ; le tubercule frontal réduit par rapport au mâle et la présence de plumes blanches dans la région frontale près du bec sont des signes permettant de reconnaître la femelle. La couleur de la tête, du manteau et du cou chez les juvéniles est gris-brun avec de larges portions blanches sur le front, la face et la gorge qui rappellent la couleur du caneton. Les parties inférieures sont blanchâtres et on note l’absence de la face couleur châtaigne sur la poitrine. Le bec, chez le jeune, est rose pâle et le tubercule est absent chez les jeunes mâles. Les pattes sont blanchâtres-roses chair.

Éthologie-Biologie reproductive

C’est une espèce généralement grégaire lors de la migration, l’hivernage et la période post-reproduction. Il devient un animal monogame et territorial pendant la saison des amours (de la cour à l’éducation des petits).

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L’accouplement à lieu dans l’eau. Le nid peut être une tanière de renard, ce qui lui à donné son nom italien : volpoca © Gianfranco Colombo

Le Tadorne de Belon se nourrit principalement d’invertébrés, en particulier de mollusques et de crustacés aquatiques, d’œufs de poissons et de petits poissons. Avec son bec il tamise la vase à la recherche d’escargots (du genre Hydrobia qui représente souvent l’essentiel de son alimentation), de crevettes, de bivalves (du genre Macoma ) et de vers marins de l’ordre des Aciculata). Il se nourrit également de végétaux comme des algues, des graines et des végétaux cultivés, surtout en hiver. Les vocalises sont différentes selon les sexes. Elles ne se produisent que rarement mais sont plus souvent entendues pendant la période couvrant la formation des couples. Les vocalises de contact entre les deux membres d’un couple sont fréquentes. Les sons les plus émis sont rapides, nasaux et secs « ak-ak-ak » et durs-sonores « ark-ark ». Sa posture sur l’eau est particulière avec le cou incurvé en S. Il vole le plus souvent en formations en lignes irrégulières. La nidification a généralement lieu en mai (avril-juin).

Le nid est installé dans l’épaisseur de la végétation halophile des dunes ou, plus fréquemment, dans les cavités ou les trous des berges herbeuses ultérieure- ment creusés et adaptés par les couples reproducteurs. A cette fin, ils utilisent souvent les tanières des Lapins de garenne ( Oryctolagus cuniculus ), celles de mustélidés (famille Mustelidae) et des renards ( Vulpes vulpes ). De là vient son nom italien de « volpoca » ou volpe-oca (volpe = renard et oca=oie) Les œufs sont blanc-crème translucides avec une coquille lisse. Ils sont pondus lors d’une seule couvée annuelle, constituée en moyenne de 8-13 œufs mais qui peut être remplacée si elle se trouve perdue lors de la ponte ou au début de la couvée. Le caneton a une livrée blanche et noire contrastée.

Le noir est présent dorsalement à partir du front et se poursuit avec une large bande centrale qui passe par le sommet de la tête (calotte), continue sur le cou, le dos et arrive à la queue. On peut voit une petite tache auriculaire sombre. Le noir est également présent avec deux taches-lignes sur les côtés antérieur et postérieur de l’aile ; celle-ci interrompt le noir avec son bord blanc. Les autres parties, latérales et ventrales sont blanches. Une tache blanche sous l’œil est pratiquement toujours présente. L’iris est brun, le bec et les pattes gris. Les canetons sont précoces et nidifuges ; l’éclosion est synchronisée (comme c’est souvent le cas chez les espèces aviaires à couvée précoce). L’incubation commence à la ponte du dernier œuf.

L’incubation dure environ 28-30 jours et les petits de différentes couvées, même d’âges différents (parmi les couvées diverses), peuvent se regrouper en crèches constituées chacune de quelques dizaines d’individus. Dans ces cas, seuls quelques adultes surveillent et accompagnent la grande couvée nouvellement constituée. Les couvées simples ou les crèches peuvent être accompagnées par les parents plus d’autres adultes (qui n’ont pas réussi à se reproduire) et qui font office de nourrices. L’âge de l’envol est atteint à environ 45-50 jours. La maturité sexuelle se situe à deux ans même si un certain nombre d’individus, surtout des mâles, ne réussit à se reproduire qu’à l’age de 3-5 ans. Le Tadorne de Belon effectue une mue complète post-reproductive (aussi bien les mâles que les femelles) entre juin et juillet ; une mue pré-reproduction partielle entre septembre et décembre ; une mue post-juvénile partielle entre fin juillet et début octobre. La population mondiale est estimée à environ 500 000 – 700 000 individus. Les barrages à marées et l’introduction inconsidérée du vison américain ( Neovison vison ) sont quelques-unes des menaces pesant sur cette espèce.

Synonymes

Anas tadorna - Linnaeus, 1758 ; Tadorna cornuta.

 

Les archives photographiques de Giuseppe Mazza

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