Vanellus vanellus

Famille : Charadriidae

 

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Texte © Dr. Gianfranco Colombo

 

 

Traduction en français par Catherine Collin

 

 

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Vanellus vanellus est un migrateur limicole très commun en Eurasie © Gianfranco Colombo

Le Vanneau huppé ( Vanellus vanellus - Linnaeus, 1758 ), appartient à l’ordre Charadriiformes et à la famille Charadriidae.

C’est un oiseau familier et très commun en Europe où il est devenu, pour le monde agricole, un indicateur de l’arrivée de la belle ou de la mauvaise saison.

Pendant des siècles, aux Pays-Bas, la tradition populaire consistant à porter à la reine le premier œuf de vanneau trouvé dans la campagne afin d’annoncer de façon très claire l’arrivée du printemps et de la belle saison est restée très vive.

D’après la collecte de ces informations on a compris que la date en était à chaque fois plus précoce donnant ainsi indirectement des informations claires au sujet de l’influence du changement climatique en cours dû au réchauffement de notre planète.

Dans l’Angleterre victorienne, mais à cette époque dans toute l’Europe aussi, il était d’usage de récolter ces œufs pour préparer des gâteaux et des pâtisseries goûteuses et cet aliment était considéré comme une coûteuse friandise.

Dans certaines aires européennes où de grands groupes de vanneaux huppés convergent pour l’hivernage, leur arrivée est au contraire considérée comme l’annonce des grands froids à venir ou du mauvais temps.

Le Vanneau huppé est un oiseau qui ne passe pas inaperçu parce qu’il se déplace toujours en volées parfois immenses et provoque donc la curiosité de quiconque se trouve sur son passage.

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80 cm d’envergure pour une longueur de 30 cm et un poids d’environ 300 g © Gianfranco Colombo

De plus, le contraste de sa livrée sombre sur le dessus et blanche en dessous, vue de loin, est accentué par son caractéristique vol dansant qui fait apparaître alternativement le blanc et le noir comme des éclairs soudains.

Même au sol sur des terrains nus en hiver il ne passe pas inaperçu à cause du grand nombre d’individus et de la posture droite et élégante de sa démarche.

Les noms vulgaires donnés à cet oiseau si commun dans les campagnes de toute l’Europe, sont multiples. En Angleterre, il est appelé Lapwing, pour les étranges voltiges et évolutions qu’il effectue quand il survole son territoire et aussi pour le bruit de ses ailes claquant bruyamment ou Peewit pour son habituel rappel mais aussi Green plover pour sa couleur verdâtre. En Italie il est appelé Pavoncella pour le reflet vert-bleuâtre de sa livrée, semblable à celui que l’on voit sur celle du paon. En Espagne il est appelé Avefrìa Europea avec une référence claire à Aves = oiseau et fria = froid. En néerlandais et en allemand respectivement Kievit et Kiebitz, en référence à l’onomatopée de son chant. En français Vanneau huppé donc pour l’évidente petite huppe qu’il porte élégamment sur la tête.

Le nom scientifique Vanellus vient du latin « vannus » = le crible pour tamiser le grain, pour montrer la ressemblance entre le son produit par le battement de ses ailes et le bruit sifflant du grain quand il est passé au tamis.

Zoogéographie

Le Vanneau huppé est présent dans toute l’Europe, la péninsule scandinave et la Russie européenne incluses. Au-delà de l’Oural il occupe la ceinture froide tempérée à travers les vastes prairies d’Asie centrale jusqu’à rejoindre la côte du Pacifique et le Japon.

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Les grandes volées ne passent pas inaperçues et indiquent par anticipation l’alternance des saisons © Gianfranco Colombo

C’est une espèce migratrice. Les populations de l’extrême Nord européen descendent à des latitudes plus basses durant l’hiver occupant le Sud de l’Europe et occasionnellement l’Ouest de l’Afrique du Nord. Au contraire, les populations asiatiques migrent principalement en Chine et partiellement dans la vallée de l’Indus au Pakistan et dans les vallées du Nord de l’Inde.

La migration de cet oiseau prend le plus souvent une direction contraire aux habituelles routes hivernales pratiquées par les migrateurs pour échapper aux rigueurs de l’hiver. En fait, une partie des populations néerlandaises, françaises et belges ainsi que celles d’autres aires du centre de l’Europe se dirigent vers l’Angleterre pour y passer la mauvaise saison. Ces mouvements hors des routes habituelles sont aussi caractéristiques des jeunes de l’année qui souvent se réunissent en bandes estivales et s’en vont en flânant par les plaines européennes et parfois plus loin, qu’elles soient situées au Nord ou au Sud de leur lieu de naissance.

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Quand les colonies reproductives se forment les mâles se livrent à des acrobaties afin de se faire remarquer © Gianfranco Colombo

Écologie-Habitat

Le Vanneau huppé est un oiseau limicole lié à l’eau et aux terres humides bien qu’il passe une bonne partie de son temps dans des milieux où cet élément est manquant.

Toutefois, au cours de la journée il doit nécessairement avoir un contact avec l’eau. Un dicton lombard dit que tous les soirs le vanneau doit se laver les pieds.

Il fréquente des terres cultivées spécialement en plaine où il trouve, en particulier grâce à l’avènement de la monoculture, un habitat bien adapté à la nidification. Bien qu’il aime les prés et les terrains herbeux, il semble que suite à l’accroissement des landes labourées pour semer du maïs ou du soja, celles-ci soient devenues dans les derniers temps leurs lieux de prédilection pour nicher.

Malheureusement les différentes opérations exécutées pour la mise en culture sont la cause principale de la destruction d’une bonne partie des nids. Labourage, hersage, broyage des mottes, ensemencement, arasement ainsi que les différents passages de pesticides sont des opérations exécutées au cours des semaines et les nids déjà prêts à ce moment sont irrémédiablement détruits. Le Vanneau huppé a une prompte réaction à ce genre de problème et si la destruction survient peu après la ponte, la femelle vanneau est tout de suite prête à refaire une nouvelle couvée.

Cet oiseau fréquente habituellement les plaines et on ne le rencontre que difficilement dans les milieux montagneux ou même collinaires. Il ne fréquente pas les aires arborées ou ne serait-ce que plantées d’arbustes mais des lieux totalement vides et dépourvus de haute végétation lui sont nécessaires.

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Il chasse les insectes dans les champs, simulant avec ses pattes le bruit d’une taupe pour faire sortir les lombrics qu’il apprécie, sans négliger les araignées et les petites graines, mais sa vie est liée à l’eau © Gianfranco Colombo

Pendant le trajet migratoire on le retrouve aussi dans les champs abandonnés, dans les chaumes, dans les prairies humides et dans les rizières, dans ces dernières uniquement pour profiter du peu d’eau qui s’y accumule lors des pluies d’hiver. Il est tout à fait disposé à se déplacer sur de longues distances quand la terre est soudainement recouverte de neige ou si la température descend très bas pendant plusieurs jours, gelant et durcissant le sol. C’est ainsi que parfois on le retrouve jusque sur les côtes d’Afrique du Nord.

Comme nous le disions il semble que cet oiseau soit en mesure de prévoir avec une certaine marge de temps les variations climatiques en cours. On a souvent assisté à une disparition soudaine, totale et sans motif apparent de grandes volées d’aires habituellement fréquentées durant l’hiver, avant d’observer l’arrivée quelques heures plus tard, d’abondantes chutes de neige.

Le Vanneau huppé chasse les vers de terre, ses proies préférées, d’une façon typique. Ses longues pattes et ses doigts de coureur lui permettent de parcourir et de tamiser inlassablement le sol sur lequel il cherche ses proies. Cela n’empêche pas que ses victimes soient bien cachées sous quelques centimètres de terre et ne soient pas visibles de la surface.

Mais le Vanneau huppé a élaboré un système exceptionnel pour les débusquer et les faire sortir du sous-sol. Il est connu que le principal ennemi du ver de terre est la taupe et que cet animal lorsqu’il creuse produit une légère vibration du sol qui alarme le lombric et l’oblige à gagner immédiatement la surface pour éviter d’être capturé.

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Le nid est une dépression sur le sol, creusée par le mâle et garnie par la femelle. Il contient en général 4 œufs © Gianfranco Colombo

En fait le Vanneau huppé profite à merveille et avec beaucoup d’intelligence de cette particularité. Il appuie légèrement une patte au sol et l’agite doucement provoquant ainsi une légère vibration ressentie en-dessous par le ver de terre ce qui le fait aussitôt remonter à la surface.

Le Vanneau huppé lui aussi, comme les pluviers, aime s’alimenter la nuit particulièrement les soirs où la lune est bien visible.

Lors des migrations, on voit souvent cet oiseau partager les aires d’alimentation avec le Pluvier doré ( Pluvialis apricaria ), le Combattant varié ou Chevalier combattant ( Philomachus pugnax ) et d’autres limicoles, mais aussi avec les bien connues et envahissantes Mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), des oiseaux très habiles pour lui dérober les proies capturées.

Le Vanneau huppé se nourrit aussi d’insectes, spécialement de scarabées, sauterelles, papillons et libellules et ne dédaigne pas les araignées ainsi que des graines et des herbes variées.

Morpho-physiologie

C’est un Charadriidé de taille moyenne avec un poids pouvant atteindre 300 g, une envergure d’environ 80 cm et une longueur de 30 cm. Sa livrée montre une partie supérieure noir-bronze avec des reflets verdâtres et cuivrés, beaucoup plus accentués chez le mâle et une poitrine blanc pur traversée par un collier noir qui lui ceint la gorge. La caractéristique principale de ce limicole est la joyeuse et longue huppe qui s’agite au moindre souffle de vent. Quelques plumes noires, fuselées, pouvant mesurer jusqu’à 10 cm qu’il porte avec distinction et qui donnent une touche d’élégance à sa livrée. La queue est blanche avec une large bande noire terminale, en total contraste avec les sous-caudales de couleur noisette clair que cet oiseau à l’habitude de montrer lors de la parade nuptiale.

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Petits nidifuges qui quittent le nid quelques heures après la naissance, protégés par leur plumage cryptique © Gianfranco Colombo

Les ailes sont arrondies et légèrement arquées. Le dessous de l’aile montre des rémiges noires et des couvertures blanches. Le Vanneau huppé a des yeux noirs, grands et très arrondis, adaptés à une vie nocturne et une vision très perçante qui lui permet de garder sous contrôle le vaste milieu qu’il fréquente. Les pattes sont verdâtres, robustes, bien adaptées à la course.

En hiver lorsqu’il est presque impossible de distinguer les deux sexes, l’unique moyen de relever un dimorphisme sexuel est de regarder la première et la quatrième rémiges primaires qui montrent des nuances et des taches blanches en différents endroits.

Éthologie-Biologie Reproductive

Le nid du Vanneau Huppé est placé sur le sol nu parfois dans des aires complètement arides et sans aucune végétation. Le nid est une simple dépression de terrain peu profonde creusée généralement par le mâle et achevée par la femelle. Durant la saison des amours il n’est pas difficile d’observer les mâles creusant ces dépressions, montrant et élargissant le dessous de la queue marron clair afin d’attirer la femelle qui, une fois le creux choisi, complétera le travail. Tout cela entrecoupé des interminables évolutions aériennes au-dessus du territoire choisi qui voient les mâles effectuer des montées, des piqués, des vols planés et de soudains cabrements tout en émettant leur chant plaintif et en battant bruyamment des ailes.

Le nid est garni avec très peu de matériaux pour le rendre le plus possible invisible à la vue des éventuels ennemis venus d’en-haut. Les matériaux choisis sont généralement des morceaux de végétaux trouvés sur place et parfois quelques cailloux.

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Ils grandissent à vue d’œil et prennent leur envol vers 5 semaines, quand ils ont atteint la taille de leurs parents © Gianfranco Colombo

Les œufs sont eux aussi d’une couleur se confondant avec le sol et de plus souvent souillés de la couleur de la terre sur laquelle ils se trouvent. Les œufs sont de couleur verdâtre plus ou moins tachetés de larges marques noires et sont pondus à une fréquence journalière. La femelle pond généralement 4 œufs et la couvée commence à la ponte du dernier œuf.

Le Vanneau huppé est un parent zélé et ne quitte jamais le nid durant la couvaison sauf pour échanger la place avec le partenaire ou pour un bref étirement des pattes et pour un rapide repas. Il niche en colonies éparses, avec des nids placés à quelques dizaines de mètres les uns des autres de façon à ce que tous les oiseaux puissent collaborer à la défense contre leur prédateur habituel.

La Corneille mantelée est assurément son pire ennemi mais il y a également les mouettes et, venant du sol, les renards qui provoquent tout autant de dégâts. Les oiseaux se défendent tous ensemble et les couples interviennent bruyamment avec des piqués et des évolutions qui perturbent les prédateurs. Le bétail au pâturage peut être considéré comme un agresseur involontaire mais moutons et autre bétail sont en général facile à intimider et vite chassés par ces évolutions.

L’incubation dure 4 semaines et les oisillons sont nidifuges et quittent le nid quelques heures après la naissance. Les petits demeurent éparpillés dans la zone où ils sont nés pendant 5 autres semaines jusqu’à ce qu’ils soient indépendants et aptes au vol. Leur mimétisme est remarquable et quand ils se tiennent dans la végétation basse ou à même le sol nu ils sont pratiquement invisibles. L’envol intervient quand ils ont atteint la taille des adultes. Les populations du Vanneau huppé ont subi une forte baisse dans les dernières décennies mais il semble que cet oiseau recouvre petit à petit sa prospérité.

Synonyme

Tringa vanellus - Linnaeus, 1758.

 

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